L’ire ensemble – Grey – Épisode 5

Nous sommes vendredi. Le week-end approche et vous avez bien envie de vous occuper en attendant l’heure des mamans ? Vous reprendrez bien 50 pages de Grey, alors.

Résumé de l’épisode précédent :

Grey aimerait qu’Anastasia accepte ses conditions générales d’utilisation avant de lancer gingembre.exe. Seulement, Anastasia a décidé de les lire d’abord, ce que personne n’aurait pu prédire après des années d’internet. Rugueuse, houleuse, voire carrément graveleuse, la négociation l’était. Mais sera-t-elle néanmoins fructueuse ?

Vous aussi, vous souhaitez savoir si finalement, Anastasia va simplement appeler un avocat, voire le GIGN au vu du contrat que Christian lui propose ?

N’attendons plus, et lisons, mes bons !


Et dire que ce truc est posé sur mon bureau. Quand je reçois, je dois bien l’avouer, je le cache.

Nous reprenons donc alors que Christian, toujours en proie à Patatos, l’esprit maléfique d’une patate chaude qui sévit dans son slip, pense à Anastasia du matin au soir. Alors qu’il pousse des soupirs gros comme les ficelles de l’intrigue, son téléphone sonne : c’est d’abord sa mère pour lui dire que sa sœur, Mia, est de retour au pays et que ça serait cool de venir la chercher à l’aéroport. Grey maugrée un peu parce qu’il a paksahafout’, mais accepte tout de même. Mais voici qu’aussitôt après, un autre appel : c’est Eliott, son éco-guerrier de frère !

« – Salut, champion. Kate m’a demandé de t’appeler pour le déménagement.
– Le déménagement ?
– Aider Kate et Ana à porter les cartons, trouduc’ ! »

Est-ce que c’est moi ou bien je viens de lire un mec qui appelle un multimilliardaire pour lui demander s’il veut dépanner sur un déménagement ? C’est connu, qui n’a jamais croisé Bill Gates en train de porter les cartons d’un pote, avant de repartir rapporter sa camionnette de location chez Leclerc ? Il va falloir que l’on parle à Grey et Eliott de la notion « d’entreprise de déménagement ». Mais bon, après, je suis de mauvaise foi. Après tout, Grey aime la douleur. Si ça se trouve, les déménagements, c’est sa passion secrète.

« Tiens Christian, tu veux pas porter ce carton ?
– Hooo… il est si… lourd… ce serait bête qu’il tombe sur… hmmm… mon orteil…
– Putain Christian, tu as déjà fait le coup avec le carton de vaisselle tout à l’heure, si tu recommences, ça va chier.
– Ouiiiii… punis-moi… quand je vois tout le scotch que l’on a à disposition… hmmm… »

Petit conseil : en cas de déménagement, même s’il vous supplie, n’appelez pas Christian Grey.

Christian de toute manière ne peut pas : il est, ça alors, débordé. Mais pas suffisamment pour ne pas échanger des mails avec Anastasia, qui lui confirme qu’ils vont se rencontrer dans les heures qui viennent pour parler du contrat qu’ils ont à négocier ensemble. Christian est quelque peu soulagé que la belle ne se soit pas encore enfuie en appelant Interpol : rien n’est signé, mais c’est déjà ça.

Toute cette attente, cela stresse très fort Christianou, qui du coup, partage avec le lecteur son désarroi.

Aujourd’hui, j’ai assisté à plusieurs réunions interminables, acheté une boîte, et viré trois personnes. Mais aucune des activités de ma journée – pas même mes deux joggings et ma séance de gym – n’a pu calmer mon anxiété.

Est-ce moi ou je viens bien de lire Christian Grey expliquer pépère que pour calmer son anxiété, son truc, c’est de se taper des réunions interminables, d’acheter des boîtes et de virer des gens ? Je pensais faire preuve de mauvaise foi plus haut avec mon histoire de déménagement, mais finalement, une fois encore, ce livre arrive à aller encore plus loin dans les tréfonds du Mal. Je vous rappelle ce que ça signifie : cet homme trouve du plaisir dans les réunions interminables.

J’imagine donc que Christian Grey est ce petit salopard qui en fin de réunion, et après deux heures de Powerpoint et de discussions stériles, lance lorsque viennent les questions diverses la célèbre maxime : « On pourrait revenir sur le point de tout à l’heure qu’on avait bouclé et qui était bien lourd ? J’ai envie de remettre dix balles dans la machine.« . Rappelons que pour chaque personne de ce type abattue en réunion, si vous baguez la bête et que vous l’amenez à l’office national des forêts, vous avez le droit à une récompense pour régulation des nuisibles. Christian Grey, ta bague t’attend.

Quant à acheter des boîtes et virer des gens pour calmer son anxiété…

« Bon les gars, allez hop, on rachète une dizaine de start-ups !
– Heu… d’accord Monsieur Grey, mais lesquelles ?
– Mais bordel, je m’en fous : rachetez des boîtes ! Je suis stressé, bordel, vous comprenez, ça ?
– Je…
– La vache, je suis tellement tendu, j’ai besoin de faire une énorme connerie. Je sais ! Rachetez Bygmalion !
– C’est vrai que vous aimez la douleur, dites.
– BERTHIER, VOUS ÊTES VIRÉ !
– Alors, oui, je veux bien, mais si vous pouviez arrêter de vous tripoter les tétons quand vous faites ça, les prud’hommes vous ont déjà dit que c’était moyen-moyen.
– Je suis stressé, Berthier. Stressé. »

Ah, et je vous rappelle qu’au début du livre, Christian Grey était présenté comme un chef d’entreprise froid et calculateur, obsédé par le contrôle. À présent, dès que son kiki commence à danser la Macarena, il ressent un besoin d’acheter des boîtes et de virer des gens. Je note, je note.

Toujours est-il que Christian se rend au bar de son hôtel pour picoler du vin en attendant Anastasia, qui bien évidemment, lorsqu’elle arrive, est superbe, dans une robe parfaite, car comme dans tout film américain, au début du livre, l’intellectuelle a des pulls moches et une tête qui fait rire, mais sitôt que le héros lui retire ses lunettes à triple foyer, c’était une bombasse en mission d’infiltration. C’est si léger qu’on dirait un plat alsacien.

Je me penche vers elle, et lui avoue dans un murmure que moi aussi, je suis nerveux. Elle me regarde comme si j’avais trois têtes.
Ouais, je suis humain moi aussi, bébé…

Bien que j’aie un doute sur ce dernier point (je le trouve plus proche du basset en rut après avoir entendu le cri de la pantoufle que de l’être humain), je trouve assez merveilleux qu’Anastasia, elle, se rappelle du début du livre et qu’en effet, il est parfaitement débile qu’il avoue ce genre de choses, surtout deux minutes avant de négocier comment il va la dominer, tout ça, ouesh-ouesh, gros.

Anastasia étant un peu pressée d’en finir avec ces conneries, Grey continue d’user de techniques qui feraient craquer n’importe quelle femme, du moins, si congelée et à la morgue.

Fais-la mijoter un peu, Grey. Sans la quitter du regard, j’insère une olive dans ma bouche et lèche mon doigt. Ses yeux s’écarquillent et ses pupilles s’assombrissent.

Oubliez ce que j’ai dit sur Anastasia qui serait un poil plus logique que Grey : il suffit qu’il mange une olive pour que son rythme cardiaque explose. J’espère qu’ils ne feront jamais les courses ensemble, sinon on va retrouver de petits bouts de Mlle Steele partout chez Aldi. Mais, nous ne sommes pas au bout de nos peines, car le sujet du contrat vient sur la table et Anastasia fait remarquer que ce contrat n’est pas légal pour un sou. Ho ?

– Anastasia, peu importe que ce contrat soit légal. 

Et c’est un homme d’affaire. Hé bé.

Même s’il était juridiquement contraignant, crois-tu que je te ferais un procès si tu décidais de t’enfuir ?

« Bon écoute, je vais te faire signer un truc, mais tu sais, c’est pour rire, hein, et puis bon, même si c’était pas pour rire, je m’en servirais pas, hein, c’est juste comme ça. »

Ne riez pas, je connais de vraies personnes qui utilisent cet argument.

Ce que j’aimerais lui faire comprendre, c’est que ce contrat repose avant tout sur la confiance. Je veux que tu me fasses confiance, Ana.

« Raison pour laquelle je te propose de rédiger un contrat et de négocier chaque article âprement. »

S’il existe des Q.I à un chiffre, Christian Grey est probablement leur représentant sur Terre.

Mais Christian sent déjà que les feux du Gondor sont en train de s’allumer dans son slip, et troublé par le charme de la damoiselle, il pense déjà au moment où il va lui faire des trucs et des machins. Et s’ils allaient discuter de ce contrat sur son lit, hop ?

Elle ne voudra jamais monter dans ma chambre. 
– Je crois qu’on devrait rester en terrain neutre, dans un lieu public.
Comme je m’y attendais, Mlle Stelle choisit la prudence.
– Tu crois que ça m’arrêterait ? demandé-je d’une voix rauque.

Le coup du mec qui explique que même en public, il ne compte pas s’arrêter, ma petite Anastasia, c’est le signal qu’il faut sortir ta bombe à poivre. Oui, le modèle pour ours.

Mais Anastasia a oublié sa fidèle bombe à poivre, ainsi que son lance-grenade, et poursuit donc la conversation avec notre héros. Tous deux décident d’aller discuter contrat, non pas au bar, mais dans un salon privé où il y aura tout de même des serveurs de l’hôtel pour qu’Anastasia puisse sentir qu’en cas de besoin, elle peut commander un petit verre de vin ou un fusil à pompe, selon l’avancée des négociations. Christian, pour l’occasion, fait porter un plateau de fruits de mer, et découvre qu’Ana n’a jamais mangé d’huîtres. Grâce à ses savantes explications, il parvient tout de même à expliquer à sa douce amie comment réussir ce tour de force.

Elle soulève la coquille, presse le citron, rejette la tête en arrière, et entrouvre les lèvres. Quand elle a l’huître dans sa bouche, je sens mon sexe se durcir.

Bon sang Christian elle mange des huîtres ! DES HUÎTRES ! Si tu rejoues Volcano dans ton calebute à chaque fois que quelqu’un mange des huîtres, les fêtes de fin d’année avec toi, ça doit être quelque chose. J’imagine qu’il y a un mandat d’arrêt contre Christian Grey du côté d’Arcachon.

Je reviens à la lecture de son mail et me concentre sur les problèmes soulevés. Clause 8.
– M’obéir en toutes choses. Oui, j’y tiens. Considère ça comme un jeu de rôles, Anastasia.

« Ecoute Anastasia, j’ai fait 12 à mon jet de charisme, et j’ai +2 en commandement, alors tu obéis !
– Tu fais chier, Christian.
– Hé ho, fais pas celle qui a plus de 14 en volonté, hein ! Tiens, je claque un point de destin ! Et maintenant, tu es bien feintée.
– Je me casse.
– OUAIS BEN REVIENS PAS PLEURER QUAND TU N’AURAS PAS EU LE DROIT À MON ZBOUB +2 (+3 si région d’Arcachon). »

Quelqu’un n’aura pas ses points d’xp, je crois.

Toujours est-il que la négociation, si tant est que l’on puisse appeler cela ainsi, se poursuit âprement.

Je vais te baiser à n’importe quel moment, comme il me plaira, où je veux. Je vais te discipliner, parce que tu feras des bêtises. Je vais te dresser à me satisfaire. Mais je sais bien que tu n’as jamais fait ça. Au début, on dira doucement, je t’aiderai, nous élaborerons divers scénarios.

Le mec explique donc tranquillement qu’il lui tombera dessus par surprise, et qu’elle a intérêt à être contente, bordel. Sans compter qu’il va la « dresser à [le] satisfaire« . Puisqu’il est question de scénarios, je pense que le premier qu’Ana doit être en train d’élaborer implique certes des menottes et du sexe un peu sale, mais plutôt après l’arrestation de Christian pour tentative de viol, et avec un certain Juan « El toro loco » Guttierez, connu aussi comme « Le plus fougueux amant de Fleury-Mérogis« .

Je continue tout de même à me poser cette question : mais qui peut écrire ce genre de choses ? Attendez, non : qui peut LIRE ce genre de choses ? Dire que ce truc est un succès mondial… bon, Diego ? Tiens, je vais te passer une annonce que je viens de trouver sur Le Bon Coin, tu appelles le Monsieur, tu lui dis que je suis preneur.

mallette

Bon, où en étais-je ? Ah oui : Christian racontait n’importe quoi pendant que tous les vents d’Eole sifflaient entre les oreilles d’Anastasia. Revenons donc à des points essentiels.

– Et si je modifie le contrat pour dire que tu dois manger au moins trois repas par jour ?
– Non.

Je ne sais pas ce qui me paraît le plus mystérieux. Qu’Anastasia lutte courageusement contre les trois repas par jour, quand à côté de ça, elle accepte des articles où il est question de se faire suspendre pendant que Christian répète « Prout prout prout ! » en pyjama Pikachu, ou bien le fait que bon, si ce contrat n’engage à rien comme vous l’avez bien appuyé plus tôt les enfants, pourquoi vous emmerder ? Hmmm ?

Peut-être parce qu’ils sont cons ? Rho. Qui a soufflé la réponse ? Oui, ben c’est pas bien. Laissez les autres chercher, un peu.

Bref que disa…

– Si tu étais ma soumise, tu n’aurais pas à réfléchir.

Ho.

Mon petit Chrichri, quelque chose me dit qu’Anastasia a de l’avance sur le programme. Ne t’inquiète pas trop de ce côté là.

En tout cas, la conversation se poursuit, jusqu’à ce que comme toujours, Christian sente que le peu de sang qui allait jusqu’à son cerveau se redirige vers son pantalon, et n’alimente sa véritable intelligence, celle qui ballotte quand il ne porte pas de sous-vêtements assez serrés. Christian a donc très envie de faire l’amour à Ana, là, tout de suite, dans ce salon privé où des serveurs n’arrêtent pas de passer, mais Anastasia lui résiste, et ose même l’exciter en… heu… hééé bieeeen…

Très lentement, elle approche une asperge de sa bouche et en suce la pointe.

Pour votre information, rappelons que le plat sur la table est de la morue aux asperges. Riposte, Christian ! Elle suce les asperges, embrasse la morue ! Ton message sera limpide.

Heureusement qu’il y avait des asperges. Ils se seraient donné rendez-vous au grec du coin, Anastasia suçant langoureusement un kebab, c’eut été autrement plus impressionnant.

Kebab ou non, Anastasia déclare cependant qu’on se chauffe, là, tout ça, mais demain, elle a école. Alors elle va s’en aller pour aller lire un bon livre au lit (Tchoupi prend du crack), et dormir comme il se doit. Christian voudrait qu’elle reste, mais non, vraiment. Parce qu’elle sait bien que selon ses règles débiles, si elle reste ici, elle n’aura pas le droit de le toucher, ce qui au lit, est un peu nul. Christian refuse de lui expliquer pourquoi il ne souhaite pas cela, mais bon, hein, on t’a grillé mec : tu as été traumatisé par les légendaires pieds froids qui se collent à toi. Galopin, va.

Christian, léger comme à son habitude, insiste tout de même encore un peu.

Le corps tendu de désir, je murmure :
– Je ne peux pas te convaincre de rester ?
– Non.
– Passe la nuit avec moi.
– Sans te toucher ? Non.
Merde. Les ténèbres envahissent mes entrailles.

« Les ténèbres envahissent mes entrailles » ? Non mais Christian, c’est ça aussi de manger de la morue à pas d’heure. Tu as intérêt à laisser Ana partir, parce que dans deux minutes, tu rejoues l’hymne soviétique sur le trône. Que le froid envahisse tes entrailles, pourquoi pas, mais les ténèbres ? Soit c’est que tu as de gros soucis gastriques, soit c’est que Sauron te chevauche comme une jument fougueuse. C’est toi qui vois.

Anastasia, qui n’a probablement pas remarqué cette sombre histoire de ténèbres gastriques, décide cependant de prendre congé et regagne sa voiture, une vieille coccinelle que Christian trouve un peu pourrie. Alors que la belle disparaît dans la nuit au volant de son véhicule, Christian se met à la bombarder de mails et de SMS du genre « T rentré la? » « É la? » « É maintenant :o » « Ana pk tu répon pa? ». Et je n’exagère qu’à peine, puisque nous avons copie des fabuleux SMS et mails dans le livre, qui ressemblent un peu à ceux envoyés par votre amie relou (mais si, vous en avez une) sitôt que vous voyagez sur plus de cinquante mètres.

Ana n’y répondra pourtant pas.

Christian va donc se coucher, triste comme un caillou en fin de ricochet, et cauchemarde de son enfance où il est encore une fois question de petites voitures et de canapé « qui colle ». Passons, et suivons plutôt Christian qui dès son réveil, travaille son discours pour la remise des diplômes des étudiants à l’université d’Anastasia. Où il espère bien évidemment la voir, et achever de la convaincre que les soirées cuir, c’est fun. Lorsqu’il arrive sur les lieux, Christian croise Kate Kavanagh, la colocataire d’Ana, qui lui confirme qu’elle est bien rentrée hier. Christian est tout fou, car il était super inquiet : c’est connu, une femme qui ne répond pas à ses 120 SMS à la minute sans compter les mails, c’est probablement qu’elle est morte. Ou en passe de le devenir, vu comme ça le rend grognon. Dans le doute, il harcèle la boîte vocale d’Ana de messages, histoire de bien souligner que c’est un gros psychopathe. Lorsqu’enfin, il l’aperçoit dans la salle de remise des diplômes, dans sa toge qui va bien, Christian pense à ce qu’il lui fera payer pour ne pas avoir répondu.

Je ferme les yeux, imagine faire tomber des gouttes de cire brûlante sur ses seins tout en la regardant se tortiller sous cette délicieuse torture.

Elle ne répond pas à ses SMS ? Ce sera donc Guantanamo. Quel gentleman, ce Christian.

Qui, en attendant, doit tout de même délivrer son discours aux étudiants qui comme chacun sait, n’en ont strictement rien à carrer et attendent surtout leur diplôme. Discours qui se veut grandiose, mais qui se résume à « La faim dans le monde, c’est mal« , « Internet gratuit pour tous« , « J’ai une citation des indiens d’Amérique qui dit que l’argent ne se mange pas, ce qui est très beau de la part d’un multimilliardaire« , et bien évidemment, pour bien que l’on comprenne que ce discours est issu de l’imagination d’une auteur avec des vues profondes sur le monde, après la précédente citation digne d’un jpeg partagé sur Facebook, nous avons le droit à un joli « carpe diem« . 

Lorsque votre discours contient plus de citations toutes faites que le catalogue d’un salon de tatouage, c’est que votre discours est bon pour le tout à l’égout. Ou pour Skyrock.  Attendez, ne viens-je pas de faire une redite ?

Mais, passons. Car lorsque vient le moment de remettre son diplôme à Anastasia, la bougresse essaie de s’esquiver au plus, vite ne répondant que vaguement aux questions de Christian qui profite de ce bref moment pour lui demander pourquoi elle ne répond pas. Nom d’une pipe, il veut des réponses ! Vite ! Sitôt, la cérémonie terminée, il passe à l’action.

En coulisses, j’agrippe le bras de Kavanagh.
– Je dois parler à Ana. Vous pouvez aller la chercher ? Tout de suite.

J’insiste : dans un monde crédible, combien de fois Christian aurait-il fini avec les testicules brûlées au 220 volts à force de prendre coup de taser sur coup de taser ? L’ouvrage ressemblerait au final plus à un livre de cuisine de baballes qu’à un truc érotique. Attendez, est-ce que je viens de sous-entendre que ce truc serait vaguement érotique ? Soyons sérieux : ce truc excite plus les neurones pour les amener à s’entretuer que les parties sensibles de qui que ce soit de sérieux. 

Christian, ignorant qu’il est le personnage principal d’une histoire aussi aphrodisiaque qu’un pet à l’oignon, poursuit cependant ses manœuvres et parvient à voir Ana, rabattue par Kate comme convenu. Elle lui explique qu’elle avait éteint son PC et son téléphone, raison pour laquelle elle ne répondait pas. Hmmm. Mouais. Christian lui explique en retour qu’elle a tout son temps pour lui donner une rép…

– Demain. Je veux une réponse d’ici demain.

Ah ben non, c’est juste un gros con. « Dis-tu, veux sortir avec moi et être ma chose ? Tu as 24 heures. » Son pouvoir de séduction me rappelle… hmmm… disons, un bâton de glace. Mangée, la glace. Juste le bâton. Mais bref : Christian essaie de profiter de ce moment pour papoter un peu, mais Ana explique qu’elle doit retrouver son beau-père, Ray, nommé ainsi en hommage au personnage du Collège Fou-fou-fou je suppose. 

– Tu restes prendre un verre ?
– Ça dépend de Ray.
– Ton beau-père ? J’aimerais faire sa connaissance.

Mais ? Mais bordel, qui depuis le début du livre nous tartine de réflexions profondes sur son refus de s’engager, et voilà qu’il veut rencontrer beau-papa ? Mais enfin ! 230 pages qu’on nous raconte le même truc et l’auteur l’a oublié ? Et dans deux minutes, le brigand nous explique qu’il déteste la douleur ? Dites ? Même écrit avec des moufles en bois, on peut mieux faire. C’est donc Anastasia qui doit ressortir le fil rouge de l’histoire pour le rappeler à notre débilou préféré lorsqu’elle lui explique préférer que cela n’arrive pas.

– Tu as honte de moi ?
– Non ! Je te présente comment ? « Papa, voici l’homme qui m’a déflorée et qui veut entamer une relation sado-maso avec moi ? » J’espère que tu cours vite.
Si je cours vite ? Son père viendrait me demander des comptes ?

Ben disons que si tu lui coules des trucs brûlants sur les seins parce qu’elle n’a pas répondu assez vite à tes SMS, paternalisme ou pas, je pense que oui, il y a un petit risque que tu finisses avec un canon de fusil de chasse dans chaque narine pour une suite intitulée 50 Nuances écarlates qui aura un grand succès chez les nécrophiles de tout poil.  Christian explique intelligemment que hé, ho, tu n’as qu’à me présenter « Comme un ami« .

Ça tombe bien puisque deux minutes plus tard, Raymond Steel est bel et bien là, venu voir la remise des diplômes de sa belle-fille. Mais Kate, cette fourbe, présente Christian comme « le petit ami d’Ana ». Plutôt que de corriger la bougresse, non seulement Christian la laisse faire, mais en plus, enchaîne en se tournant vers Anastasia pour lui lancer :

– Ana, bébé.

Mais ? Mais c’est même pas une phrase ! Et d’où tu lances « Bébé » à la nana dont tu ne veux surtout pas passer pour le copain, en plein devant le beau-père dont vous parliez deux minutes avant ? Christian, écoute-moi bien : tu arrêtes tout de suite les conneries et tu retournes dans ta classe SEGPA, la maîtresse se demande où tu es passé. Et gare à toi si tu étais encore en train de te faire passer pour un multimilliardaire devant des gens un peu cons ! Ah, mais.

Grey et Ray discutent en tout cas âprement pendant que mon lectorat constatera le gros effort de recherche qu’il y a eu sur les noms des protagonistes de ce livre. Pour charmer beau-papa, Christian lui parle de pêche, car petit, il y allait beaucoup, et ça tombe bien puisque Ray adore ça. L’opération diplomatique fonctionne correctement jusqu’à ce que Ray doive demander où sont les toilettes car toutes ces histoires de pêche, ça a lui a donné envie d’en poser. Anastasia et Christian se retrouvent donc seuls. 

L’occasion pour Anastasia de faire une grande révélation : oui, elle est prête à essayer une relation avec Christian, dans les termes du contrat. 

Christian est tout fou, son pantalon manque de craquer sous l’émotion, et heureusement, le retour de beau-papa Steele l’oblige à se calmer. Anastasia et son beau-paternel doivent s’éclipser, mais  à présent, Chrichri est heureux. Il n’a plus qu’à repartir chez lui, se remettre au travail, détailler durant de longues pages comment son travail est super sérieux et comment il compte offrir une nouvelle voiture de luxe à Ana plutôt que sa coccinelle qu’il trouve trop dangereuse. Équipé en alcool, il se rend chez elle à son invitation non seulement pour célébrer son diplôme, mais aussi pour négocier encore quelques détails sur le fameux contrat sans aucune valeur et dont les protagonistes reconnaissent qu’ils se foutent. C’est fascinant.

Sur place, Christian continue bien évidemment à rendre du rêve.

Je me lève, prends la bouteille et la ressers. Elle m’observe d’un air soupçonneux. Elle sait pourquoi je l’incite à boire. Je tente de détourner son attention.

Oui oui. Vous lisez bien. Christian est tranquillement en train d’essayer de la faire boire pour coucher avec, ce qui sous-entend très bien qu’il sait que sobre, elle ne le ferait pas. Les lectrices de Madmoizelle de l’assistance sont déjà probablement en train de chercher où s’acheter une bonne M-60 à vil prix pour expliquer à Christian les principes de saouler pour coucher, de consentement, de viol et accessoirement de 550 coups/minute. 

Histoire d’encourager ce public à acquérir en plus des bandes de munitions traçantes pour être sûr de transformer Grey en 50 nuances de passoire, l’auteur insiste, au cas où.

Je remplis sa tasse avec un sourire de prédateur.

Bon.

Voilà comment je visualise le truc :

« Tu reprendras bien un peu de champagne, Ana ? »

Notez que les dreadlocks vont bien à Christian, mais passons. 

Car la discussion s’engage sur les limites du contrat dont Ana voudrait encore discuter un peu : on parle donc joyeusement de fisting, de plug anal, de tabassage à coups de canne et autres activités qui mettent Ana quelque peu mal à l’aise. Heureusement, Christian a la réponse.

– Encore un peu de champagne ? 

Parce que n’oubliez pas les enfants : négocier ce que l’on va faire dans votre cucu, c’est beaucoup plus rigolo quand on est cuit d’après Christian. Qui, je l’imagine, s’est déjà réveillé au petit matin avec un gros mal de tête, et un gros mal du côté opposé après avoir constaté avec un sourire satisfait qu’on avait fait rentrer dans son rectum l’intégralité d’un kit de meuble Ikea. Notice de montage comprise. Lui-même avouant que la madame qui l’a initié au sadomasochisme  aimait bien lui mettre des trucs dans le cucul. 

Mais alors, qu’était-ce ? Fut-ce l’âge d’or des vendeurs de gingembre ? Ou bien des radiologues des urgences ? Tant de questions, si peu de réponses… 

Que nous verrons au prochain épisode.

En attendant, je vais retirer mes lunettes de soudeur, indispensables pour pareille lecture. Et tout de même prendre rendez-vous chez mon ophtalmo : j’ai les rétines qui piquent.

Les neurones, aussi, mais ça, c’est un peu tard à présent.

101 réponses à “L’ire ensemble – Grey – Épisode 5

  1. « C’est si léger qu’on dirait un plat alsacien. »
    Je m’insurge M. Connard ! Mon sang d’Alsacien ne fait qu’un tour ! Laissez les plats de cette magnifique région en dehors de tout ça, car ils sont tout le contraire de ce « livre » (si tant est que l’on peut encore qualifier cette colique littéraire de « livre ») tant au point de vue du goût que de la qualité.
    M. Connard, vous êtes prévenu (et je suis sûr que vous savez ce dont est capable un Alsacien en colère [et aux petits malins : non, pas en insérant des saucisses par vingtaines dans tous les orifices du corps humain, il y a bien plus cruel en matière de torture]).

  2. « Au début, on dira doucement, je t’aiderai, nous élaborerons divers scénarios. » serait-il possible qu’une légère coquille se soit délicatement glissée dans votre délicieux texte ou bien serait-ce le texte original qui aurait été écrit sans relecture approfondie? (il est à noter que peu de personnes accepteraient de relire ce torchon pour en corriger les fautes; celle-ci pouvant donc être pardonnée)

  3. Aaaah mais non, mais quel Odieux Connard!! Ça pour écrire en français ce cher monsieur est bien l’un des meilleurs, drôle et contemporain, jamais vulgaire toujours subtil ! Mais dès qu’il s’agit d’espagnol autre que le refrain de la Macarena y a plus personne ! Le « T » ne se double pas dans la langue de Cervantes (ou de Julio Iglesias pour les mélomanes) le « R » en revanche peut être accompagné d’un jumeau.

    C’est décidé, je ne vous lirai plus. Ou alors en cachette…

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