La bête, messeigneurs

Mai 1767, quelque part dans le Gévaudan

Antoine balaya du regard la grand-salle de son auberge, profitant du spectacle peu commun qu’offrait la petite troupe regroupée près du faible feu de cheminée qui s’efforçait de réchauffer cette nuit quelque peu froide pour la saison. A cette heure avancée, d’habitude, tous ses clients ronflaient paisiblement dans les quelques chambres que son auguste masure proposait ; des pèlerins, essentiellement, faisant le plus souvent la route vers Notre-Dame-de-Beaulieu pour aller y brûler quelques cierges, observer les reliques et prier le Seigneur comme il se doit. Mais ce soir, les chambrées étaient vides, ses visiteurs n’ayant pas réussi à trouver le sommeil.

Car depuis quelques temps, on disait qu’une bête terrible rôdait dans le Gévaudan. Depuis 1764, un animal féroce s’en prenait aux habitants de la région, terrorisant le bon peuple qui récitait chaque soir son Notre Père dans l’espoir que les forces divines repousseraient cette créature des enfers. Toutes les chasses qui avaient été données jusqu’ici n’avaient donné que de piètres résultats : quelques loups abattus, un ou deux renards pris dans le feu par erreur , mais jamais les attaques ne s’étaient arrêtées. Le son des tirs de fusil et les aboiements des chiens étaient devenus monnaie courante pour la population, l’écho des chasses résonnant dans tous les vallons du pays rappelant à chacun que quelque part, une terrible menace se cachait.

La bête a perdu sa médaille de collier : elle se prénommerait "Kiki"

Et dans la grand-salle de l’auberge, cette nuit, Jean Chastel et quelques autres chasseurs discutaient de la meilleure stratégie à adopter pour débusquer l’animal mythique, tout en vérifiant nerveusement tant leurs armes que leurs bibles. Les pieds nus posés à proximité de l’âtre, ils tentaient péniblement de se réchauffer, sachant que dans quelques heures, ils enfileraient leurs bottes pour courir les tristes paysages embrumés d’une froide matinée de printemps dans les reliefs chaotiques du pays à la recherche d’une empreinte dans la mousse verdoyante, d’une griffure dans le bois humide, ou tout simplement d’un témoignage de paysanne attaquée alors qu’elle se rendait au ruisseau.

« Nous partirons dès que l’horizon fera mine de s’éclaircir. Nous suivrons un temps la route de Florac, jusqu’aux environs de midi ; de là, nous devrions rencontrer une autre chasse menée par le marquis d’Apchier. Si aucun de nos deux groupes ne rabat la bestia sur l’autre, nous aviserons avec Monsieur pour convenir d’une nouvelle approche. – dit Chastel en remuant du tison quelques braises dans la cheminée.
– Pour sûr – ajouta Thibault, un braconnier au visage rubicond et à la corpulence improbable pour un homme des bois – mais c’te bête là n’est pas le fruit du Bon Dieu… ses crimes… c’est tellement…
– Je sais… ce canin est véritablement maléfique. Il ne respecte rien.
– Mais et si c’était pas une bestiole comme les autres ? Si c’était un démon, venu pour nos péchés ?
– Assez ! C’est un animal, voilà tout : d’après les paysans, il s’agirait d’un canin d’une taille extraordinaire ; j’ai bien mon idée sur la question.
– Vous pensez à un loup ? – dit l’un des hommes qui jusqu’ici inspectait une balle avec circonspection
– Un de ces animaux d’Afrique peut-être ? – ajouta un autre chasseur 
– Ouais ! Un lion ? Ou un truc du genre ? Hein m’sieur Chastel ?
– Non. Je pensais à bien pire. Je pensais… »
0
 

Il y eut un long silence.

 
« A un yorkshire »

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Le Yorkshire

S’il est des mystères que nul homme n’a jamais pu résoudre, le Yorkshire en fait bien partie : petit, laid, énervant, jappeur ce qui n’est pas sans rappeler mes amis Eric Z et Nicolas S, il parvient malgré tout à être adopté par des milliers de personnes partout dans le monde qui semblent lui trouver quelque caractéristique attractive. Comment cela est-ce possible ? Pourquoi Dame Nature tolère t-elle ce… ce truc ? Peut-on tuer un de ces animaux d’un seul tir de patator ? Autant de questions auxquelles il convient de répondre au travers de notre étude du jour sur la bête susnommée.

Ya talkin to me ?

Dénomination

Le Yorkshire, ou Yorkshire Terrier est un animal de type canis lupus familiaris, plus communément appelé « chien« . Son nom lui vient de la région d’origine de son apparition, le Yorkshire, célèbre comté du Nord-Est de l’Angleterre, qui prouve ainsi que ce pays n’a de cesse de mettre à mal le reste du monde, étant déjà entre autres l’inventeur du pudding, de la conduite à gauche, des tabloïds, et des princes roux. Chaque jour un peu plus que la veille mais bien moins que le lendemain, je regrette que nos fières armées ne soient pas parvenues à franchir le canal pour aller civiliser cette terre de débauche qu’est la perfide Albion. Parce que là, autant vous dire que le Yorkshire aurait été remplacé par un autre canin plus classieux, comme par exemple, le bouledogue français, cet animal qui pète plus qu’il n’aboie. Mais je m’égare, et revenons plutôt à notre sujet de base : la dénomination la plus courante est donc bel et bien le « Yorkshire« , bien que l’on puisse l’appeler « Toutou« , « Mon beau » ou « Sac à merde« , mais dans tous les cas, il ne répond pas : cet animal semble naturellement trépané.

Histoire

Bien qu’une légende raconte qu’un yorkshire primitif aurait rôdé dans le Gévaudan dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, terrorisant les populations en mordillant atrocement leurs chaussures et en tentant de s’accoupler avec leurs guêtres (sa lâcheté naturelle le poussait d’ailleurs à ne s’attaquer qu’aux femmes et aux enfants), la première apparition officielle de la bête semble se faire un siècle plus tard, lorsque le comté anglais du Yorkshire s’industrialise et que les villes drainent de plus en plus de ruraux vers elles, transformant peu à peu tout un pan de la population en ouvriers. Hélas, les conditions de vie de l’époque étant relativement difficiles, tant on avait pas encore Facebook et que la vie n’avait donc que peu d’intérêt, il apparut aux travailleurs des usines que leur confort pourrait s’améliorer de manière raisonnable si, par exemple, les rats arrêtaient de venir essayer de les manger dès qu’ils fermaient l’oeil ; il leur fallait donc des animaux capables d’effrayer les rongeurs, et éventuellement de les aider à faire sortir les lapins de leurs trous lors de leurs promenades dominicales afin d’ajouter un peu de viande au repas du jour. Ne pouvant compter sur les chats, qui bien qu’étant supposés être les animaux idéaux de ces situations, restent avant tout de gros branleurs, il convenait donc d’avoir un chien petit, pouvant vivre dans des intérieurs réduits, et apte à terroriser les animaux alentours. L’histoire dit que le Yorkshire est donc « issu de terriers écossais » : en effet, en découpant des bébés terriers et en y rajoutant des poils pour cacher les cicatrices, plusieurs ouvriers créèrent une sorte de créature de Frankenstein canine qu’ils éveillèrent à la vie en la faisant frapper par la foudre : le Yorkshire.

La bête remplit sa mission à merveille, en effrayant rats et lapins : forcément, à aboyer toute la journée comme un idiot, tout ce qui a les oreilles sensibles dans les 2 kilomètres à la ronde se barre pour ne plus supporter ce jappement insupportable et continu. Ce qui comprend donc non seulement les rongeurs et les lagomorphes, mais aussi vos voisins, vos amis, votre famille, et peut-être même votre âme (un vieux texte apocryphe de saint Luc expliquerait que posséder un yorkshire serait un crime suffisant pour aller en enfer, mais le Vatican refuse aujourd’hui encore de reconnaître ce document de peur de perdre 70% de ses fidèles).

Scientifique en train de chercher de quel côté on met les croquettes

Morphologie

Le Yorkshire a pour première caractéristique morphologique d’être laid. Sorte de fruit des amours interdites entre un chihuahua et une moon boot, la bête se présente comme un truc minuscule, velu et particulièrement bruyant. Petit chien à poils longs, pouvant être stylisés de manière à lui donner un physique encore plus immonde (quand mamie a fini de faire du tuning sur sa moumoute en la faisant teindre en violet, elle est contente de trouver le chien pour poursuivre son oeuvre), il est, selon Wikipédia : « Très compact et net dans ses lignes, il se tient très droit, ce qui lui donne l’air important. Le corps est compact, le dos droit, le rein bien soutenu, les côtes modérément cintrées. L’ensemble de ses formes donne l’impression d’un corps vigoureux et bien proportionné. » ; visiblement, les gens de Wikipédia n’ont jamais dû voir un yorkshire de près, puisqu’en réalité il est certes compact, mais passe le plus clair de son temps à trembloter, faisant visiblement lui-même un effort titanesque pour se supporter, ce que l’on peut comprendre, tant être réincarné en yorkshire doit quand même être une vilaine punition (même Hitler a échappé à ce triste sort, ayant lui été réincarné en un bichon frisé prénommé Sumo, sa haine de la France et de ses représentants s’étant visiblement transmise d’un corps à l’autre malgré le passage dans les limbes).

Il est important de noter la couleur du poil de cet animal :

– « bleu acier » (si, si), au niveau du corps, c’est-à-dire, là où il doit encaisser les coups de pieds des gens de bon goût. D’où l’acier.

– « blond décoloré avec racine apparente » sur le reste du corps, pour aller avec sa maîtresse, qui si elle n’a pas encore fait sa descente d’organes, est souvent une jeune fille arborant les mêmes caractéristiques capillaires qui transporte son chien dans son sac, porte d’énormes lunettes de soleil et rêve d’acheter la dernière Mini Cooper.

Un vieux proverbe dit que « Tel chien, tel maître« , et inversement. Lorsque l’on commence à se rapprocher du yorkshire, c’est généralement qu’il est temps de s’éloigner de la vie.

Caractère

Sans être un trait de caractère, la première caractéristique du Yorkshire est d’être particulièrement con. S’il n’était pas trop petit pour attraper la télécommande, vous pouvez être sûr qu’il regarderait Secret Story en buvant des bières et trouverait que Jean-Pierre Pernaut est un grand journaliste. Il est incapable de distinguer beaucoup de chose : un ami et un ennemi, une porte et une fenêtre, une jambe et une femelle, une chaussure et ses croquettes, un canapé et ses croquettes, un truc qui fait pouic et ses croquettes, une femelle et ses croquettes (ce qui lui pose fondamentalement beaucoup de problèmes). Pour contrecarrer ce petit problème, Dame Nature, qui visiblement était bourrée le jour de la conception de l’animal, a donné à la bête la capacité d’aboyer contre tout : un ami, un ennemi, une porte, une fenêtre, une jambe, une femelle, une chaussure, une croquette, Larusso, un canapé, un truc qui fait pouic, mais pas contre les cambrioleurs. En effet, le Yorkshire est un animal particulièrement lâche : s’il repère une menace, comme par exemple, un tueur psychopathe s’infiltrant de nuit dans le domicile familial, il fera tout pour ne pas aboyer alors que ce serait la seule fois où ça pourrait être utile. Au mieux, il lui fera la fête (mais en silence, curieusement). Au pire, il fera ce qu’il fait de mieux : caca.

Pour ressentir quelque chose, le Yokshire se tourne souvent vers le sadomasochisme

Sens

Non pas le célèbre « Oukilélekuku, oukélélatétette ?« , puisque ce sens là n’a jamais pu être déterminé par la communauté scientifique (les croquettes semblent en effet rentrer et sortir des deux côtés), mais bien les 5 sens de l’animal qui sont différents de ceux de nous autres, les humains :

– Le Yorkshire a un odorat qui va du passable au lamentable en passant par le « What the fuck ?« . L’animal aurait pourtant le format idéal pour être transporté facilement par des douaniers souhaitant inspecter rapidement, facilement et en toute situation des colis ou bagages suspects, mais voilà : le Yorkshire ne peut distinguer que deux odeurs différentes le « miam » et le « pas miam« . En sachant que le « pas miam » selon lui ne recouvre que le béton armé, les CD de Carla Bruni et le pain allemand, ce qui limite son utilité.

– L’ouïe de la bête est à peine meilleure, puisqu’il ne semble percevoir aucune des insultes qui lui parviennent. Une autre théorie suppose qu’il est complètement sourd, ce qui expliquerait ses aboiements continus : il passerait en fait sa vie à hurler l’équivalent du langage humain : « 1, 2, 1, 2, test, Gégé en régie, tu m’entends ?« 

– La vision du Yorkshire n’est pas spécialement mauvaise : à part une perception des couleurs limitée, il est tout à fait capable de voir ce qu’il y a autour de lui. Il peut par exemple détecter un 45 fillette lui arrivant dans la truffe jusqu’à une distance de 12 centimètres, ce qui, compte tenu de sa taille, est colossal.

– Le toucher est inexistant. Preuve en est, vous pouvez faire décoller un éminent membre de cette race d’un seul large et souple mouvement du pied, ça ne l’empêchera de revenir vous japper dessus dans les 10 minutes, comme s’il n’avait rien senti. Fut un temps, l’armée tenta de croiser des soldats avec des yorkshires pour obtenir une race de guerriers qui ne ressentiraient pas la douleur, mais les résultats furent catastrophiques. La plupart des êtres créés suite à ces expériences ont ensuite connu une carrière fulgurante au sein d’émissions de télé-réalité, ou bien en décrochant des postes de chroniqueurs dans le même milieu. Leur origine ne fait cependant aucun doute aux plus observateurs.

– Enfin, le Yorkshire n’a aucun goût. Attendez, cet animal est naturellement blond décoloré avec racines apparentes, comment voulez-vous qu’il puisse en avoir ?

Alimentation

Le Yorkshire a un régime alimentaire simple, constitué de « miam » et d’eau. Il peut donc se nourrir d’objets évoqués plus haut : morceaux de canapés, de chaussures, jouets qui font pouic… pour de curieuses raisons, leurs maîtres continuent pourtant de leur acheter de la nourriture hors de prix parfumée aux 12 arômes, que le Yorkshire ne prend même pas le temps de savourer (d’ailleurs, il ne dit même pas merci). Une fois son repas englouti, le Yorkshire produit alors l’un de ces petits miracles qui font l’admiration des petits et des grands : il peut chier jusqu’à 6 fois son poids. C’est proprement incroyable : il prend 5 croquettes, un coup d’eau, il part faire la sieste, et là, paf : il vous colle un étron dans le jardin qui pourrait servir de bûche pour le feu. Comment fait-il ? Sa nature démoniaque lui permet-elle de transformer l’air en merde ?  Et par quelle magie peut-il faire tenir dans son corps plus de matières fécales que de chair ? Maîtriserait-il la science interdite de la compression rectale, lui permettant de compresser les choses tel un winzip scatophile ? Nul ne le sait. Tout au mieux pouvons-nous nous étonner de ces pouvoirs interdits que leurs propriétaires semblent parfaitement ignorer malgré leur nature ouvertement surnaturelle. Il est probable que le Yorkshire soit capable d’hypnotiser ses maîtres pour leur faire accepter ce genre de choses. Le don d’hypnose de ces chiens serait d’ailleurs la seule raison pour laquelle des gens seraient encore capables d’en adopter.

Les parasites sattirent

Reproduction

Le Yorkshire se reproduit peu : sa vue a beau être mauvaise, il est quand même capable de s’apercevoir que ses congénères sont laids. La parade amoureuse consiste donc chez ces animaux en un duel de pouvoirs d’hypnose, les chiens tentant de faire avec tout ce qu’ils croisent comme avec les humains : essayer de les manipuler mentalement pour leur faire croire qu’ils sont choupinous. Si les deux animaux y arrivent, il y a lors accouplement. A noter que dans de nombreux cas, l’animal tente de s’accoupler avec une chaussure ou une jambe, les deux choses qui ont finalement le plus de contact avec lui (pour diverses raisons plus ou moins violentes) en dehors des femelles de son espèce. On fait donc avec ce que l’on a sous la main. Au bout de plusieurs longues semaines, l’animal finit par s’agiter encore plus que d’habitude (ses aboiements passent de 1 toutes les 2 secondes à 1 par seconde), puis va trouver un coin tranquille (comme votre lit). Là, le ventre gonflé, il met bas à une portée dans un moment magique où il donne l’impression d’expulser des moon boots humides.

Parfois, c’est une ruse : en fait, il vient juste chier sur votre pieu.

Activités, loisirs, sorties

Le Yorkshire a peu de loisirs : il a une vie sociale limitée de par son handicap tant physique que mental, s’avère relativement peu agréable (il est impossible de jouer à Risk avec un yorkshire sans qu’il s’énerve ou s’étouffe avec le canon que vous veniez de poser sur le Kamchatka) et est surtout particulièrement bruyant. Il convient donc, comme nombre d’autres chiens, de le distraire en lui proposant des sorties régulières à la rivière où il pourra s’ébattre et se dégourdir les jambes, mais pas trop loin parce qu’il a peur des voitures. Et des gens. Et des abeilles. Et de l’herbe. En fait, s’il le pouvait, il s’ébattrait dans le néant, où il serait très heureux de n’avoir rien autour de lui pour l’effrayer.

Fait que certains considèrent comme curieux, mais qui finalement, est parfaitement logique : lors de ses sorties, le Yorkshire se retient comme un diable de faire ses besoins pour mieux tout lâcher lors de son retour au foyer, ou bien trouve le moyen, à côté de 12 WCs pour chien, d’aller poser sa pêche en plein milieu du trottoir. Une preuve, s’il en fallait encore, de l’origine profondément diabolique de ces animaux.

F.A.Q

Mon yorkshire jappe curieusement, et je crois qu’il aimerait me dire quelque chose ; y a t-il moyen de mieux le comprendre ?

Oui : enregistrez ses aboiements continus sur magnétophone, puis passez le tout à l’envers ; vous entendrez alors distinctement « Mon nom est Légion« .

C’est pas possible, il est pas né une année où les noms des chiens étaient en L ! Il s’appelle pas Légion, il s’appelle Kiki !

Mettez Kiki dans le pot d’échappement de votre Mini Cooper. Montez à bord, allumez le moteur et attendez. La réponse vous viendra en songe.

Mon yorkshire n’aboie plus ; est-ce normal ?

C’est l’un des deux signes de la mort d’un yorkshire. Ça et la trace de pneu sur le dos.

Mon yorkshire a des parasites, que faire ?

Votre Yorkshire est un parasite

Quel est le poids moyen d’un yorkshire ?

3 kilogrammes. Ce qui lui permet de pondre des étrons jusqu’à 18 kilos. Magique on vous dit.

Peut-on tuer un yorkshire avec un patator ?

Difficilement : la bête, non seulement esquive aisément les coups grâce à ses tremblements ridicules mais constants, telle une sorte de Neo à poils longs, mais en sus, grâce à son sens du toucher limité, elle ne sent qu’à peine la douleur. Il est donc plus intéressant d’utiliser le Yorkshire comme munition de patator : la surpression causée par l’introduction d’un corps compact dans le canon couplé au bruit caractéristique du jappement plaintif lors du tir en fond un projectile au son capable de démoraliser le plus courageux des adversaires, tel un orgue de Staline artisanal. Sans compter la surprise de votre adversaire lorsqu’il verra qu’on lui tire dessus avec des chiens.  Et des chiens moches, en plus.

Ce matin, j’ai trouvé un yorkshire devant ma porte. Que faire ?

Vous habitez forcément près d’une rivière, votre logique vous guidera pour la suite. Dans tous les cas, la semaine dernière, c’était la tête de cheval dans votre lit, cette fois-ci, c’est unyorkshire devant votre porte : vous auriez dû payer ce que vous deviez à la Dino les Doigts-de-fée.

Grace à cette arme, Michel a déjà abattu 2 ULMs qui survolaient son jardin à mitraillant le ciel de yorkshires

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Le son lointain d’une cloche sonnant par cinq fois parvint jusqu’à l’auberge isolée, et Chastel prit à peine le temps de jeter un regard aux hommes qui l’entouraient avant de se lever péniblement de sa chaise pour s’éloigner du foyer presque éteint. Après avoir déposé quelques sous sur la table où gisaient les couverts sales du repas de la veille, il se dirigea vers la porte, enfila promptement son épais manteau, déposa son tricorne sur son chef puis se saisit de son fusil avant de passer la porte de l’établissement dans un grincement à peine audible tant il fut étouffé par le bruit de ses compagnons se préparant à une longue journée. Mais soudain, le coeur de Jean frissonna d’effroi :

Ses bottes, celles qu’il avait laissées la veille devant la porte pour ne pas crotter toute la grand-salle, ses compagnes de tous les voyages qui ne l’avaient jamais abandonné, même lors de ce funeste jour où le comte l’avait obligé à s’enfoncer dans un marécage pour aller guetter quelque cerf, voilà qu’elles gisaient là, mordillées férocement, leurs petits cadavres de cuir déchiré couverts d’un mélange de bave et d’urine, ainsi que d’une curieuse substance que le chasseur préférait ne pas identifier.

Observant la pente boisée qui faisait face à l’auberge de l’autre côté de la route boueuse, Chastel balaya du regard les vieux arbres humides dont les basses ramures semblaient pouvoir cacher n’importe quelle menace dans l’obscurité de cette aube qui semblait ne jamais vouloir se lever. Tendant l’oreille malgré les sons des cartouchières que l’on bouclait dans la bicoque derrière lui, Jean aurait juré avoir entendu un jappement sinistre et lointain résonner dans les hauteurs du relief auquel il faisait face. Se saisissant de l’une des balles fondues à partir d’un médaillon de la Vierge Marie qu’il portait au chapeau, il arma son fusil.

D’ici un mois, la bête paierait son horrible forfait. Les autres chaussures de la région ne craindraient plus un tel sort.

Il allait péter du yorkshire.

62 réponses à “La bête, messeigneurs

  1. Comme d’hab, génial, surtout la faq !
    Je vois que le kamtchatka a marqué de sgénérations de joueurs de risk pour son nom imprononçable quand on était gosses…

    Tcho Connard !

  2. Vous avez omis que le Yorkshire pu violemment de la gueule, étant sans doute à l’origine de nombreuses recettes de gaz tueurs de sinistre mémoire.

  3. Oh merci, merci beaucoup, à la lecture de ce texte je me suis, à ma plus stupéfiante horreur, transformé en Yorkshire : mu par un rire incontrôlable, tel le tremblement de la bête…

  4. La Nature créa le York,
    le Net donna naissance au Troll,
    mon Dieu, que d’abominations!^^

    Super note sur une affreuse créature qui me rappelle cette excellente vidéo Made In Groland:

  5. écroulée de rire derrière mon ordinateur.
    Merci monsieur Connard :))
    Je vous partage sur mon fbook.
    A très vite…

  6. :) trop bon ce petit brief du York. Julien a complètement raison. L’haleine tuerait un bouc (ou 2, voire 3 sur place). Et la bête n’est pas très résistante avec le temps. Pardon, non, elle résiste sur le nombre des années (atteint facilement 15 ans si tu n’habites pas près d’une rivière) mais se dégrade vite d’aspect extérieur, le poil gras, hisurte, l’oeil globuleux vitreux. D’une Moon Boot, tu te retrouves vite avec un tas de cheveux sortis de la bonde de douche …

    • Je salue à la fois cet article et cet excellent commentaire. La comparaison avec les cheveux sortis de la bonde de douche est tellement vraie …

      Au passage, je trouve le chat, sur l’avant-dernière photo, étonnamment patient. Aurait-il pris un coup de pelle ?

  7. Merci ô magistral Connard!!!!
    Absolument, totalement juste ;)

    Mais pourquoi seulement le yorkshire alors qu’il existe aussi le caniche nain et le teckel (que je hais tout particulièrement) , n’est-il pas?

  8. « amours interdites »*, amour devient féminin quand il est au pluriel :)
    très bon article, au passage!

  9. Bonne tranche de rire,

    mais petite incohérence historique:
    comment la bête peut elle datée du XVII-XVIIIème siècle et être cité par un texte secret de saint Luc?

    le saint esprit sans doute :p

  10. Un fort bon article encore une fois, cher Connard, mais je ne suis pas là pour faire l’éloge de votre plume ou de votre humour, mais plutôt pour une question qui m’est déjà venue à l’esprit et qui revient encore une fois lors de cette article, vous parliez de l’état d’ébriété de Dame Nature, voici donc ma question (totalement conne d’ailleurs) : vous ne blasphémez jamais ?

    Autant vous n’hésitez jamais à parler du moustachu allemand à la mèche folle ou bien de jolies jeunes femmes enterrées en forêt mais vous ne vous prenez jamais au Divin, bon j’admets si je pose cette question c’est parce que je suis moi-même friand de ce genre de choses, je ne rechigne jamais à lire une pique du genre « Dieu a une petite bite et c’est donc pour ça que Marie n’ait rien sentie lors de l’Immaculée Conception… »

    Bon c’est très moyen mais venant d’une plume telle que vous, quelques blasphèmes rendraient sûrement mieux.

    Sur cette question assez inutile il est vrai, je vous laisse à vos occupations.

    PS : P’tain j’ai vraiment pas l’habitude de vouvoyer quelqu’un sur le net moi…

  11. Je tiens à rappeler que le Eric Z et le Nicolas S ont, eux aussi, été adoptés par un bon million de français, comme quoi ce n’est pas une référence.

    • Exactement, le français n’est pas une réfèrence !!! La preuve il a réélu 2 fois des types à la moralité douteuse et presque jamais d’honnète homme.

      Un bon York – à la gitane comme les hérissons, sous la cendre … hummm.

      • Plutot un genre de Chubaka arc en ciel. à mon humble avis.

        Marrant comme on a tout de suite moins envie de contratrier cet être poétique et malicieux n’est-ce pas ?

  12. Les Égyptiens avaient eux même inventé leur pharaon roux et les Allemands leur electus Romanorum imperator rufus, nos perfides voisin n’ont-ils donc fait que peccadilles.

    Le cricket et Harry Potter sont en revanche de dignes rejetons de cette antre infernale de l’ennui et du mauvais-goût.

    Merci pour cette distraction. Je penserais à vous la prochaine fois que je m’efforcerais de ne pas écraser une de ces charmantes créatures. J’aurais trop peur en les éliminant de raccourcir le supplice d’une âme damnée, cela risquerait de faire de moi un type bien.

  13. Bonjour monsieur Connard
    Très bon article, comme à votre habitude !
    Continuez sur votre lancée cher Odieux.
    Votre dévoué,

  14. Ha, la « trépanation naturelle » (c’est si vrai, si beau) du Yorkshire n’a d’égal que le strabisme divergent du Chihuahua…

    La séléction naturelle m’a beaucoup déçu sur ce coup-là. Ce qui me console, c’est que parfois, ces impasses évolutives doivent déféquer dans le sac dernier cri de leur propriétaire (liquidement de préfénce).

    En tout cas, c’est toujours un franc plaisir de venir découvrir vos ravigorants propos mâtinés de saines préoccupations. Merci, donc !

  15. Cet article est juste excellent, j’ai failli me renverser de ma chaise quand j’ai lu que le Yorkshire pouvait être une sorte un winzip scatophile!

    Blague à part, mon chien qui est un croisé Yorkshire/Jack russel (ne me demander pas comment ils ont pu s’accoupler) bien qu’il soit plus grand et plus beau qu’un Yorkshire, possède tous ses défauts: il pue de la gueule, il aboie tout le temps,il est sourd, il est nul en chien de garde, il mange de la merde (au sens propre!)…

    J’aurais du prendre un bouledogue français!

  16. Oh merci milles fois, ça faisait une sacrée paye que je ne m’étais plus autant poilé dans mes urines

  17. Assez drole quand on a le temps de tout lire, la FAQ = super.

    Le Yorkshire est certes démoniaque, j’en ai fréquenté, et le fait qu’on puisse s’y attacher n’est pas le moins lucifèrien de leurs traits.

    Néanmoins je ferais remarquer à l’auteur et l’aimable assistance, s’il me le permet : si le yorkshire est un démon de type « incube » d’aprés les photos son partenaire sexuel, d’aprés la photo, le démon de type « succube » donc, est assurément le « chat ».

    Serait-il possible d’avoir le mème type d’article sur « l’autre bête » (oui bon en fait c’est toujours LA mème bète juste elle s’adapte dans sa forme à ses vicitimes).

    Oui en particulier, certains félins, de type agée…
    ;)

  18. En fait, le caractère détestable du Yorkshire est juste un produit de son éducation déficiente, et un reflet de son maître, effectivement. Quand on lui fout des coups de pieds dès le plus jeune âge, il peut être adorable. Le mien n’a aucun des défauts énoncés ci-dessus et il sait même faire des trucs intelligents! (oui j’ai honte, j’en ai un. Je voulais un singe mais le père Noël s’est planté dans ma commande) Remarquez, c’est peut-être l’exception qui confirme la règle.

  19. Etonnant que vous parliez de patator juste après que ce formidable lance-projectile ait été mis en avant dans un épisode de Dr House… Doit-on y voir une simple coïncidence ?

  20. D’après observation hautement scientifique dans la rue et chez ma concierge, ce sont plutôt les mamies à permanente que les jeunes filles à grosses lunettes de soleil qui ont tendance à posséder des yorkshires, non ?

    Au reste, je vous trouve un peu injuste avec les yorkshires. TOUS les petits chiens à mémère (caniche, chihuahua, bichon, bâtards divers…) sont abominablement moches, puent de la gueule, passent leur temps à aboyer (si on peut appeler ça aboyer : wi-wi-wi-wi-wi…), mangent n’importe quoi et pavent les rues d’énormes merdes. Le défaut d’éducation dispensé par les sus-dites mamies (« oh viens mon Poupoune, qui c’est qu’il a fait un beau caca sur le trottoir, c’est mon Poupoune, donne un bisou à môman… ») n’aide sans doute pas.

  21. Quelle plume! N’avez-vous jamais pensé à écrire un livre? Vous avez une façon de raconter les choses qui donne envie de lire un roman écrit de vos mains (il a même pas besoin d’être drôle).
    Sinon, c’était très drôle, as usual…

  22. Le Yorkshire est une abomination, une punition divine pour avoir inventé la blondouillasse en Austin (maintenant en Mini).
    Tous ensemble, faisons un geste pur l’humanité, exterminons les kiki à leur môman.
    Je lance l’opération, « un coup de pelle pour la planète », si chacun pouvait donner un coup de pelle à un Yorkshire, la planète serait sauvée, pas besoin de N. Hulot (dont la chevelure rappelle celle d’un clébard à sa mèmère).

  23. Si la balle bénite de Jean Chastel a suffi à abattre la Bête (du moins, on suppose…), je ne connais pas d’artefact assez puissant pour nous débarrasser du monstre mordilleur de chaussures…
    Je rêve d’une battue générale pour éradiquer ce fléau !

    Bravo mon cher Odieux pour cet article, c’est toujours un plaisir de vous lire.

  24. Durant un moment, je crus que vous entreprîtes de chroniquer Le Chaperon Rouge…
    L’horizon d’attente du lecteur, sans doute. Le voir passer entre vos griffes serait un ravissement.
    Ceci dit, cet article n’en est pas moins savoureux… Et tellement vrai! On sent que vous avez enduré beaucoup pour être à même de soumettre à notre jugement ces informations d’une rigoureuse exactitude…
    Mais l’Odieux est invincible.
    Merci à vous !
    (PS: pardonnez le style exécrable de ce commentaire, je sors de concours)

  25. Il se trouve j’ai eu l’occasion rare de comparer de comparer le génome du loup à celui d’un certain nombre de races canines, incluant le yorkshire (au cours d’un sombre projet de recherche visant à créer une race de chien super-atomique qui conquierait le monde).

    Le york s’est trouvé être le plus proche du loup, apportant de l’eau au moulin de votre théorie (et ôtant par là-même tout crédit à ma propre étude…)

  26. purée t’es dur, exploser de rire devant un écran alors qu’on termine les chocolats de pâques, c’est pas joli au final… Sans compter le chef qui te jète un regard lourd de reproches… mais ça vaut le coup!!

  27. moi je dis que le suceur de sang à la droite de kamel ouali, avec les grandes plumes noires, il a l’air un peu homo…..

    en tout cas très belle photo d’équipe…rien que ça…ça donne envie ^^

  28. Une fois pour toutes :
    La conduite à gauche est le signe évident d’un esprit pratique au possible. En effet, vous chevauchez sur votre fidèle destrier, quand vous apercevez sur votre chemin un ennemi. N’étant pas le genre de lâche à vous défiler devant le combat, vous dégainez. En partant du principe que vous n’êtes pas le genre de déviant à vous servir de votre main sinistre pour les tâches les plus importantes, si vous êtes sur le côté droite de la route, vous ne ferez q’un coupe gratuite au tuilas sur le bas-côté.
    Par contre, si vous êtes sur le côté gauche de la route, vous aurez tout loisir de pourfendre votre ennemi.
    Bon, ça, c’est fait.
    Merci pour vos billets et bonne continuation.

    • Certes.

      Ce qui implique que les anglais sont d’odieux barbares qui ne cherchent qu’à se taper sur la gueule dans le but d’écraser tous ceux, sans doute, qui ne partage pas leur passion dévorante pour les tablöïdes et les mariages princiers, voir entre eux parce que même des êtres si profondéments dégénérés ne peuvent se supporter.

      Nous, on conduit du coté pacifiste de la route depuis la pax romana. on n’est pas des barbares avec des dents jusqu’au menton, NOUS!

      • ben en fait apparemment ça date plutôt de Napoléon Ier la conduite à droite … reste que les anglais sont tout de mêmes d’odieux barbares avec leur système même pas métrique et leur Fahrenheit (sans même parler de leur « cuisine ») … boutons!

  29. J’ai trop ri!!!! Je voulais juste te dire ça, j’ai cru que j’allais mourir de rire!!! Merci pour ce morceau d’anthologie!

    A part ça, pour la conduite à gauche, en fait, c’est parce que la plupart des messieurs portaient leurs épées à gauche étant droitiers, et du coup, les épées s’entrechoquaient s’ils se croisaient en étant à droite… alors que, s’ils se croisaient en galopant à gauche, ben pas de boum-boum d’épées.. Ce qui contredit totalement la théorie précédente, et toc (et d’estoc!)

  30. Dès que j ai un petit coup de blues je viens lire cet article et ça me requinque pour un moment. Faut que je trouve un truc contre les crampes aux zygomatiques cela dit…

  31. au bruit caractéristique du jappement plaintif lors du tir en fond => en font.
    Sinon, le chien se liquéfierait (ce que ne serait pas désagréable, notez).
    Excellent article, Monsieur OC. Nourrissez-vous la même rancoeur vis à vis des pékinois et de tous les autres chiens dont la taille est trop faible pour nous permettre de les classer avec certitude dans la famille des vertébrés ?

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