L’Ire Ensemble – Grey – Épisode 3

Résumé de l’épisode précédent :

Christian Grey a envie d’enfoncer du gingembre dans le cucu d’Anastasia Steele. Il l’a donc invitée chez lui afin d’étudier l’idée plus en profondeur. 

Je ne sais pas ce qui m’effraie le plus. Le livre en lui-même ou le fait que l’on puisse résumer 50 pages d’intrigue en moins d’une ligne. Hmmm… moui, non, attendez, c’est bien le livre qui m’effraie le plus. Diego ? Tu peux le sortir du coffre anti-radiations ? Merci, fidèle serviteur. Pense à brûler ta tenue de protection.

Mais, allez ! On se remet au boulot : lisons, mes bons !

Souvenez-vous : l’enfer ressemble à ça.

À la fin de l’épisode précédent, souvenez-vous, Anastasia débarquait chez Christian qui se proposait de lui faire découvrir sa « salle de jeu ». Soupçonnant une Xbox (véridique), la bougresse ne se doutait pas de ce qui l’attendait, jusqu’à ce qu’enfin, Christian ne pousse une porte et…

Plantée au milieu de la pièce, Ana examine l’équipement qui fait partie de ma vie : les martinets, les cannes, le lit, le banc… Elle absorbe tout sans rien dire.

Ce qui est plutôt une belle performance, mais puisque la description d’Ana est celle d’un blob chevelu, nul doute qu’elle absorbe en effet lits et bancs sans trop de problèmes. Voilà qui fera plaisir à Grey, qui est justement du genre à essayer de faire rentrer des trucs dans des gens comme ça, hop, ça glisse tout seul.

Maintenant, tu sais. Voilà qui je suis.

« Tu es… tu es…
– Oui, Ana. Dis-le.
– Tu es un Jardiland ! Bon sang, qui d’autre aurait un meuble et des cannes à l’intérieur de chez lui ? Allez, on va au rayon hamsters ? »

Cela dit, notez qu’il y a une certaine poésie à impressionner l’être convoité en résumant toute votre personnalité à une pièce de la maison. Personnellement, je les emmène au garage.

« Ho, Monsieur Connard ! Un char Tigre ! Et des restes de chatons sous les chenilles ! 
– Maintenant, tu sais. Voilà qui je suis. »

Et si elles ne sont pas d’accord, je les emmène à la cave découvrir ma collection de pelles, comme quoi, Jardiland reste le magasin des gentlemen, mais passons.

– Vous êtes sadique ?
Sa question m’a fait sursauter. Et merde. Je la reprends précipitamment, en espérant faire progresser la discussion :
– Je suis un Dominant.

Attention Christian. Si Anastasia, fréquente Tumblr, pour elle, tu viens juste de dire que tu étais un homme blanc hétérosexuel. Aussi, Christian prend-t-il le temps de développer un peu sa pensée, qui consiste à expliquer à la bougresse que son truc, c’est de faire bobo aux femmes consentantes à l’aide de divers ustensiles, comme des cravaches, des menottes, ou des posters de Kev Adams. Cela intrigue notre Ana, qui a quelques réticences quant à l’idée de se faire fouetter le popotin comme ça, au débotté.

– Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ?
Je hausse les épaules.
– Moi.
C’est tout, bébé. Rien que moi. Moi, tout entier. Et tu y trouveras du plaisir.

J’avais presque oublié à quel point Christian Grey avait à la fois la poésie, la subtilité, l’humilité et l’intellect d’un moteur de R12. À l’arrêt, le moteur.

Oui mais voilà, Ana continue à montrer quelques réticences. Aussi, pour la rassurer, Christian lui présente une pièce de son appartement qui n’attend que d’être occupée.

– Ce sera votre chambre. Vous pourrez la décorer comme vous voudrez, y mettre tout ce dont vous avez envie.

Je suis formel : Christian Grey s’exprime comme une sorte de pédophile échappé d’un reportage des années 90. Allez viens gamine, si tu acceptes le sexe avec moi, tu auras ta chambre à décorer ! Oui, Christian Grey est très tranquillement en train d’essayer d’acheter Ana, mais pas avec de l’argent, non, ça, c’est pour les prostituées de luxe ; lui, il lui propose l’autorisation de mettre ses posters préférés. Pas sûr que ça chiffre très haut en bourse. Par contre, sur l’échelle du Marc Dutroux, là…

Anastasia, qui partage avec Christian l’incroyable capacité de parvenir à respirer malgré un cerveau en état de mort clinique, ne s’enfuit donc pas et continue à suivre tranquillement Christian pour aller discuter plus avant devant un petit casse-croûte. L’occasion, tout de même, pour Ana de demander à notre héros ce qui l’a rendu tel qu’il est.

– Comment devient-on ce qu’on est ? Difficile de répondre.

Vous vous attendez à la suite façon questionnement sur l’être, l’inné et l’acquis ? Ne bougez pas, je vous mets la phrase qui suit.

Pourquoi certaines personnes aiment-elles le fromage alors que d’autres le détestent ? Vous aimez le fromage ?

Cette explication. Bon sang, je vais déposer ça sur le champ à l’INPI et baptiser ça « La Défense Grey« .

« Colonel, vous avez exécuté de sang froid des dizaines de prisonniers, et vos hommes disent même que vous y avez pris de plaisir. Expliquez-vous devant ce tribunal.
– Monsieur le Président, Mesdames Messieurs les jurés… pourquoi certaines personnes aiment-elles le fromage alors que d’autres la détestent ? Vous aimez le fromage ?
– Ho bon sang, la Défense Grey, c’est imbattable tant les arguments sont puissants. Vous êtes libre, colonel. »

Il est fort ce Christian. D’ailleurs, si son rapprochement entre faire du mal au cucu d’Ana et celui de manger du fromage laisse deviner qu’Anastasia Steele doit avoir une flagrance suspecte aux relents de tacos, Christian laisse entendre que la nourriture l’excite très fort de manière générale.

Elle glisse un grain de raisin entre ses lèvres. Je dois détourner les yeux.

Elle est en train de MANGER Christian. Si voir une femme manger t’excite au plus haut point, j’espère que tu ne sors pas souvent au restaurant, sinon j’imagine que tu dois être interdit de la plupart des établissements pour avoir essayé de violer une salade de mâche ou une pleine assiette d’huîtres devant témoins. Mais pendant que le bougre tente de retenir l’implosion de son slip à la simple idée d’un Happy Meal (petit, je peux vous dire que le petit jouet de Christian prenait cher), Ana continue de poser des questions du genre alors ? D’autres femmes ont accepté votre petit jeu avant moi ? Ça a duré longtemps ? Elles ont eu bobo ? Vous comptez me faire mal, à moi aussi ?

– Je vous punirai lorsque vous l’aurez mérité, et ce sera douloureux, en effet.
Par exemple, si tu te soûles et que tu te mets en danger.

« Tu fais un truc que je désapprouve, je te fais du mal« , c’est surtout un truc de compagnon violent, mais bon, hein.

Ho ? On me dit que c’est aussi la devise de l’Iran ? Si des gens de leur gouvernement ont lu ce livre, cela expliquerait bien des choses.

En tout cas, Grey prend une grande décision : il va emmener Anastasia voir la seconde partie des contrats. Pas ceux concernant la confidentialité, non, mais ceux évoquant comment leur relation va se passer. Christian lui donne alors un fameux document où il est expliqué que si Anastasia veut des relations avec le Monsieur, elle devra s’habiller comme il le demandera, quand il le demandera, et quand elle ne sera pas avec lui, elle serait bien urbaine d’emmener son cul à la gym un certain nombre d’heures par semaines parce que hein, ho, elle va s’entretenir.

Et lui ? Hahaha. Allons. C’est un homme et il a du pognon, il ne va quand même pas lui dire qu’il va faire un effort.

Anastasia, qui je le rappelle, est plus proche d’une fraise Tagada que d’un prix Nobel de physique, ne note rien de spécial, pas même que le Monsieur est encore une fois en train de lui proposer rien de moins que de la prostitution. Pour sûr qu’une grande romantique fan de littérature anglaise classique doit rêver de se faire offrir des strings par un beauf qui lui fera mal si elle ne va pas entretenir son boule à la gym.

C’est malsain ?

Ah, mais je sais. Mais vous savez ce qui est le plus malsain ? C’est que ça s’est vendu.

Christian, gentleman, demande tout de même à Ana s’il n’y aurait pas des trucs qu’elle n’aimerait pas faire au lit : le tractopelle roumain, la chaussette à deux bouts, la banane flambée, ou autres techniques connues des seuls initiés (et ayant survécu à la banane flambée, responsable de 2% des incendies en France chaque année, puisqu’impliquant seize litres de mazout pour être bien faite, comme chacun sait).  Ana hésite, puis avoue :

– Hé bien… je n’ai jamais eu de relations sexuelles, alors je n’en sais rien.

Puisque bien évidemment, elle est vierge (mais n’a aucun souci d’avoir sa première expérience avec un mec qui la tabasse à coups de banc pendant qu’il l’attache à une cravache, ou inversement, c’est très confus). N’oubliez pas Mesdames : dans les bons romans, la Madame attend toujours le mariage pour donner sa fleur à son époux. Qui lui, peut avoir ravagé la moitié de la Terre Sainte en croisade et violé près de 70% des troupeaux de moutons du pays, c’est tout à fait normal.

Christian, lui, réagit comme toujours avec la douceur qui le caractérise.

Qu’est-ce que je pourrais bien foutre d’une vierge ?

La réponse est dans la question, Christian. Mais, les questions continuent d’affluer à sa bouche, puisque son cerveau, lui, baigne dans le formol.

– Comment vous y êtes-vous prise pour éviter le sexe ? Expliquez-moi.

À cet instant précis, j’ai secrètement espéré qu’Anastasia allait répondre « Le secret, Christian, c’est de se baisser au dernier moment et de rouler sur le côté« , mais non. Je vous avoue avoir été un peu déçu. Heureusement, Christian a une idée. Enfin, pourquoi j’écris heureusement, moi ? Je dirais plutôt « Étonnamment« . Toujours est-il qu’il se dit qu’il a un kiki, elle a une kikoute, peut-être qu’en combinant les deux, ils pourraient vaincre sa virginité ? Un plan audacieux, Christian.

Cette idée est une révélation. Je pourrais coucher avec elle. La « roder ». Ce serait une expérience inédite pour nous deux. Y consentirait-elle ? Elle me demandait tout à l’heure si j’allais lui faire l’amour. Je pourrais essayer, sans la ligoter. 

Mais elle risque de me toucher.

Mais ?! Mais je… ho, je ne sais même pas par où commencer.

Déjà, ne nous attardons pas sur le terme « roder » qui est justement, en soi, un terme d’attardé. Alors presse le pas, spoileur, car l’intrigue n’attend pas. Quant au mec qui se dit « Haaan ouais, je pourrais essayer de faire l’amour sans ligoter les gens, il paraît que ça se fait« , ça laisse rêveur quant aux horizons de Grey. Mieux encore, le type ne supporte pas d’être touché, admettons, mais pour le sexe, mec, il va sérieusement falloir qu’on en parle. Parce qu’à moins que jusqu’ici, tu n’aies essayé de pénétrer que le tunnel sous la Manche (ce qui, m’est avis, a dû finir avec une flashball dans les flashed balls), en général, le trouloulou du Monsieur touche un peu les bords de la Mad…

Hoooo. Ho, bon sang. Je crois que Grey est en train de nous expliquer qu’il a un micropénis. Ce livre est soudainement beaucoup plus clair.

– Venez.
Je lui tends la main.
– Quoi ?
– Nous allons rectifier la situation immédiatement.

Le type a à peu près autant de romantisme qu’un fonctionnaire s’apprêtant à se rendre au service des passeports.

« Hooo Christian, prenez-moi comme on prend une photo réglementaire !
– Sans sourire ?
– C’est un peu le concept de ce livre, non ? »

Okay, je n’ai rien dit. Ça se tient.

Nos héros se précipitent donc vers le lit le plus proche en se faisant des bisous, Christian se demandant s’il est capable de faire le « sexe vanille« , traduction conceptuelle de « vanilla sex » (pour « sexe classique« ). Je laisse donc à chacun le soin d’imaginer Christian se frotter le kiki avec une gousse de vanille. Le tout avec du gingembre frais dans le cul, comme ce livre nous l’a appris, ce qui j’imagine à son charme pour qui a pour fantasme de faire l’amour à une épicerie.

Mais, assez de tergiversations ! Durant des pages, nous subissons les longues descriptions du retrait de la moindre chaussette (si, si) d’Anastasia, ce qui nous permet de découvrir que la bougresse pousse déjà des « râles » rien que quand le galopin lui effleure le pied avec son ongle. Probablement de l’exercice illégal de la médecine chinoise. Ou alors, Anastasia fantasme sur les ongles et les pieds, ce qui n’augure rien de bon. Mais ? Allons, depuis quand est-ce que quelque chose augure du bon dans ce livre ? J’imagine en tout cas que vous aimeriez une petite citation résumant le niveau des ébats ? Soit, si vous le demandez si gentiment…

Je vais t’envoyer au septième ciel, bébé.

Pour rappel, Messieurs, si vous avez passé les dernières cinquante années cloîtrés dans un monastère et que vous êtes enfin ressorti, cette phrase provoque chez la femme normalement constituée plus d’hilarité que d’excitation. Et un peu de pitié, aussi. Pire encore, si jamais elle s’aperçoit que vous l’avez prononcée très sérieusement, vous avez une chance sur deux qu’elle vous envoie du spray au poivre dans la margoulette, là, tout de suite.

L’autre option étant qu’elle tente de se suicider en avalant ledit spray sur le champ.

Mais parlons un peu de ce qu’il se passe, là, tout de suite, dans le lit. Vous avez peut-être lu ici ou là qu’Anastasia démarrait au quart de tour. Hé bien, on vous a menti. Anastasia ne démarre pas comme un scooter de kéké. Anastasia démarre comme un réacteur de Super Étendard au décollage. Comprendre, c’est orgasme sur orgasme. Il lui touche le pied ? « Reeeuh. » Il caresse un sein ? « Woooh. » Il bouge d’un centimètre ? « Wulululuuuurgh !« . Il lui demande l’heure ? Les vitres pètent.

D’ailleurs il… pardon ? « On veut des citations, vas-y, tu gardes tous les trucs cochons pour toi, là !« . Bon alors déjà, le tutoiement, on va oublier tout de suite, on n’a pas enterré les stagiaires ensemble, et ensuite, soit. Entre les douze paragraphes de description du cucu parfait d’Anastasia, des jambes parfaites d’Anastasia, des orteils parfaits d’Anastasia et de la rotule droite parfaite d’Anastasia, voyons voir ce que lance Christian pour aider cette jeune femme à traverser sa première fois.

– Je veux te baiser la bouche, Anastasia, et je le ferai bientôt.

Et évidemment, elle…

Bon, je vois. Vous voulez vraiment votre citation de fesses. Vous êtes incorrigibles.

– Jouis pour moi, bébé !
Sur mon ordre, elle se resserre autour de moi, submergée par l’orgasme, en hurlant mon nom dans le matelas. Ce nom sur ses lèvres me fait basculer : je jouis et je m’effondre sur elle.

Puisque oui, il suffit de lui ordonner pour qu’elle jouisse, nous en sommes là. Et bien évidemment, tout le monde jouit en même temps. La suite est évidemment plus classique : Christian s’allume une clope, demande « Alors, heureuse ?« , pète, secoue les draps en s’exclamant « Ho la vache, qu’est-ce que ça fouette ! » et s’endort brutalement suite aux émanations méphitiques en provenance des profondeurs de son lit. Bon, pas tout à fait, mais au vu de tout ce que nous venons de lire, je ne comprends pas pourquoi l’auteur n’a pas conclu ce passage là-dessus. C’était du tonneau du reste.

Lorsque Christian se réveille quelques heures plus tard, il est bouleversé : pour la première fois, une femme partage son lit et dort avec lui au lieu de simplement s’en tenir au sexe. Son âme sombre (mais au lait) est toute perturbée, mais comme on nous le répète à peu près à chaque paragraphe, avec Anastasia, tout est différent. Et on ne voit pas du tout où l’auteur veut en venir. Nooon. Mais bref.

Je ferme les yeux, mais je sais que je ne me rendormirai pas. La chambre est trop saturée d’Ana : de son parfum, de son souffle, du souvenir de ma première baise à la vanille… Je la revois, la tête renversée, hurler une version méconnaissable de mon prénom… Son enthousiasme débridé pour les ébats érotiques me bouleverse. Mlle Steele est une créature charnelle. Ce serait un pur plaisir de la dresser. Ma queue tressaille pour signifier son accord.

Je… il va falloir arrêter avec la « baise à la vanille« , mon petit Monsieur. Mais dans l’immédiat, ce qui m’inquiète plus, c’est : quel est ce concept d’une personne qui hurle une version méconnaissable d’un prénom ? S’il est méconnaissable, comment as-tu pu reconnaître ton prénom ? Si ça se trouve, elle a hurlé « Hoooo Jean-Jacques ! » et lui de se dire « Hmmm, quelle étrange version de mon prénom,  c’est si érotique« . Dieu qu’il est con. Mais à mon avis, elle a plutôt invoqué Satan ou Cthulhu.

Dernière chose mon petit Christian, il va falloir que l’on parle. Un kiki ne peut qu’acquiescer, puisqu’il se déplace souvent de haut en bas. Pour qu’il te dise non, il va falloir que tu fasses l’hélicoptère. Tu le comprends, ça, Christian, hmmm ? Non ? Bon, quelque part, ça ne m’étonne pas. Pourtant, les hélicoptères, tu avais l’air de t’y connaître, mais voyons voir comment le bougre embraie après avoir encore confondu son kiki et sa conscience (ce qui explique bien des choses).

Incapable de se rendormir, Christian quitte la chambre. Mais que va-t-il faire ? Quel homme plein de mystères, je n’en puis plus.

Passant au salon, je m’assois au piano. La musique est une source de réconfort pour moi. Je peux m’y perdre pendant des heures. Je sais jouer depuis l’âge de six ans, mais ce n’est que depuis que j’ai mon propre piano, dans ma maison, que la musique est réellement devenue une passion. Je joue quand je veux tout oublier. […] Mes mains courent sur les touches ; je m’abandonne à la beauté de Bach.

Nous sommes donc passés de « Baise à la vanille » à Bach. Ne me demandez pas comment, mais comme dans tous les mauvais trucs, le héros sombre et torturé joue bien évidemment du piano pour montrer toute sa profondeur. Et puis bon, il ne joue pas du Francky Vincent : du Bach. Ça fait sérieux. Bon, dix lignes après avoir consulté ton kiki pour savoir comment diriger ta vie, ça fait un peu moins être profond, mais bon, on fait avec ce que l’on a, je suppose.

Sauf qu’il est trois heures du matin, et que ça alors, ça réveille Anastasia.

– C’est magnifique, ce morceau. Bach ?
– Une transcription par Bach d’un concerto pour hautbois d’Alessandro Marcello.

À cet instant précis, je visualise l’auteur surfant sur Wikipédia pour essayer de mettre un vernis de culture facile à deux gros neuneus.

– C’est sublime mais très triste. La mélodie est tellement mélancolique.
Mélancolique ? Ce n’est pas la première fois qu’on me qualifie ainsi. 

Mais ? Elle parle de la musique, bougre de con ! C’est souvent que tu confonds ce dont les gens parlent et toi-même ?

« Salut Christian ! Dis-donc, c’est un beau petit coupé sport que tu as là !
– Beau ? Oui, on me dit souvent que je suis beau. »

« Vous venez pour acheter un smartphone ?
– Smart ? Oui, on me le dit souvent.« 

« Excusez-moi mais votre chien est en train de déféquer sur la chaussée.
– Oui… j’adore déféquer sur la chaussée. Parfois, j’emmène mon petit piano roulant pour jouer du Bach pendant que je démoule une bûche derrière une Twingo.« 

Sur ces bonnes paroles pleines de sagesse, tout ce petit monde s’en va se recoucher, même si Christian essaie d’éviter les contacts physiques supplémentaires, car il ne supporte pas d’être touché. Au réveil, en tout cas, tous ses instincts de pédophile sont en alerte : Ana n’est plus au lit. La pistant en sa demeure, il la trouve dans sa cuisine.

Avec des couettes, elle fait encore plus jeune.

Quelle coïncidence ! Encore une description pour la rajeunir un peu ! Roh, je vois le mal partout. Mais qui dit couettes, salopettes ou menus enfant dit crise de priapisme brutale pour notre bon Grey, qui se dit que bon, hein, hé, allez hop, c’est reparti. Il l’entraîne donc dans le bain le plus proche, où il découvre que votre vierge est en réalité naturellement une professionnelle indiscutable des plaisirs buccaux (elle a sûrement appris comment faire dans le Manuel des Castors Juniors), avant de retourner lui faire des trucs plus classiques, mais en lui attachant les mains pour lui faire le niveau tutorial de ses jeux sexuels. Mais alors qu’Anastasia en est à son 7897ème orgasme, faisant d’elle un moyen simple d’alimenter toute l’Afrique en énergie durant six mois simplement en couchant avec elle, voici qu’il y a du bruit dans la maison. Christian en est tout perturbé, et s’exclame :

– Ciel ! Ma mère.

Mesdames et Messieurs, bienvenue dans un livre où même les pires répliques du théâtre de boulevard sont employées très sérieusement. Pendant qu’on se demande qui est cette mère qui rentre chez les gens, comme ça, hop, c’est la fête, Christian détache Anastasia, vas-y, rhabille-toi, moi aussi, attends, tu as encore du gingembre dans le cul, hop, voilà. Et il est tout excité (mais s’en veut) à l’idée de présenter Anastasia à sa mère, ce qui sera une grande première (comme 99% de tout ce qu’il a fait avec Anastasia jusqu’ici, holala, cette fille n’est vraiment pas comme les autres – contrairement à l’intrigue, si on peut encore appeler ça ainsi).

Une fois tout ce petit monde présenté, voici que la vie rattrape nos héros : Grey apprend que ses livraisons humanitaires au Darfour ont des soucis de logistique, Steele doit retourner à la faculté probablement pour y faire des trucs d’étudiants comme boire et jouer au caps, et la maman de Grey doit retourner dans la zone du livre réservée aux figurants. Mais avant qu’Ana ne parte, Christian lui tend une enveloppe contenant l’accord légal pour avoir une relation avec lui (je sais, c’est complètement con, mais ça vous étonne ?).

– Voilà le contrat, dis-je en brandissant l’enveloppe. Lis-le, nous en discuterons le week-end prochain. Je te suggère de te documenter, pour mieux comprendre ce que ça implique.
Son regard passe de l’enveloppe à mon visage. Elle a pâli. J’ajoute aussitôt :
– À supposer que tu acceptes, ce que j’espère sincèrement.
– Me documenter ?
– Tu serais étonnée de tout ce qu’on peut trouver sur Internet.

J’en connais une qui va connaître un grand moment. Excellente idée, Christian, de lui proposer de se documenter par elle-même sur Internet ! J’imagine tout à fait la chose.

« Alors… il m’a dit de me documenter… voyons voir, si je tape gros-con-pédophile-cravache-petites-voitures-déguisement-canapé… tiens ? L’office de tourisme de Charleroi ? Je me demande ce que Christian a bien voulu me dire. »

Je crois que rien que pour ce passage, je vais écrire 50 Nuances d’Arc-en-Ciel, un livre sur un mec qui aime les poneys. Et qui propose à l’être aimé de se renseigner par elle-même. Quand la bougresse tapera « Bronies » dans Google, le livre s’achèvera sur le moment où elle purifie par le feu son ordinateur, son bureau puis sa maison, avant de s’immoler dans les flammes pour oublier ce qu’elle a vu.

Bon, cela dit, on apprend au passage qu’Anastasia n’a pas d’ordinateur. Parce que de nos jours, des étudiants, ça n’a pas besoin d’ordinateur pour travailler. Je pense qu’elle rendait ses devoirs écrits à la plume sur de la peau de mouton. D’ailleurs, nul doute qu’elle a eu une super note à son examen d’enluminure. Heureusement, Christian se propose généreusement de prêter un ordinateur à Anastasia, un Mac nous dit-on, probablement histoire d’appuyer qu’il a beaucoup trop d’argent. Mais soudain, Ana a un appel à passer. À… UN AMI.

– Je n’aime pas partager, mademoiselle Steele. Souvenez-vous-en.

Si tout comme moi, vous disposez d’un détecteur de psychopathe, logiquement, le verre vient de péter et l’aiguille est en route pour l’orbite de notre belle planète. Anastasia n’a pas encore promis quoi que ce soit que déjà, notre doux héros lui explique qu’elle est sa chose et que toute vie sociale en dehors de sa personne est une faute. 

Tout ce petit monde se met tout de même en route pour partir, Christian volontaire pour raccompagner la belle en voiture lorsque soudain, dans l’ascenseur…

Ana se balance nerveusement à côté de moi tandis que nous attendons l’ascenseur. Elle enfonce les dents dans sa lèvre charnue…

Charnue, je veux bien le croire, puisque l’auteur a tant d’imagination que la bougresse se mord la lèvre en moyenne deux fois par paragraphe. Alors à ce stade, elle doit avoir l’équivalent d’un boudin de maître nageur en guise de lèvre inférieure. Quand sa bouche a l’érotisme d’un Bogdanov, ça doit quand même être compliqué, mais non, pas pour Christian qui est toujours victime de l’esprit frappeur habitant son slip.

Ce qui me rappelle, brusquement, ses dents sur ma queue.
– Qu’est-ce qu’il y a, Anastasia ? Dis-je en lui relevant le menton. Arrête de te mordiller la lèvre ou je vais te baiser dans l’ascenseur, et tant pis si on nous surprend.

Je crois que je l’ai choquée 

Choquée ? Par autant de classe ? Dès que la nana montre un signe de stress, tu menaces de la bifler comme plâtre et tu t’étonnes ? Bon, en même temps, il est vrai que vu qu’Anastasia réagit tantôt à ce genre de propos, tantôt les laisse couler comme si c’était bien normal, je commence à me demander si son cerveau n’est pas sur courant alternatif. Contrairement à ses zones érogènes, qui elles, sont visiblement plutôt en lien direct avec un réacteur en fusion. Et quelque chose me dit que vu le niveau général, ce ne sera jamais l’inverse.

Heureusement, Anastasia finit par oublier aussitôt qu’on vient de lui parler, et pendant qu’elle bave un peu, en faisant des bruits étranges, elle articule tout de même :

– Eh bien…, bredouille-t-elle avant de redresser les épaules : il faut que je parle à Kate. Je me pose tellement de questions sur le sexe. Si tu veux que je fasse tous ces trucs avec toi, comment pourrais-je savoir…
Elle se tait, comme pour chercher ses mots.
– Bref, je n’ai pas de point de référence.

Car oui, c’est connu : impossible de faire le sexe sans tout partager avec sa meilleure copine et faire des comparaisons. D’ailleurs, comment Anastasia a-t-elle fait la nuit passée ? Était-elle en liaison directe avec Kate qui lui disait quand faire des bruits de gnou en rut ? A-t-elle des pouvoirs de télépathe mystérieux faisant d’elle une sorte de professeur Xavier moumouté ? Ou bien a-t-elle manqué de peu de briser les limites de la réalité, et ce faisant, de notre univers ? 

Nous ne le saurons pas car si Christian accepte qu’Anastasia parle à Kate (comme quoi, ça valait le coup de signer un contrat de confidentialité !), pour l’instant, il grimpe surtout avec elle dans sa voiture de kéké, et prend la route pour la raccompagner.

Nos héros parviendront-ils à destination sans faire le sexe sur la bande d’arrêt d’urgence ? Anastasia pourra-t-elle tout raconter à Kate sans faire des bruits de dindon fou ? Et surtout, pour se documenter sur le sado-maso et les amoureux de la douleur, Anastasia va-t-elle tomber sur Youporn ou sur le site de campagne de Nicolas Sarkozy ?

Nous le saurons dans le prochain épisode.

Mais on va quand même se pencher sur d’autres sujets en attendant. Vu les films au cinéma et ce bas monde en ce moment… ce n’est pas ce qui manque.

Hélas.

97 réponses à “L’Ire Ensemble – Grey – Épisode 3

  1. Pingback: L’ire ensemble – Grey – Épisode 4 | Le blog d'un odieux connard·

  2. « Durant des pages, nous subissons les longues descriptions du retrait de la moindre chaussette (si, si) d’Anastasia »

    Du coup, on sait enfin combien elle a de jambes ?

  3. Moins de fou rires dans cet épisode parce qu’on ne se cantonne plus au ridicule et pathétique de l’histoire mais on aborde son côté malsain… C’est aussi vers ce passage là, dans le tome 1, que j’ai commencé à vouloir déchirer le bouquin en douze à coups de dents, alors qu’auparavant je n’avais envie que de le balancer à la poubelle.

  4. Je crois pas qu’il y ait de mots assez forts pour qualifier ce torchon : merdique? mauvaisement merdique ? Méphétiquement merdique. Et la question à 1 millions de kopecs en noix de coco est, je vous le donne en mille : comment, mais pinaise, comment des gens ont pu acheter ça, lire ça, et le conseiller à leur voisin ? Parce qu’en dehors de l’image complètement WTF de la sexualité qu’a l’ET qui a écrit ce… machin, y’a le niveau littéraire. Mon chat serait plus capable d’écrire le prochain Goncourt en appuyant au hasard sur les touches que cette femme a d’écrire quoi que ce soit de lisible.

  5. Cher Odieux Connard,
    Je suis tombée sur cette page en tapant « connard psychopathe » dans Google, après traité de la sorte un ami. Oh joie, d’avoir découvert cette lecture de 50 nuances de Grey ! J’avais bien besoin de rire et cela m’a rappelé ma propre lecture de ce navet.
    Chose rigolote de l’anecdote, l’ami en question est un adepte de BDSM…

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