Spiderman – No Way José

– J’en ai assez ! ASSEZ !

Ainsi parla José, peu avant de claquer la porte de son bureau en poussant un hurlement bestial. Dans les confortables locaux de la société de production, les têtes se tournèrent vers l’homme échevelé à la chemise largement déboutonnée qui traversait les lieux d’un pas aussi rapide que bruyant. Sa main tremblante sous l’effet combiné de la colère et de la caféine allait sans cesse de son col froissé à un endroit rougi de son bras qu’il grattait nerveusement.

Des portes s’ouvrirent et des cadres étonnés observèrent, depuis une distance prudente, leur collègue en plein burn out. C’en était trop. Des années que l’on commandait à José des scénarios à écrire toujours plus vite, et avec toujours plus de contraintes. Il avait d’abord cessé de voir ses amis, faute de temps. Puis, expliqué à sa femme et à ses enfants que papa devait rester plus tard au bureau le soir. Et enfin était venu le jour où il avait reçu au travail l’annonce de son divorce. C’était le coup de trop.

Et c’était aujourd’hui.

José enfonça la porte de son patron d’un coup de pied, et pénétra dans le bureau, les yeux exorbités. À sa grande déception, son chef n’était pas là. Aussi, il décida de lui laisser une lettre de démission aussi solide qu’expressive.

– Venez voir ! s’exclama une secrétaire. Il y a José qui fait caca sur le bureau du chef !

Une exclamation mêlant dégoût et admiration répondit à la jeune femme, et on se pressa à la porte pour voir le pauvre José, le visage rouge, alors qu’il poussait en grognant. Sitôt qu’il eut laissé un petit tas odorant sur le bureau de son supérieur, José décida que sa tâche était complète : il ouvrit la fenêtre et se jeta dans le vide, les yeux fatigués mais le sourire aux lèvres à l’idée d’un repos bien mérité.

À peine avait-il disparu sans pousser le moindre cri que son supérieur rentra sur les lieux du crime.

– Eh bien, que se passe-t-il ici ? lança-t-il en écartant les curieux. Que faites-vous tous devant mon bureau ? Et qui a laissé la fenêtre ouverte ? Ah ! Mais ? Qu’est-ce que c’est que ça sur mon repose-mains ?

Un silence religieux accueillit le moment où le producteur se pencha sur le petit tas brun et fumant décorant son poste de travail. Mais à la surprise générale, il se saisit d’un étron à pleine main et s’exclama :

– Ah, je vois que José vient de me déposer le script de Spider-Man : No Way home ! Eh bien, que faites-vous tous là ? Lancez la production ! Je veux 200 millions de dollars là-dessus !

C’est alors que…

Pardon ? J’exagère avec cette histoire sur la génèse du film ? Ah. Très bien. Vous l’aurez voulu. Si vous pensez vraiment que Spider-Man : No Way Home est autre chose qu’un étron chaud surbudgetté, parlons-en.

Et pour ceux qui auraient besoin de se rafraîchir la mémoire, le spoiler de Spider-Man : Homecoming est là, et celui de Spider-Man : Far From Home ici.

Vous êtes parés ? Bien, alors…

Spoilons, mes bons !


L’affiche : Il y a des étincelles et des personnages qui regardent dans toutes les directions, ça sent bon.

Tout commence là où le précédent film s’était arrêté : alors que Spiderman se promenait romantiquement dans les rues de New York avec sa dulcinée MJ au bras, voilà que sur tous les écrans de la ville s’affichait une annonce extraordinaire : Mysterio, l’ennemi de Spiderman dans le précédent film, avait avant de mourir enregistré un ultime témoignage :

“Je… je suis Mysterio, je viens d’être gravement blessé par Spiderman. Vous vous souvenez de la gigantesque attaque de drones sur Londres ? C’était lui le responsable ! Pas moi, comme a voulu le faire croire cette sale petite araignée! Moi, je voulais l’arrêter ! D’où le fait que maintenant, j’agonise. Ahem. Bon je disais quoi ? Ah oui : avant de partir, j’envoie ce témoignage à un site complotiste en ligne, afin de faire connaître la vérité : sachez que le vrai nom de Spiderman est… PETER PARKER!”

Et toute la foule de New York de pousser une exclamation de surprise en apprenant la vraie identité du type qui sauve régulièrement la ville. Spiderman, qui aimait bien l’anonymat pour rendre la justice ou commenter sous les vidéos de Cyprien, est bien embêté.

– Ah, le scélérat ! Je le bute, et voilà comment il me remercie ! Toutes ces années à être super discret, pour rien !

C’est vrai qu’il a toujours été prudent, le Peter Parker. Tenez par exemple : là, il est dans la rue, couvert de pied en cap pour ne pas être reconnu. Qui pourrait l’identifier ainsi ? Ce n’est pas comme s’il y avait un indice, comme par exemple, sa petite amie officielle à visage découvert à son bras. C’est connu, quand vous voulez que quelqu’un ne sache pas qui vous êtes, vous commencez par lui présenter votre femme. Jamais il ne fera le lien, c’est sûr !

Mais d’autres interrogations bouleversent l’esprit pourtant supposément brillant de notre héros.


– Quand même MJ, ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi Mysterio a envoyé sa vidéo ultra-importante qu’il voulait diffuser au plus grand nombre… à un vulgaire site web complotiste ouvertement réac’ ?
– Tu as raison Peter. Quelle chance que la mairie de New York réquisitionne régulièrement tous les écrans de la ville pour y relayer des vidéos de sites d’extrême-droite !

C’est vrai, on le sait : la mairie de New York est comme ça. 

Enfin, voilà qui confirme au moins une chose : Mysterio était effectivement à la hauteur de Spiderman.

En attendant, notre homme-araignée est bien embêté, cela n’arrange pas ses affaires ! Car toute la foule dans les rues se met à le montrer du doigt, à l’appeler Peter, des hélicoptères de chaînes télés le poursuivent, et il est obligé de voltiger jusqu’à chez lui avec MJ dans les bras pour aller se cacher chez sa seule famille connue (soit le seul endroit où on saura aller le chercher, c’est malin), à savoir chez sa bonne tante Milf.

– Peter, que se passe-t-il ? Tu as l’air tout agité ? Tu veux ta ritaline ? Car je dois te dire que mon petit ami Happy et moi, nous nous séparons, alors tu vas avoir deux maisons et deux chambres, et…
– Raaah, je m’en cogne, tante Milf ! Les médias ont découvert ma vraie identité ! Ma vie est fichue ! regarde, notre petit immeuble est cerné par les hélicoptères des chaînes télés du coin !

Et en effet. Tante Milf constate tristement qu’elle va peut-être devoir commencer à arrêter de se promener chez elle à poil (une nouvelle qui fait chuter les prix de l’immobilier dans le quartier), mais la vie continue tout de même : Peter va devoir assumer sa nouvelle célébrité. 

Une célébrité que le FBI, taquin, vient saluer via une petite descente chez Peter, qu’il arrête, ainsi que tous ses amis, car eux croient les allégations de Mysterio : et si Peter était bien derrière l’attaque de Londres avec des drones ?

– Avoue, petite crotte ! Mysterio tentait de tous nous sauver et toi, tu l’as tué !
– Mais non !
– Avoue, l’araignée ! Ou je sors le Baygon !
– Monstre ! Mais pourtant, j’insiste, ce n’est pas moi !
– Ah oui ? Pourtant, ce sont bien des drones Stark Industries qui ont attaqué la capitale britannique ! Or, n’es-tu pas mouillé à fond avec l’empire Stark, Tony Stark ayant été ton mentor jusqu’à sa mort ?

Peter baffouille, bredouille, et…

Non mais vraiment : il a plus probablement été mordu par un blaireau que par une araignée. Puisqu’avec dix secondes de réflexion, il devrait pouvoir souligner un truc ou deux. Par exemple, comme ça :

– Bon, écoutez-moi les connards, ça fait combien de films que je sauve le monde de la destruction ? Ca ne vous met pas vaguement la puce à l’oreille sur qui était l’enfoiré ? Hmmm ? En plus c’est facile de vérifier qui pipeaute. Dois-je vous rappeler que Mysterio, qui se faisait passer pour un justicier interdimensionnel, était en fait un ancien employé de Stark Industries, ce qui se vérifie en environ 10 secondes de recherches ? Et que par un heureux hasard, ce gros menteur était… ooooh, ben ça alors ! Celui qui a conçu la technologie des drones qui ont attaqué Londres ! Mais quelle coïncidence, décidément ! ! Non ? Ça ne vous intrigue pas vaguement ? Sinon, vous avez pensé à vérifier la mémoire des drones en question pour voir qui donnait les ordres ? Non plus ? Ah non vraiment, je sens que j’ai affaire à des champions. Bon, j’appelle le Président tout de suite pour lui rappeler qui sauve le monde toutes les vingt minutes ou vous préférez continuer à baser toute votre enquête sur la vidéo d’un mec dont on peut vérifier que c’était un imposteur en moins de deux minutes ?

Mais non, car sinon, le film s’arrête. Spiderman se contente donc de baver en faisant des bruits de bouche suspects, et le FBI lui répond en termes équivalents. Peter tente tout de même un truc :

– Euh… ben appelez Nick Fury, du SHIELD sinon, il vous dira tout.
– Il n’est pas dispo.
– AH BEN S’IL N’EST PAS DISPO ALORS J’IMAGINE QU’IL N’Y A PERSONNE D’AUTRE. OH NON JE SUIS FOUTU !

Diego ? Tu te souviens de ce jeune homme qui voulait faire son stage de troisième ici ? Tu peux le rappeler, j’ai une soudaine envie de briser une nuque.

Mais allons.

Peter se retrouve à engager un avocat, que nous appellerons Maître Daredevil, qui rassure notre héros. Maître, c’est à vous.

– Peter, j’ai une bonne nouvelle : j’ai obtenu l’abandon de toutes les charges contre toi.
– Super ! Comment ?
– Entre deux scènes.

Non, vous n’en saurez pas plus. Même le scénariste n’arrive pas à justifier où il va, ni comment. Il n’empêche que par la magie des trous du scénario, Peter qui était au trou dix minutes avant est libre comme l’air.

Ou presque, car désormais, il doit affronter l’opinion publique.

La moitié des gens l’adulent comme le héros qu’il est, l’autre moitié le hait comme le monstre qu’on le soupçonne d’être. Notez que même si la fausse information de Mysterio est facile à démonter, nous savons que nous vivons dans un monde de larrons prêts à croire que la Terre est plate, les missions lunaires un canular, ou encore que Marine Le Pen ferait une bonne présidente. Aussi, finalement, cette partie du film est presque crédible.

En attendant, Peter Parker passe désormais son temps à se faire emmerder où qu’il aille.

– C’est nul, MJ ! Je ne peux plus sortir sans qu’on me lance des insultes : “Eh gazelle !” “Vazy réponds !” “Sale pute !”… j’en ai assez, MJ, c’est invivable !
– Je… Peter, ça, ce n’est pas parce que tu es célèbre. C’est parce qu’ils te prennent pour une fille.

Peter découvre alors avec stupeur ce que l’on appelle dans le jargon “La vie au sein du quartier Chapelle”. Mais tout de même, il est aussi emmerdé pour sa célébrité, et à l’école comme dans les commerces, on le poursuit, on le photographie, bref…

– Tu as noté comme personne n’emmerdait Captain America comme ça alors que tout le monde savait que c’était Steve Rogers ?
– Oui, ou le Faucon, pareil.
– Et le Soldat de l’Hiver !
– Il n’y a pas eu une série entière sur Hawk Eye qui bien que connu et membre des Avengers, peut se promener partout à New York sans jamais qu’on l’aborde ou presque ?
– Si ! Comme Natacha Romanov.
– Ou, tiens, Tony Stark !
– Et…

Peter, ici se demandant ce qui a permis de faire le lien entre Peter Parker et Spiderman.

MJ et Peter commencent donc à se demander si ce ne serait pas un peu du foutage de gueule puisque visiblement, il est le seul super-héros de l’univers Marvel à être emmerdé comme ça. Mais là encore, l’univers Marvel s’écroule sur lui-même et oublie ce genre de détails, car toutes ces incohérences ne sont là que pour amener l’intrigue jusqu’au point souhaité par le scénario, et tant pis si ça n’est pas crédible : lorsque Ned, MJ et Peter, qui prévoyaient de partir tous les trois étudier au MIT, reçoivent leurs réponses à leurs demandes d’admission, tous trois… sont refusés.

Motif : « Puisque vous connaissez Spiderman (voire que vous êtes Spiderman vous-même) et que ça crée un peu trop de controverses, l’université préfère se passer de vous. Cordialement, bisous, le MIT. »

C’est en effet connu : quelle université voudrait recruter un super-héros et scientifique de génie dans ses rangs, surtout si les complotistes ne l’aiment pas ? Hein ? 

Encore, Peter Parker aurait été refusé de Sciences Po Grenoble pour avoir mégenré une table de chevet, d’accord. Mais là, bon. 

Et parce que c’est festival d’incohérences pour tout le monde, MJ mentionne aussi que c’est très embêtant car étant pauvre, pour elle, il est impossible d’aller à la fac si elle n’est pas prise dans un programme impliquant une bourse universitaire. Comme ce qu’elle avait demandé au MIT. Peter partage sa douleur.

– Je suis désolé MJ. Si seulement je pouvais t’aider… si seulement je connaissais un jeune homme qui aurait été le fils spirituel de Tony Stark, et qui aurait accès à toutes les ressources de son empire…  un jeune homme qui pourrait te faire entrer dans n’importe quel fac et te payer toutes tes études en un coup de fil…
– Mais Peter, c’est t…
– JE NE T’ENTENDS PAS, MJ ! MA COMBINAISON À PLUSIEURS MILLIARDS DE DOLLARS ISSUE DE STARK INDUSTRIES ME BOUCHE LES OREILLES !

Ce. Foutage. De. Gueule.

Non, vraiment, quelle intrigue ; le film aurait dû s’appeler Spiderman contre Parcoursup. Surtout que bon, c’est vrai : comment est-ce qu’un type avec accès à des milliards de dollars, ami avec les gens les plus influents de la planète et avec des compétences scientifiques hors du commun va-t-il pouvoir rentrer en première année de fac avec ses amis ? 

Eh bien, Peter étant un génie, je vous le rappelle, il ne voit qu’une solution, à savoir rendre visite à l’un de ses bons amis : le Dr Strange. Qui habite lui aussi à New York. À peine rentré dans le manoir du légendaire magicien, Strange accueille aimablement notre homme-araignée.

– Ah, Peter ! Quel plaisir de te revoir. Tu peux m’appeler Stephen : après tout, n’avons-nous pas sauvé le monde ensemble ?
– Merci, c’est gentil Stephen. D’ailleurs j’y pense : c’est votre vrai nom, Stephen Strange, non ?
– Oui, c’était même l’objet d’une blague dans un précédent film.
– Et vous ne portez pas de masque ?
– Non, non, comme tu le vois.
– Donc tout le monde sait qui vous êtes ?
– Ben oui.
– ALORS POURQUOI PERSONNE NE VIENT VOUS EMMERDER VOUS ALORS QU’EN PLUS VOUS ÊTES LA PREUVE QUE LA MAGIE EXISTE CE QUI DOIT VAGUEMENT INTÉRESSER LES GENS ?
– Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeh biiiiiiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen….

Parce que le scénario est à chier, mon p’tit Peter.

Mais attendez, ça peut aller encore plus loin. En effet, Peter n’est pas simplement venu là pour souligner à quel point il a des amis célèbres qui rendent la situation encore plus absurde. Non, il est là pour demander de l’aide à son ami magicien de niveau 3. Voire 4.

– Je me demandais si vous pouviez m’aider, Stephen.
– En utilisant moi aussi mes montagnes de pognon et mon réseau pour t’avoir une place à la fac ?
– Hmmm… non.
– En me demandant de t’enseigner la magie, ce truc qui a l’air d’être la science sans les contraintes ? Surtout que faire fac de science quand tu sais que la magie existe et que par déduction, les lois scientifiques ne sont pas si vraies, bon.
– Non plus.
– Tu voudrais peut-être que j’utilise ma magie pour convaincre un président d’université de te prendre ?
– Nan, utiliser son fric, son réseau ou son pouvoir à des fins personnelles, c’est un peu de droite. Je suis un héros du progrès.
– Très bien, que proposes-tu ?
– Est-ce que vous pourriez faire oublier au monde entier que Spiderman est Peter Parker ?
– Ah. Donc utiliser ma magie sur un gars, c’est mal, mais lobotomiser près de 8 milliards de personnes juste pour que toi et tes deux potes puissiez aller à la fac, c’est cool ?
– Voilà.

Bon, je ne sais pas vous, mais moi le brandy, je suis en train de me l’enfiler à la seringue pour essayer de brûler mes neurones plus rapidement que ce film : je veux abréger mes souffrances.

Surtout que nous n’en sommes qu’au début. Aussi, profitons de cette scène où Stephen Strange n’insiste pas et dit que aucun problème mec, je vais droguer magiquement l’ensemble de la planète, je ne vois aucun souci : je le fais souvent le soir au Macumba, et le lendemain matin, personne ne vient m’emmerder. Tout de même, notre bon docteur précise une chose :

– Ah oui, détail : ce sort peut plus ou moins détruire la réalité en cas de problème.

Ah. Donc non seulement ça revient à lobotomiser le monde entier, mais en plus, ça risque de détruire le monde. Tout ça, je le rappelle pour ENVOYER PETER À LA FAC. Un crime contre l’humanité ainsi que la fin potentielle de ladite humanité, qu’est-ce par rapport aux résultats parcoursup de notre héros ?

Ce film est extraordinaire. C’est comme se faire vomir dessus durant 2h30. J’espère que Spiderman & Docteur Strange et le tribunal international de La Haye sera plus court.

Le docteur Strange, qui lui ne voit pas le souci, emmène donc Peter dans sa cave (une pratique courante quand les adultes croisent le milieu étudiant), et débute son sort en expliquant quelques règles.

– Eh bien Peter, on va se dire au revoir. Car moi aussi je vais oublier que tu es Spiderman avec ce sort.
– Hein ? Mais alors tous les gens que j’aime aussi ? Non euh… ma meuf j’aimerais qu’elle s’en souvienne !
– Okay, je bidouille le sort, mais là je suis en pleine incantation, donc arrête de causer steuplé.
– Et mon meilleur pote, lui aussi on peut l’intégrer comme exception ?
– Grmbl… bordel…okay, mais maintenant, chut, c’est dangereux.
– Et ma tante Milf ? On peut épargner ma tante Milf ?
– Mais puuutaaaain tu vas la fermer ?

Sauf que non seulement Peter – un génie, je vous le rappelle – continue à causer en pleine incantation à ne surtout pas déranger (sous peine de détruire le monde, j’insiste), mais en plus, le docteur Strange, pas plus malin, continue à modifier le sort en cours de route pour y faire toutes sortes d’exceptions.

Ça doit être un concours de qui est le plus neuneu. Et je suis en train de le gagner en regardant ce film, notez.

Et non, à aucun moment Peter ne se dit “Sinon, ce que je peux faire, c’est laisser le sort se lancer puis aller manuellement révéler ma vraie identité à qui j’ai envie par la suite.” Mais non : c’est trop subtil. Et nos deux zozos continuent donc de modifier le sort au beau milieu du lancement.

Au point qu’à la fin, le sort risque de partie en cachou, et Strange qui est sur le point d’en perdre le contrôle le scelle dans une espèce de boule magique.

Un grand pouvoir implique de grandes responsab… nan, utilisez-le pour laver le cerveau du monde entier pour votre petit plaisir.

– Okay, heureusement qu’on est deux des plus brillants esprits de la Terre mon petit Peter, car là, on vient un peu de faire de la merde. Le sort a failli m’échapper et détruire notre réalité, hahaha, la boulette ! Heureusement que l’on faisait tout cela pour une raison majeure !
– Oh oui alors !
– Bref, tu vois la petite boule magique, là ? On n’y touche plus, hein. Le sort est encore dedans. Mieux vaut ne pas le libérer.
– Okay super, et pour la fac, alors ?
– Ah ouais donc on vient de manquer de peu de détruire l’univers, mais toi tu as tes priorités. Ben je ne sais pas : appelle-les.
– Ah bon, on peut faire ça ?
– Pardon ? Tu n’as pas essayé d’appeler avant de me faire lobotomiser la Terre entière ?

Cette dernière réplique est la véritable réponse de Strange dans le film : il est donc conscient qu’il allait faire un truc vraiiiiiiiiiment limite, mais attention, si c’est APRES un coup de fil à la fac, ça passe. Avant, là, euh, non, Peter, c’est pas très éthique. Comme quoi, droguer magiquement le monde entier tient à peu de choses.

Un crime contre l’Humanité ? C’est simple comme un coup de fil.

Peter remercie le docteur Strange pour cet excellent conseil, puis se barre pour tenter de joindre une patronne du MIT afin de lui dire, en substance « Vazy steuplé fépataput’ prenmoi chuis Spiderman vazy là wallah », un argumentaire qui saura la toucher à n’en point douter. Sauf que celle à qui il veut parler n’est pas à son bureau, mais par un heureux hasard, à New York et en route pour l’aéroport.

– Zut, s’exclame Spiderman. Bon, je pourrais demander son numéro de portable mais… et siiii j’allais plutôt la chercher directement dans sa bagnole pour insister lourdement sur mon admission ?

Ah ben oui, tiens, c’est connu : si une femme vous dit “Non” à ce que vous attendez d’elle, visiblement, vous avez le droit de venir la harceler dans sa bagnole parce que votre tentative de lui laver le cerveau au GHB magique a échoué : c’est cool.

Marvel & Disney vantent dans leur marketing leur progressisme : que serait-ce sans ?

Heureusement, le progrès cinématographique se limitant souvent au Bon Racisme, lorsque Peter rattrape la voiture de la doyenne de la fac, bloquée dans les embouteillages sur un pont new-yorkais, il découvre une femme noire, donc qui va forcément être gentille. Elle est cependant un peu agacée quand même, au début, lorsqu’elle découvre un Peter Parker frappant à son carreau.

– Mais ? Dites donc mon petit Monsieur, que faites-vous à ma fenêtre de voiture ?
– Madame la doyenne, c’était pour vous dire que me refuser à la fac, c’est déjà pas très cool, mais refuser mes amis juste parce qu’ils me fréquentent… c’est dur. Pourriez-vous les prendre s’il-vous-plait ?
– Ah ben oui, si on envoie des courriers de refus, c’est justement parce qu’on a envie que vous veniez insister de vive voix. C’est non, espèce de p’tit bâtard.
– Écoutez Madame, vous êtes noire dans un film Disney. Vous ne le savez pas, mais vous êtes déjà gentille car…

Brololololom !

Au même moment, voilà que le pont est secoué par ce qui ressemble à un tremblement de terre. Mais en y regardant de plus près, Peter découvre que ce n’est pas ça : un drôle de monsieur avec quatre immenses tentacules mécaniques est en train de taper sur les voitures et de s’amuser à tout casser. 

C’est le docteur Otcopus, issu de vieux films Spiderman des années 2000 (c’est loin). Et en voyant Spiderman dans sa belle combi rouge, il sourit.

– Peter ! Je te cherchais !
– Euh… qui êtes-vous, monsieur bizarre ? On ne se connait pas ? s’étonne le jeune Peter.
– Si ! Allons, tu es Peter Parker, mon ennemi juré, alias Spiderman !

Et les deux de faire la bagarre en cassant tout, à commencer par la voiture où se trouve la doyenne que le vilain docteur promène dans tous les sens, menaçant de la tuer. Heureusement, Spiderman l’en empêche, et parvient même à stopper le docteur Octopus en… attendez. Asseyez-vous. Prenez une grande inspiration. Vous êtes prêts ?

Spiderman prend le contrôle des tentacules du docteur Octopus, qui étaient en bluetooth.

– Aha docteur Octopus ! Désormais, j’enroule vos tentacules autour de vous, et vous voilà fait !
– Mais d’où tu as piraté mes tentacules ?! Ils sont directement reliés à ma colonne vertébrale, ce sera en plus redit dans le film, alors tu les as piratés comment ? En passant par le Wifi ? Tu crois que j’ai une SFR Box insérée au bas du dos ou bien ?

Mais si, si. Spiderman appaire les tentacules à son assistant personnel, et zou, c’est plié.

Un scénariste a donc vraiment écrit cette scène. C’est effrayant.

Spiderman ayant cependant sauvé les gens sur le pont (les méchants adorent attaquer les ponts chez Marvel, quand même), il retourne voir la doyenne de la fac dans sa voiture ravagée. Qui a bien évidemment changé de ton.

– Oh, Spiderman ! Vous êtes donc bien un héros malgré ce qu’en disent les sites complotistes ! Je vais tout faire pour que vous et vos amis soyez pris à la fac !
– Eh ben voilà. Je vous avais bien dit que vous finiriez par vous ranger aveuglément derrière les gentils : vous êtes noire, c’est pas comme si votre personnage pouvait avoir la nuance d’un blanc.

Mais avant que la doyenne ne puisse le traiter de petite raclure raciste, ce que le film désapprouverait, des explosions retentissent sur le pont, qu’un étrange personnage vert survole… mais le docteur Strange apparait avant que ça n’aille plus loin et téléporte Peter comme le docteur Octopus dans les entrailles sûres et obscures de sa demeure. 

Oubliez le personnage vert : visiblement, on s’en fout pour l’instant, et tant pis pour les gens sur le pont qui se mangent des bombes sur la gueule. Eux-mêmes profitent d’un trou entre deux scènes pour se sortir du pétrin, selon la technique de Maître Daredevil évoquée plus tôt dans ce film.

Le docteur Octopus se retrouve en tous les cas dans la cellule d’une prison magique, aux côtés d’un homme-lézard (lui aussi issu d’un autre film Spiderman), alors que Peter est lui libre et peut discuter en paix avec Strange.

– Stephen ? Qui était ce type sur le pont ? Pas le bonhomme vert, visiblement, lui on s’en fout. Mais le gars avec les tentacules en bluetooth que l’on vient d’enfermer ? Il avait l’air de me connaître alors que moi je ne l’ai jamais vu. D’ailleurs, depuis que j’ai retiré mon masque, il gueule que je ne suis pas Peter Parker. Il est con ou bien ?
– Oui alors ça je peux te l’expliquer. Pas la partie sur la connerie, avant. Tu sais le sort que j’ai jeté ? Avant que je ne décide de le contenir, je l’avais tellement merdé qu’au lieu d’effacer la mémoire de tous les gens de la Terre… ça a a attiré vers notre Terre tous les gens qui te connaissaient dans des univers parallèles. Donc lui, là, M. Poulpe…
– Docteur Poulpe steuplé !
– Oui, donc lui et le gros lézard à côté viennent d’autres univers, où ils connaissent d’autres Peter Parker. Ils ont réussi à se glisser jusqu’ici avant que je ne scelle la magie dans la bouboule vue plus tôt dans le film.
– Ah. Alors que fait-on ?
– Eh bien en attendant que je ne bricole un moyen de les renvoyer chez eux, tu vas devoir traquer tous les égarés dimensionnels attirés par le sort et les amener ici pour les retenir prisonniers. Tiens, je t’ai fait un brassard magique qui tire un rayon qui téléporte ici tout ce qu’il touche. Pratique !
– Okay, je peux m’en charger et les isoler avant qu’ils ne causent le chaos dans notre monde. Mais pour cela, je vais avoir besoin d’aide !

Thor ? Hulk ? Les agents du Shield ? Daredevil ? Le Punisher ? Pepper Stark ? War Mach…

– Mon ami obèse Ned et ma copine reloue MJ !

Ça valait bien le coup de passer des années à monter tout un univers Marvel pour ne surtout pas s’en servir. C’est sûr que ton pote rigolo et ta copine moralisatrice vont être d’une bien plus grande aide pour sauver le monde de méchants interdimensionnels que, je ne sais pas, des super-héros ou une armée d’agents spécialisés.

Bientôt deux décennies de films introduisant de nouveaux héros, et voilà sur qui repose le sort de la Terre.

– Et vous docteur Strange ? Non parce que vous êtes balaise quand même.
– Oui, mais je dois faire caca. 

Non, vraiment : il décide qu’il a mieux à faire.

Et non, il ne donne aucune excuse. Le vrai souci étant que si Strange aide Spiderman, là encore, le film s’arrête. Donc il laisse la place à ses amis inutiles. Ned et MJ sont donc invités dans les souterrains du manoir de Strange et découvrent son joli donjon SM et ses prisonniers. Spiderman a donc désormais non pas un, mais deux personnages tout nuls pour l’épauler.

Ensemble, ils détectent tout de même des pics d’énergie suspects dans la pampa, et Spiderman s’y rend pour faire la bagarre avec les responsables, eux aussi issus de précédents films Spiderman : un monsieur noir qui contrôle l’électricité (il sera donc gentil à la fin, si vous ne vous en doutiez pas) et un type fait de sable et qui le contrôle. Nous les appelerons donc Ohm noir et Dune. Si le premier fait de la résistance, le second se montre plus malléable ; Spiderman finit cependant par les envoyer tous deux d’un coup de rayon magique dans la prison enchantée de Strange. Spiderman rentre donc vainqueur.

– Bravo Peter ! Tu penses qu’il y a beaucoup d’autres prisonniers à envoyer au trou ?
– J’espère que non, Ned : le trou magique du docteur Strange n’est pas extensible à l’infini.
– …
– Oooh, je crois que je suis allé un peu vite. Oublie cette phrase. Je voulais dire qu’on n’a non plus 150 cellules.

Alors qu’il papote, Spiderman reçoit cependant un appel : c’est tante Milf qui lui dit qu’elle a recueilli un étrange vagabond qui dit le connaître. Un certain M. Osborn. Ce qui provoque un cri de stupeur chez l’un des prisonniers.

– Osborn ? Le Bouffon Vert ?!
– Que dites-vous depuis votre cellule, docteur Poulpe ?
– Je dis que c’est le Bouffon Vert ! Vous vous souvenez du type qu’on a vu causer des explosions sur le pont quand vous m’avez arrêté ? C’était lui ! C’est l’ennemi juré du Spiderman de mon univers !

Peter ne demande pas plus d’explications : il fonce immédiatement voir tante Milf, qu’il trouve en train de boire le thé avec ce fameux M. Osborn. Qui s’avère être tout calme. Mais étonné en voyant Peter.

– Et vous dites que ce garçon est Peter Parker, Madame ? Mais c’est impossible ! Je connais Peter, il ne ressemble pas à ça !

Par contre, le fait que tante May ressemble plus à une playmate qu’à la Mère Poulard n’a pas l’air de le choquer, ce coquinou.

– C’est parce que vous venez d’une autre dimension, Osborn ! Je suis le Peter Parker de cette dimension ! Et vous, l’abominable bouffon vert !
– Oui alors déjà, j’aimerais des majuscules quand on parle de moi, sinon ça désigne la mairie de Lyon. Et ensuite, non, le Bouffon Vert est mon autre personnalité, causée par un sérum que j’ai absorbé. Mais j’ai réussi à le faire taire.
– Comment ?
– Eh bien plus tôt dans le film, il y a eu une brève scène où l’on m’a vu entendre la voix du Bouffon, et l’envoyer paître en détruisant le casque que je portais en forme de Bouffon avec un gros caillou.
– Votre casque résiste aux explosions mais pas à un jet de gros caillou ?!
– On sous-estime trop souvent le pouvoir des gros cailloux.

J’imagine que le docteur Osborn, ingénieur militaire de formation, doit donc développer des trébuchets en secret, mais passons. Car il a beau être gentil, lorsque Spiderman le ramène chez le docteur Strange, Strange ne fait pas de chichis et le téléporte par sécurité directement dans une cellule, gentil ou non.

– Non parce qu’à un moment, je m’en fous de vos histoires les enfants. Moi, je dois tous vous renvoyer chez vous pour rétablir l’équilibre de l’univers, explique Strange.

Les méchants grommèlent et se mettent à discuter entre eux, de cellule en cellule.

– Ah, tu fais moins le malin, Bouffon Vert ! Tu pensais ne pas finir comme nous, pas vrai ?
– Raaah, silence, docteur Poulpe. Vous êtes un personnage tout naze.
– Tout naze, mais pas mort, contrairement à toi ! Dans ta dimension d’origine, tu es mort !
– Hein ? Mais pas du tout ! Toi tu es mort !
– Non, toi !

Et les méchants de soudainement comprendre que leurs derniers souvenirs de leur dimension… sont lorsque Spiderman s’apprêtait à les balancer dans une situation mortelle. Et qu’après, ils se souviennent juste s’être réveillés ici.

Le docteur Strange les interrompt.

– Apapap, on s’en moque de vos histoires de qui est mort ou non, c’est pas mon problème. De toute façon, je viens d’insérer la boule magique de mon sort raté dans cet artefact en forme de cube qui permet d’inverser les sorts. Il va me permettre de tous vous renvoyer chez vous.

Peter bondit alors, horrifié.

– Mais euh… non ! Vous ne pouvez pas faire ça, docteur Strange !
– Ah ben si, en fait.
– Non mais… éthiquement !

Dit le mec qui demandait à son pote de lancer un sort de GHB mondial.

Mais en effet : Peter refuse de renvoyer ces gens chez eux, puisque visiblement, ils ont été téléportés ici au moment de leur mort. Ce qui signifie que les renvoyer les tuerait !

– Et je ne peux pas laisser faire cela ! s’exclame Peter. Car la mort, c’est vilain !

Et avant que Strange ne commente cette puissante réflexion ou n’utilise son artefact pour renvoyer tout ce petit monde, Spiderman décide de lancer un bon coup de toile pour piquer la machine à inverser les sortilèges, et s’enfuit avec. 

C’est très intelligent.

Strange le poursuit, c’est la bagarre, et finalement, le magicien décide de se téléporter avec Peter dans la dimension miroir, une dimension parallèle qu’il contrôle et où Peter pourra rester au frais le temps de se calmer. Sauf que la dimension miroir étant basée sur la symétrie, Peter s’exclame “C’est de la géométrie, et j’adore ça !” (ce garçon est vraiment un pervers).

Et comme il adore ça, sans explication, il parvient soudain à prendre le maître de ladite dimension de vitesse et à le piéger dans une toile. Il lui pique alors sa bagouze à téléportation et son cube magique à inversion de sortilèges et merci bonsoir, il quitte la dimension miroir en laissant Strange prisonnier dedans. Comme quoi, avoir un niveau de troisième en géométrie, ça sert.

Bon, visiblement, Peter n’a pas l’air de se souvenir qu’il n’a aucune idée de comment revenir dans cette dimension plus tard, ni qu’il ne sait pas utiliser l’artefact du bon docteur, mais le scénario non plus donc ça va.

Car pif pouf, Spiderman revient au manoir du docteur Strange, victorieux, et retrouve ses amis.

– C’est bon, j’ai enfermé Strange dans sa dimension parallèle, je suis sûr que c’est une super idée. En attendant, tiens, Ned, je te confie sa bague de téléportation, fais le con avec, ce n’est sûrement pas dangereux.
– Ok !
– Et toi MJ, je te confie le cube magique inverseur de sortilèges. Je vais tenter d’aider les méchants plutôt que de les tuer, mais si ça part en sucette, tu appuies sur ce bouton ici et paf, ça les renverra tous chez eux.
– Où as-tu appris comment te servir de cette relique enchantée ? Et es-tu sûr qu’un artefact magique complexe contenant un sort merdé destructeur de réalité fonctionne sans la moindre incantation et avec un pauvre bouton ?

Spiderman feuillette le script en suant très fort, puis finit par le jeter au loin.

– MJ, ferme-la. 

MJ hoche donc la tête en bavant un peu, pendant que Peter se tourne vers les méchants.

– Bon, les méchants, je vous explique : je suis contre le fait de vous tuer. Je préfère vous aider. Alors que diriez-vous de me suivre gentiment pendant que je vous emmène jusqu’à un endroit où je pourrai vous guérir de vos problèmes respectifs de… mi-homme, mi-sable, mi-homme, mi-lézard, mi-ohm, mi…

Mi-bluetooth.

Les méchants lui disent de la fermer : ils ont compris. Et vu que c’est leur meilleure options, ils acceptent de suivre Peter. Qui décide d’emmener tout ce cirque ambulant avec lui, et d’aller se planquer avec eux dans un appartement de l’empire Stark à sa disposition où il a accès à toutes sortes de gadgets bien utiles, comme un fabricateur qui peut reproduire n’importe quel objet dont il pourrait avoir besoin. il y est rejoint par tante Milf, qui lui assure qu’aider les méchants, c’est gentil. 

– Tu as bon cœur, Peter. C’est bien. Comment vas-tu t’y prendre ?
– Eh bien je vais trouver comment guérir chacun de ces méchants. Ohm noir ? Son corps est chargé d’électricité, je vais trouver comment l’en libérer. Dune ? Je vais remettre ses particules dans le bon ordre et il redeviendra normal. Le docteur Poulpe ? Il est méchant car les tentacules reliés à sa colonne sont gérés par une IA qui devait l’assister ; la puce sur sa nuque qui devait l’aider à contrôler l’IA a grillé, et maintenant, c’est l’IA qui le contrôle, lui.
– Mais ? Ses tentacules n’étaient pas en bluetooth ?
– Ah merde oui.
– Et si ses tentacules le contrôlent, et que toi tu contrôles les tentacules, tu ne pourrais pas le contrôler l… Peter ? Peter que fais-tu avec ces boules de fumée ninja dans la main ? Attention mon garçon, si tu les jettes au sol, tu seras puni dans ta chambre !
– MaiiiiiiiIIIIIiiiIIIIIiiis chuis Spiderman quand même !
– Oui ben Spiderman ou pas, tu vas m’expliquer autre chose : une fois guéris… si tu les renvoies dans leur dimension…ils vont crever quand même, puisqu’ils vont revenir au moment de leur mort, non ? Sauf que là, ils n’auront plus leurs pouvoirs pour se défendre vu que tu leur auras retirés. Tu es donc techniquement en train de faciliter leur mise à m…
– BOULE DE FUMÉE NINJA !

Et pendant que tante Milf tousse, Peter se met au travail et développe des solutions pour tous ses prisonniers, qui tous, sont ravis de rencontrer un Peter qui veut les aider et non les tuer. Le premier servi est le docteur Poulpe, qui reçoit une nouvelle puce qui lui permet de reprendre le contrôle de ses tentacules au lieu d’être contrôlé par eux, voire de miner des Bitcoins (dans sa dimension, ça vaut encore le coup). Il devient donc gentil.

Sauf que peu après, le docteur Osborn commence à s’exciter et à dire que perdre ses pouvoirs, c’est nul : il est redevenu le Bouffon Vert, et il incite ses copains à prendre une autre direction : péter la gueule de Peter et reprendre leur liberté. Et suite à diverses tensions, cela finit par marcher et tout le monde se dit que c’est vrai que frapper Peter est très tentant. La bagarre éclate donc.

Ohm noir s’enfuit avec un mini-réacteur Stark qui le rend encore plus puissant, le docteur Poulpe met les voiles, le gros lézard commence à bastonner, et c’est donc la guerre entre Peter et les méchants. Avec pour principal adversaire pour Spiderman, le Bouffon Vert qui envoie des explosifs partout : dans l’immeuble, sur les bâtiments voisins, sur les voitures de police qui arrivent en bas, les ambulances, les journalistes qui traquaient Spiderman…

Et finalement, c’est tante Milf qui se mange une grenade dans la mouille.

Spiderman se retrouve donc avec sa tatie dans les bras, mourante, qui lui dit des choses palpitantes.

– Tu as voulu les aider…ne regrette rien…
– Oui enfin ils viennent de tuer des dizaines de gens quand même, dont toi. Ça valait le coup ?
– Je n’entends rien… sache plutôt qu’un grand pouvoir… implique de grandes responsabilités…
– Genre ne pas laisser des gens tuer des civils, comme ça, au pif ?
– Je… gaaargl… je meurs…
– Non ! Tante Milf ! Ne pars pas ! J’arrêterai de t’envoyer des boules de fumée ninjas à la gueule !
– …. alors…. ah…dis-moi… réponds cette fois… à quoi ça sert de les guérir… si c’est pour les renvoyer mourir ?
– BOULEDEFUMÉENINJA !

La blessure et la fumée dans la gueule sont fatales à tante Milf. Bouleversé, Spiderman s’enfuit pour aller méditer (ou plutôt, bouder) dans un coin tranquille de la ville. On peut donc le dire : l’homme-araignée a le cafard. Hohoho. Je… bon. Écoutez, je me mets au niveau du film, aussi.

Peter peut donc réfléchir en paix à la vie, à la mort, et à la vacuité du script.

Pendant ce temps, dans le manoir du docteur Strange, MJ et Ned sont inquiets : ils n’ont aucune nouvelle de Peter. Mais Ned consulte les internets, véritables autoroutes de l’information où il y a en ce moment un gros bouchon de nouvelles au sujet d’explosions dans l’immeuble où se planquait Spiderman. Ned fronce les sourcils.

– Hmmm… MJ ? Je crois que les méchants ont arrêté de suivre docilement Peter. Il y a eu des explosions et des morts.
– Okay, donc comme prévu, je renvoie ces petits rascals chez eux en appuyant sur le gros bouton de l’artefact magique inverseur de sort et…
– Non, attends ! D’accord, ces gens sont en train de trucider des innocents et on peut les arrêter avec un seul bouton, mais ne devrait-on pas plutôt laisser le massacre se poursuivre en attendant que Peter nous donne son avis ?

Le progrès continue : MJ, pourtant présentée comme brillante et soucieuse d’aider les autres, laisse une boucherie se poursuivre tant qu’elle n’a pas reçu d’ordres de son mec. Non vraiment : le progrès.

En attendant, l’absence de Peter se fait sentir si fort que Ned marmonne « Ah, si seulement Peter était là ! » en remuant les mains, et comme il a la bague du docteur Strange au doigt… voilà que ça fait des étincelles dans l’air. Oh ? MJ lui dit d’insister, de refaire ça en s’exclamant « Je veux voir Peter Parker ! », et pif pouf, avec un peu de bonne volonté et l’aide du script, Ned ouvre un portail magique au travers duquel il aperçoit bien Spiderman !

Vous vous souvenez du film Docteur Strange, où il faut des plombes à un génie comme Strange pour maîtriser les portails ? Bon ben là, il a fallu vingt secondes à un petit joufflu un peu con. Non vraiment, ça vaut le coup de sortir cinq films par an pour nous dire à quel point l’univers est complexe et au final démouler un gros étron dessus toutes les deux minutes. Se prendre autant de matières fécales sur la tête à la minute, on dirait presque la vie d’une Instagrameuse à Dubaï.

Le portail ouvert, Spiderman s’y engouffre pour rejoindre ses amis ! Sauf que lorsqu’il retire sa cagoule… ce n’est pas le Peter Parker que nos amis connaissent. C’en est un autre, d’un autre univers. Tout le monde est un peu perplexe, mais allez ! On réessaie et… hop ! C’est encore un nouveau Peter Parker qui rejoint nos amis ! Ces deux Peter avaient eux aussi été téléportés dans cette dimension par le sort merdouillé de Strange sans comprendre pourquoi. Tout comme les méchants de leurs dimensions respectives. Tout le monde peut donc commencer à discuter lorsque soudain…

– Un instant !
– Oh ! Mais qui êtes-vous, là, accroché au plafond ? s’exclame MJ.
– Je suis Spider-Roudoudou ! Moi aussi j’ai été attiré dans votre dimension. Après avoir été mordu par un une araignée qui avait mangé un roudoudou, moi, le caporal Peter Parker, je suis devenu…
– Accélérez Monsieur Roudoudou.
– Oui, alors je suis venu vous aider. Parce que là, vous faites n’importe quoi. Jeune Ned ! Si vous avez soudain le pouvoir d’ouvrir des portails vers Peter Parker en vous exclamant « Je veux voir Peter Parker », pourquoi ne le faites-vous pas jusqu’à tomber sur le bon ? Non parce qu’au mieux, vous le trouvez, au pire, vous invoquez au fur et à mesure une armée toujours plus grande de Peter Parker pour triompher des vilains.
– Vous avez raison, Monsieur Spider-Roudoudou ! Je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! C’est moi, Peter Parker, de la dimension où j’utilise des armes à feu !
– Ah c’est pratique ! Allez, on recommence : je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! Je suis Peter Parker de la dimension où j’ai appris la magie !
– Fabuleux ! Je veux voir… Peter Parker !
– Schlibiding ! Guten Tag !
– Ah ben merde, vous êtes qui, vous ?
– Mais ? Che suis Pjëter Parker ! Sur le front de l’Est, chai été mordu par un officier SS radioactif, et depuis, che suis Speed-Herman, le nazi le plus rapide de…
– ALLEZ PCHHHHT, ÇA SUFFIT, DU BALAI ! DEHORS LES ARAIGNÉES !

MJ et son balai foutent donc tout le monde dehors : Spiderman, Spiderman, Spider-Roudoudou, Speed-Herman, alors que Ned n’a même pas eu le temps de tenter le « Je veux voir le Spiderman de la dimension où c’est une fille à gros seins avec un faible pour les gros nerds ! ». C’est vous dire si elle ruine tout.

Donc non : Ned n’essaie pas plusieurs fois la même formule, ce serait intelligent. Le script lui a susurré à l’oreille que pour le fan service, on n’avait besoin que de ces deux Spiderman, donc hop, nos personnages savent instantanément qu’il n’y en a aucun autre à aller chercher.

Mais le leur, d’ailleurs, où est-il ? Peter, Peter, Ned et MJ réfléchissent, et notre amie finit par se souvenir que quand il est triste, son Peter aime à méditer depuis le toit du CDI du lycée. Tout le monde va donc le chercher, et Peter est très surpris de découvrir deux autres Spiderman (ou spidermen, ça dépend) qui le serrent dans les bras lorsqu’il leur apprend l’horrible nouvelle :

– Tante Milf… elle est morte ! Dans mes bras ! Bouhouhou snif snouf !
– Mon pauvre, nous savons ce que c’est. Moi, c’est oncle Ben qui est mort dans mes bras.
– Et moi, tante May a… attends, comment ça « tante Milf » ? C’était pas une petite vieille qui sentait le cookie ?
– Ah non, c’était une espèce de bombasse, pourquoi ? Tenez, voici sa photo.

Et les deux autres Peter de se dire qu’ils ont été bien roulés vu leur tantes May, mais pas autant que celle-là. Avant que quelqu’un ne commence à parler du fait qu’ils lui auraient bien mangé les cookies, tout le monde bat en retraite pour reprendre la lutte : il faut arrêter les méchants de ce bas monde.

– Et comme tante Milf l’aurait voulu, même après être morte comme une merde à cause précisément de cette décision, nous allons encore essayer de soigner ces vilains, non de les tuer ! explique Peter 1, notre héros.

Avant de les renvoyer vers leur dimension où ils sont morts, mais ça, le scénario n’en fait plus mention, pas plus que Peter 2 et Peter 3, qui sont pourtant ceux qui ont tué lesdits méchants lors de leurs aventures. Il est comme ça, Spiderman : il oublie vite les gens qu’il tue, et ce, dans toutes les dimensions où il existe.

Rappelez-moi : c’est lui le gentil ? Non, je voulais juste être sûr. Merci.

Peter, Peter et Peter concoctent donc ensemble tout un arsenal pour vaincre les méchants :
– Un sérum qui rendra l’homme-lézard plus homme et moins lézard (même si son identité de lizard-gender sera respectée)
– Un gaz qui fera passer Dune de l’état de petit sablé à celui de gros boudin (grâce à un truc très simple, les charcutiers le détestent)
– Un cocktail à injecter au Bouffon Vert pour qu’il ne soit plus vert, mais un simple bouffon
– Un gadget pour vider l’Ohm Noir de son électricité
– Et pour le docteur Poulpe…

Mais attendez ? Il était guéri, le docteur Poulpe ! Personne n’a pas pensé à lui faire signe ? À l’appeler en renfort ? Ou à se renseigner sur où était un type avec des tentacules géants en acier ?

Eh bien non : nos héros s’en cognent. Voilà.

Ne reste plus qu’à attirer tous les méchants au même endroit. Et pour ce faire, Peter a un truc très simple : envoyer un message au fameux site complotiste à qui la ville de New York prête gentiment ses écrans géants, pour y diffuser son message : il attend les méchants pour la bagarre à la Statue de la Liberté (mais non, la police, l’armée, ou autre organisation n’iront pas y aider, merci).

Statue de la Liberté qui est à ce moment-là en travaux et couverte d’échafaudages métalliques, ce qui est une excellente idée quand on veut affronter, au hasard, un homme électrique. Personnellement j’aurais choisi un endroit isolé à tous les sens du terme, mais bon, je n’ai pas le génie de notre héros. Pardon : de nos trois héros.

Peter, Peter et Peter se pointent comme convenu à la Statue, et les méchants les y retrouvent : la bagarre commence donc. Et plutôt mal pour nos héros, qui ne sont pas habitués à travailler en équipe. Mais sitôt que Peter 1 leur dit « Et siiii on travaillait en équipe, mais genre vraiment ? » hop, ça y est, c’est bon. C’est juste qu’il fallait leur dire, voyez-vous.

Trois génies, donc.

Bon, ils auraient aussi bien pu traquer les méchants en groupe et tomber dessus à 3 contre 1 à chaque fois, mais c’était visiblement un peu subtil.

L’un après l’autre, nos héros parviennent à guérir les vilains, de plus ou moins bon gré, et ce avec l’aide du docteur Poulpe qui débarque pour les aider… sauf que suite à de petits problèmes de pièges impliquant de la téléportation, Ned et MJ se sont retrouvés au beau milieu des combats, et que le Bouffon Vert en a profité pour détruire l’artefact contenant le sort à annuler qui les renverrait chez eux !

Bouffon Vert qui manque d’ailleurs de se faire tuer par Peter 1, qui lui en veut pour la mort de tante Milf, mais Peter 3 l’en empêche. Et ce faisant, se prend quand même un coup dans le dos de Bouffon Vert, qui est décidément surtout un gros rabouin. Mais ce n’est pas grave, car il a quand même droit à sa dose de cocktail qui le rend gentil et détruit sa personnalité de Bouffon Vert.

Ainsi, le Bouffon Vert n’est plus que le sympathique docteur Osborn. Le docteur Poulpe est toujours le docteur Poulpe, mais gentil. L’homme-lézard est redevenu un homme, ohm noir n’a plus d’électricité à balancer, quant à Dune, il n’a plus de problèmes de sable dans le slip.

– Au fait, pourquoi je m’appelle Dune, moi ? C’est naze comme nom. Je ne suis pas vraiment une dune. C’est un peu comme si on avait appelé l’homme-lézard « crocodile » parce que c’était proche.
– C’est pourtant intéressant comme nom, crocodile, Dune, dis.

Si vous relisez la phrase précédente à voix haute, on se retrouve à la remise des prix des calembours les plus longs à mettre en place pour un résultat inversement intéressant. Merci public.

Mais bref : puisque tout le monde est guéri, tout se termine bien ?

Non ! La situation dégénère. Car la destruction de l’artefact magique et du sort dedans ont libéré des forces qui commencent à déchirer le tissu de la réalité lui-même, et d’une infinité d’univers, une infinité de personnages connaissant Peter Parker approchent.

– Ça veut dire que je vais mourir étouffée sous un nombre infini de Peter Parker ?

Le tissu de la culotte de MJ est lui aussi en train d’avoir quelques problèmes, mais là n’est pas le sujet. La fin du monde causée par une pluie de personnages débiles, c’est quand même moche, aussi ce serait bien que le docteur Strange soit là pour réparer tout cela… et puisque c’est ce que souhaite Ned en agitant ses bras, paf ! Le docteur Strange jaillit d’un portail de téléportation.

– Docteur Strange !
– Docteur Ex Machina pour l’occasion, les enfants. Ooooh, je vois ce qu’il se passe ici. Le multivers risque de se déverser dans notre monde, et nous risquons de nous taper une invasion de personnages de l’univers Marvel.

Hmmm. N’est-ce pas la définition du cinéma depuis la fin des années 2000 ? Mais pardon, docteur, je vous ai interrompu.

– Peter ! lance le docteur. Je peux contenir la faille avec mes grands pouvoirs, mais pas longtemps ! Tous les gens qui connaissent Peter Parker sont attirés vers notre dimension !
– Ça marche aussi avec les homonymes ?
– PETER !
– Oui, bon… ça va… oh mais j’y pense, et si vous lanciez le sort original à nouveau ? Le sort qui ferait oublier à tout le monde qui je suis, est-ce que ça ne fonctionnerait pas ?
– Peter, tu n’y penses pas ? Cela marcherait et sauverait le monde, oui… mais cela modifierait aussi la mémoire de gens du monde entier ! Même moi je t’oublierais !

Ah. Oui. Alors.

Quelqu’un pour dire quelque chose ? Non ? Bon, je me dévoue :

D’où est-ce que ça vous choque alors que c’est PRÉCISÉMENT ce que vous vouliez faire au début du film sans vous poser aucune question ? Hmmm ? Donc quand c’est pour faire rentrer Peter à la fac, c’est cool, mais si c’est pour sauver la Terre, voire l’univers, non, c’est trop risqué ?

Encore une fois : ce film se vautre en boucle avec un tel brio, c’en est fabuleux.

Accessoirement, c’est très bien un sort qui modifie la mémoire des gens. Mais cela veut dire qu’il restera des tonnes de vidéos en ligne de Peter Parker. Ou bien le sort efface-t-il aussi les vidéos ? Les textes ? Les photographies ? Et au fait, quid des événements causés par le fait que les gens traquaient Peter Parker ? Ils sont supprimés aussi ? Mais comme c’est suite à ces événements que le sort est lancé, est-ce que…

Vous savez quoi ? À ce stade, faisons acte de générosité, et disons : c’est magique. Voilà.

Et donc c’est ainsi : le docteur explique que très bien, il va lancer le sort de GHB mondial, et cette fois-ci, sans exception. Peter va donc faire ses adieux à Ned et MJ.

– Ned tu es mon meilleur ami… je te retrouverai…
– Mec, tu sais où j’habite, c’est pas un exploit. Tu as juste à te présenter. En plus, au pire, je suis un gros nerd : tu me prouves en deux minutes que tu sais plein de trucs sur moi, tu me révèles être Spiderman, et paf, ça va repartir comme en quarante.
– Tu oublies quelque chose Ned…
– Quoi ?
– Je suis un personnage complètement idiot. Je n’y pense pas. Maintenant, à toi MJ.
– Mouais. J’allais mourir sous un nombre infini de Peter Parker, mais non, il faut que tu pourrisses tout. Tu parles d’un petit ami ! En plus, je suis sûr que tu vas profiter que je t’oublie pour aller coucher avec d’autres filles !
– … non ? Non, plus sérieusement MJ, tu sais, je suis sûr que le pouvoir de l’amour est plus fort que la magie et que quand je vais te retrouver, tu te souviendras.

Oui alors non : toute personne ayant déjà joué à une partie de jeu de rôles vous le dira, le pouvoir de l’amour ne peut rien contre la magie. Sauf, éventuellement, à jeter l’être aimé devant la boule de feu qui vous arrive dans la gueule.

Peter s’en va triste et pensif, et le docteur Strange achève de jeter son sort.

La réalité se répare, et les méchants, enfin guéris, disparaissent l’un après l’autre pour retourner dans leurs dimensions d’origine. Oh, et rassurez-vous, Ohm Noir est devenu gentil une fois qu’on lui a retiré son électricité du corps. Non, ça n’a aucun rapport, ou alors la méchanceté n’est en fait que du 220V. Mais comme vous l’aurez deviné, en fait, Ohm noir était… naturellement gentil. On ne l’entend pas crier au racisme alors qu’il disparait.

Pas plus que quelqu’un ne fait remarquer que, oups, en les renvoyant dans leurs dimensions d’origine où ils sont morts, on vient de tous les buter, non ?

Eh bien si. Voilà, cette jolie scène ne rime à rien, puisque ça veut dire que les mecs ont passé tout le film à guérir les méchants… pour qu’en fait, ils meurent. Exactement comme si… ben comme si Strange les avait renvoyés chez eux dès le début. Ah si : sans ce plan foireux, tante Milf serait encore en vie. Mais visiblement, ça n’effleure pas notre héros neuneu.

Quant à la faille dans la réalité, elle se referme et… nous sautons quelques semaines plus tard dans le temps.

Nous retrouvons Peter Parker, qui peut à nouveau se promener dans la rue sans être emmerdé comme une vulgaire donzelle sortant du métro, puisque plus personne ne sait qui il est. Il débarque au café où travaille MJ, et y trouve Ned papotant avec elle (un scénariste coquin les aurait fait sortir ensemble juste pour pourrir Peter, mais même pas), s’y présente à sa douce, il y a un peu de tension rrrrr entre les deux, mais Peter ne veut pas la brusquer et aller trop vite. Il la salue donc et s’en va.

Ainsi, Peter Parker est à nouveau Spiderman sans que personne ne le sache, MJ ne sort pas avec lui, toute sa vie peut reprendre de zéro, et ce troisième film permet donc de rebooter, encore, les aventures de notre héros. Le public peut donc commencer à sangloter tant ça devient lourd et…

… FIN !

Peut-on prendre un instant pour résumer ce film ? Spiderman décide de trouver le docteur Strange pour pratiquer une lobotomie à l’échelle mondiale afin de faciliter son entrée à la fac. Le sort échoue et emmène dans notre monde des méchants, que Spiderman décide de guérir avant de les tuer. Puis, il relance le sortilège de lobotomie, et continue sa vie avec le sourire. Fin.

Et pour ceux qui aiment les séquences post-générique, allez, c’est cadeau : on voit juste que Venom est aussi brièvement passé par cette dimension, merci, bonsoir. Super.

Le docteur Strange, réalisant que depuis le début, il pouvait faire oublier des trucs à ses ennemis et sauver des milliards de vies ce faisant mais que non, hihi, c’est plus rigolo sans.

– Tuez… moi…

José peinait à parler. Le respirateur à ses côtés faisait plus de bruit que le pauvre homme qu’il maintenait en vie contre son gré. Et de toute façon, l’infirmière dans la pièce secoua vigoureusement la tête.

– Non, Monsieur José, je ne vous tuerai pas. Vous savez bien que je n’ai pas le droit. Je ne suis ici que pour votre petit laxatif. Allez, on se cramponne, j’injecte.

D’un geste assuré, la jeune femme inséra sa seringue dans un des nombreux tuyaux reliés à son patient, et un liquide transparent glissa jusqu’à lui. Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour que José grogne, souffle, et finalement, joue le premier acte du Barbier de Séville bien malgré lui de ses organes les moins nobles. Penchée sous son lit, l’infirmière récupéra sa production dans un petit sachet d’aluminium.

La porte s’ouvrit alors en grand, et le patron de José se frotta les mains.

– Ah, José ! Je vois que j’arrive au bon moment ! Pas de repos pour les braves ! Alors voyons voir…

L’infirmière lui tendit le petit sac dont émanait une odeur méphitique, et le producteur jeta un œil à l’intérieur avant de sourire largement. Oui, il était satisfait.

– Messieurs, dit-il à deux assistants qui se tenaient à la porte, préparez 185 millions de dollars.

Il se pencha à nouveau sur le sachet, et hocha la tête avec une joie non-dissimulée.

– José vient de nous rendre le script de Jurassic World 3.

38 réponses à “Spiderman – No Way José

  1. J’avoue, les blagues de ‘bassin de Radoub de port allemand » sont assez violentes pour avoir faillit à m’aider à m’étouffer avec mon thé… Pas besoin de relire une seconde fois voyons, Odieux, vos lecteurs ne sont pas nés de la dernière averse superhéroïte…!!! ;-)
    J’aurais pensé voir débarqué Marty McFly entre deux Peter « sagaces »… Mais non (On n’est pas à une blague scénaristique prêt…)…
    Allez!!! Soyons rassurés, le clin d’œil de Strange, c’est pour la prochaine suite… :-p Donc un prochain spoile… Narf narf narf!!!! :-)

  2. Pas merci de m’avoir replongé dans cette bouse interdimensionnelle… C’était vraiment nase, pour tout ce que vous soulignez et tant d’autres éléments. Mes yeux ont saigné. (On notera que là, strange pouvait accéder à d’autres univers, chose qu’il ne sait plus faire sans la fille dans son propre film…).
    Et je viens hier de m’infliger jurassic Park, je ne sais effectivement pas lequel est le pire. Bon courage !
    (Heureusement top gun était chouette).

  3. Donc il les la place à ses amis inutiles => Donc il laisse la place à ses amis inutiles?
    Spoiler très amusant, comme d’habitude.

  4. Certainement un des meilleurs spoiler, que j’attendais avec une grande impatience, tant le film de base s’y prête volontiers.
    À noter que ce film m’a fait perdre un peu espoir envers l’humanité. Après l’avoir vu, j’ai été abasourdi de voir que les critiques (presse et spectateurs) parlaient quasiment de chef-d’oeuvre et d’un des meilleurs Marvel. Parfois, je me demande si le QI ne baisse pas en occident.

      • Je ne suis pas sur. Dans un certain pays non occidental par exemple, les femmes ont obtenu de haute main depuis peu d’années le droit de conduire une automobile. Sous nos contrées, ça va sans doute bientôt devenir un crime passible de peine de mort, sauf pour l’infime minorité qui aura la carte de l’élite du parti qui va bien.

      • parce que ceux qui ont le plus faible QI font le plus d’enfants. C’est logique.

    • Perso j’ai bien aimé, non pas parce que le scénario tiendrait la route, mais parce que les personnages des Spider-Man précédents sont bien rendus et fidèles à eux-mêmes en terme de personnalité (ce qui est une rareté dans les « suites 20 ans après » récentes). Oui, l’histoire n’a pas de sens si on y réfléchit sérieusement et le film est intégralement basé sur le fan service, mais j’étais fan et j’ai été servi.

      • Je n’ai pas vraiment trouvé que les personnages ressemblaient à leur personnages d’avant.
        Le bouffon vert: En dehors du jeu d’acteur vraiment bon de l’acteur, dans spider-man 1 de Raimi, Norman et le bouffon sont complices, là non (??). Et Norman Osborn n’est pas un gentil de base, du coup je comprends pas trop le lissage:
        Octupus: Lui il y’a des scènes où ça va, d’autres non. Par exemple, la vanne sur son nom, il est censé au moins s’énerver, pas ne rien dire.
        Electro: Alors lui désolé mais rien à voir avec son personnage d’origine, mais pour le coup c’est surtout dû à une crise de l’acteur qui a voulu tout changer. Paraît qu’il était assez insupportable, alors on va utiliser le joker.
        Homme sable & Lézard: C’est pas pour dire, mais c’était les perso principaux de leur film, lézard en particulier. Les voir autant mit en retrait, c’est juste atroce et du gâchis.

        Enfin, il faut pas oublier que Dock Ock et l’homme sable ne connaisse l’identité réel de Peter qu’après leur « rédemption » et à la fin des films. Electro ne la connaît jamais, ce qui n’explique pas sa présence. Quant à Venom, on aurait dû avoir l’autre et pas celui-ci. Après, c’est que mon ressenti évidemment.

      • Bienvenue Alinia dans le multivers des comics ! aussi appelé « on prend les mêmes perso et on recommence en les changeant un iota ». Ce qui fait que lorsque quelqu’un s’annonce fan d’un personnage, comme Telenil, il faut automatiquement lui poser la question « De quelle version ? »

    • Le QI ne baisse pas. Il ne le peut pas.
      Le QI est un nombre qui fait qu’à 100 on a la moitié de la population au dessus et la moitié en dessous. Si l’intelligence de la population baisse, le score 100 mesurera juste une intelligence plus basse.

  5. Ravi de lire cette ode dédiée à cet infâme étron !
    A noter, les tentacules de Docteur Poulpe se font maîtrisés par une partie du costume de l’araignée : les nano-machines qui le compose recouvrent lesdits tentacules, permettant à la tarentule de les contrôler.
    Ca reste complètement con évidemment, ce n’est pas l’équivalent d’une bouteille d’eau de nano-machines qui va stopper une machinerie de 200KG
    Et encore plus ravi à l’avance de vous lire sur Jurassic World 3 !

    • Hmm, les nano-machines d’un gus qui contrôlent les tentacules surpuissants d’un autre gus contre son propre gré…je vois là un concept de film vendable, mais ça risque de ne pas facilement être classé tout public xd

  6. J’avoue que sur le coup, j’ai failli laisser tomber le visionnage de ce film. Mais surtout à cause de cette tendance énervante au possible : un connard balance n’importe quoi (désolée Jake, toi je t’aime bien, c’est ton personnage le connard) et tout le monde y croit dur comme fer (malgré les preuves contraires). Et pire, l’accusé ne se défend même pas ! Cela m’énerve d’autant plus que c’est un fait de société, pas une fiction.

    • Oui c’est marquant dans ce genre de films…d’ailleurs ça s’applique aussi au « héros » : qu’un ado avec de gros problèmes de coordination nerveuse/hormonale et des pouvoirs beaucoup trop importants pour lui décide n’imp’ sur l’inspiration du moment passe encore, mais le pire c’est que tous ceux qui pourraient jouer le rôle de « barrières », marchent à fond dans ses délires pétés et dangereux…

      Et, je suis d’accord aussi que ce genre de mentalités (un seul chtarbé lance n’importe-quoi, tous obéissent parce qu’effet de mode et va péter la réflexion personnelle !) est très, très (trop) bien infusée dans nos sociétés réelles.

    • Bon après, de ce que j’ai compris, le n’importe quoi du film c’est un faux grossier digne des photomontages qui montrent des pyramides alien sur Mars, et ce truc à lui tout seul suffit à faire passer Spiderman de héros (inter)national à réincarnation d’Adolf H., donc c’est quand même fort de café.

      Dénoncer des choses via le cinéma, pourquoi pas, ça peut même être très bien, mais quand c’est fait avec la délicatesse d’un coup de maillet dans la face (ce qui est généralement le cas du blockbuster lambda, ou du cinéma d’auteur français, au choix), cela provoque au mieux le rire, au pire l’agacement.

  7. Et sinon, pour en remettre une couche et changer de registre aussi (je sais j’abuse…), un p’tit spoile de la dernière série « Fondation »?
    Juste par curiosité, de voir le genre « série » spoilée, et me faire l’idée que Odieux pourrait avoir le même avis que moi…^^ Non!?!

  8. J’en peux tellement plus des Marvel que même les spoils de l’OC sont trop longs a lire pour moi … Mais cela n’enlève en rien la performance de se taper un tel film ..

  9. Je m’arrête là pour les films de Marvel. Je prenais un plaisir enfantin et sans complications cérébrales majeures à les regarder jusqu’à ce navet cosmique d’anthologie. J’ai regardé pas mal des films que vous spoliâtes et j’en ai apprécié pas mal. Là, non. C’est même plus nul que ce que vous en dites. Vous avez le même problème que le Gorafi : la réalité dépasse la raillerie.
    Sinon, très bon billet et je suis comme mes petits camarades : j’aime beaucoup le Speed Hermann.

  10. Mon Dieu ce calembour sur Crocodile Dune dis, qu’est-ce que j’ai ris !
    Très bon spoiler cher Odieux, mais malheureusement vous n’avez pas finj d’en baver… Docteur Strange 2 vous tend les bras !

  11. J’ai trouvé quelques coquilles disgracieuses dans votre prose, cher Odieux :
    – José enfonça la porte de son patron d’un coup de pied
    – Donc il les la place à ses amis inutiles
    – Je voulais dire qu’on n’a non plus 150 cellules.
    Je vous laisse supprimer ce commentaire une fois ces points corrigés, et vous remercie par la même occasion pour l’hilarité causée par l’article ci-dessus.
    Au plaisir de vous lire.

  12. M’sieu OC, tu déchires ta race grave! Je te dis pas la barre de rire, le kiff intergalactique quoi.

  13. Nan mais le sort à la fin c’était de leur faire oublier qui était spiderman et là, ils ne savent même plus qui est Peter qui est supposé avoir été dans leur classe et avoir vécu des trucs ces dernières années…
    Nan c’est vraiment nul. rien que le coup du sort super dangereux qui est validé direct pour une raison bidon en début de film mais quand il s’agit de sauver la Terre à la fin, oulhala la personne va dire « nan faut pas ».

    Mais qu’est ce que c’est con les spiderman. Je ne comprendrai jamais les notes de ces trucs là.

  14. Juste une chose qui m’a chagriné dans votre critique OC :

    « Nous les appellerons donc Ohm noir »

    Maltraiter ainsi un des multiples noms de Nyarlathotep, enfin ! xd

    Sinon votre « fin imaginée » à la fin de la critique est très parlante et terrifiante…on croirait se retrouver dans une suite d’Alien IV où le labo secret des créateurs de monstres a été étendu, et sert maintenant de gagne-pain, et c’est très exactement à ça que me fait penser l’industrie médiatique actuelle. Bravo !

  15. Ça se passe où la remise des prix des calembours les plus longs à mettre en place pour un résultat inversement intéressant ?

  16. – On sous-estime trop souvent le pouvoir des gros cailloux.

    Deux attaques contre Lyon dans ce spoil. Ils vous ont fait quoi, ces pauvres (à par le fait de simplement exister, bien sûr) ?

  17. Il semble que José lors de sa vsite chez son patron ait également « accouché » du script de « Docteur Strange in the multiverse of madness ».

  18. Bravo Peter ! Tu penses qu’il y a beaucoup d’autres prisonniers à envoyer au trou ?
    J’espère que non, Ned : le trou magique du docteur Strange n’est pas extensible à l’infini.

    (Puisque personne ne l’avais relevé, et quitte à passer pour un pervers.)

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