Enjeux de société

« Vite, Diego ! Mes jumelles ! »

Mon fidèle serviteur me passe l’instrument, et je colle mes yeux aux lentilles avec enthousiasme pendant que mon sbire s’accroupit à nouveau près de nos affaires dans le buisson qui nous sert de cachette. Je sens cependant ses yeux sur ma nuque, et ce trop-plein d’attention m’oblige à me tourner vers mon second pour lever un sourcil interrogateur.

« C’est que, patron, je ne comprends pas trop ce que l’on fait là.
– Allons Diego, l’automne est là. Les gens commencent à faire leurs soirées en intérieur, ce qui leur permet de ressortir tous leurs jeux avec plein de cartes et de pions qui s’envoleraient dehors : c’est la saison des amours pour le joueur de jeux de société qui a passé l’été à maudire ces barbecues où l’on buvait joyeusement sous les étoiles au lieu de se faire une petite partie de Troyes.
– Alors oui, mais pourquoi observer de loin ces gens depuis un buisson devant chez eux au lieu de rentrer les voir ?
– Et qu’ils me proposent de jouer ? Allons malheureux. Mieux vaut garder ses distances.
– Je vois, mais est-ce que pour les observer de loin, vous êtes obligés de vous habiller en tenue coloniale ?
– Non, mais je trouve que ça a un certain cachet. En plus, le chapeau est joli et le blanc va très bien avec ma cravate. Maintenant, silence, et observe ! C’est une soirée de joueurs de jeux de société. Nous pouvons y trouver toutes les caricatures qui peuplent ce milieu, aussi, parlons-en. »

Car si j’ai été absent ces derniers jours, allant par monts et par vaux à la rencontre du peuple venu m’acclamer telle la roture de Reims un jour de sacre, je n’en ai pas moins eu l’occasion de me retrouver nez-à-nez avec des joueurs de jeux de société. Qui comme il se doit, sitôt qu’il m’aperçurent, me fixèrent de leurs yeux de Profonds avant de pousser des cris, des râles, de cracher, et bien évidemment, de m’inviter à participer à leurs sombres rituels. Je vous passe les moyens employés pour leur échapper, qui impliquèrent des barricades, une porte épaisse, un fusil à pompe ainsi qu’un trébuchet (on n’est jamais trop sûr), mais voilà qui m’a donné l’occasion d’observer ces gens que nous croisons obligatoirement un jour ou l’autre autour d’une table de jeu de société. Et qui nous apprennent, jour après jour, à haïr ceux-ci.

Car si ma haine de certains jeux est proverbiale, celle de certains joueurs est légendaire.

Il est donc grand temps de passer en revue quelques-uns de ces personnages magiques.

Le chronophage

« Vis chaque minute de ta vie comme si c’était la dernière ! » dit le célèbre proverbe disponible en différentes variantes chez tous les tatoueurs, voire en bio Instagram chez les gens dont la vie est la moins palpitante. Si l’on appliquait ce proverbe au chronophage, alors les dernières minutes de votre vie seraient particulièrement chiantes puisqu’elles consisteraient à regarder un mec qui contemple le plateau, puis ses cartes avant de soupirer en fronçant les sourcils, et ce, en boucle jusqu’à ce que quelqu’un grogne « Mais joue, bordel ! » (dans le meilleur des cas ; au bout d’un moment, certains commencent à évoquer la carrière chaotique de la maman du chronophage). Qu’importe le plateau de jeu, le chronophage est long à jouer et suit le même rituel invariable. Pire encore : il constitue l’une des espèces de joueurs les plus répandues autour des tables.

Particulièrement fourbe, il n’hésite pas à avancer lentement sa main vers le plateau, ou à s’apprêter à poser une carte, avant de marmonner « Mgngngngn non… » au dernier moment alors que tout le monde espérait qu’il allait enfin jouer et sentait le bonheur poindre dans son cœur. Il se nourrit donc non seulement des minutes de votre vie qu’il consomme, mais aussi de vos espoirs brisés. En cela, le chronophage s’apparente à la SNCF, ou à une formation faite par un coach en coaching.

Invariablement, le chronophage perd, afin de démontrer, s’il était encore besoin, qu’il est parfaitement inutile et que s’il met du temps à jouer, ce n’est pas qu’il a un plan, c’est juste qu’il est nul.

De manière intéressante, le chronophage est toujours le premier à dire que c’est faux, qu’il ne joue pas si lentement, et à se plaindre des autres chronophages. Si jamais abandonné par ses amis après leur avoir sucé des années de leur vie en tours de jeux sans intérêt, le chronophage se mettra aux jeux en ligne, et de préférence, soit un jeu au tour par tour, soit un jeu avec un inventaire dans lequel il passera des heures sans explication rationnelle. Si un jeu cumule les deux, on l’entend alors éclater d’un rire diabolique, voire se mettre à jouer de l’orgue en imaginant à quel point il va pouvoir pourrir autrui. Un peu comme un enseignant à qui on annonce qu’on vient de doubler son budget photocopies.

Le chronophage a cela d’intéressant qu’il est universellement haï, même par les siens. Comment peut-il donc se reproduire s’il est une créature solitaire ? Pour l’instant, cette question reste sans réponse, tant personne n’a pu observer la parade amoureuse du chronophage : c’était trop long et trop chiant pour tous ceux qui s’y sont essayés.

Vous avez un ami comme ça, alors faites une fleur à l’humanité : euthanasiez-le.

Jeannine toute contente d’avoir fini son tour, qui n’a duré que 17 minutes, son nouveau record.

Le monogame

Contrairement à ce que son nom indique, le monogame peut être un polyamoureux gender-fluid semi-libanais, mais s’il y a un domaine où son amour est unique et pur, c’est bien le jeu. Il a un jour rencontré LE jeu et depuis, ne le lâche plus, et a besoin d’y jouer autant que possible. Vous pouvez aller n’importe où, il l’emmène dans ses affaires, un peu comme ce livre que vous glissez toujours dans vos bagages mais que vous ne lisez jamais. Mais lui est bien décidé à user de sa sombre marchandise, et tente à chaque temps mort de trouver quelqu’un avec qui partager sa sinistre passion. Et s’il n’y arrive pas, il frôle la crise de manque, et en présente tous les symptômes : il tremble, frissonne, a des difficultés à communiquer et est prêt à tout pour avoir sa dose, même à regarder Alad’2 si vous lui promettez une partie en échange (c’est dire).

Tel un junkie, il vous harcèlera pour que vous l’aidiez à se faire un petit trip, même – et surtout – si son jeu favori est tout pourri, car plus le jeu est mauvais, moins il a l’occasion d’y jouer, donc plus il est en manque. Un cercle vicieux, mais pas autant que la sinistre créature qu’il est devenu. Pour rappel, dans la première version du Seigneur des Anneaux, Gollum devenait tout moche et tout relou après être tombé sur une boîte des Loups-Garous de Thiercelieux. Frodon, un temps intéressé, prenait lui-même peur en découvrant que Gollum ne jouait qu’avec les extensions, d’où son malheur.

Le monogame est passé expert dans l’art de la négociation pour tenter de forcer les gens à jouer à son jeu à chaque soirée. Sa stratégie préférée lorsque tout le monde souffle à l’idée de jouer à son jeu consiste à dire qu’il veut bien jouer à un autre, à la seule condition qu’après, on joue au sien. Oui, ça fait chier tout le monde, mais depuis quand les jeux doivent-ils être amusants ? Le monogame s’en moque. Lui est persuadé que si on joue suffisamment à son jeu, on finira par l’aimer. Un peu comme les épinards à la cantine selon la dame de service.

Dans un monde logique, le monogame serait arrêté pour harcèlement.

Dans le nôtre, il est invité à toutes les soirées. Mais par qui ?

Le fourbe

S’il y a de la beauté dans la fourberie (si vous en doutez, je vous invite à suivre les aventures de Bruno Julliard), celle du fourbe de jeu de plateau est bien différente. Telle la Niçoise riche et âgée au chirurgien peu regardant, elle est persuadée d’être magnifique, alors qu’en réalité, elle met tout le monde mal à l’aise au premier regard.

En effet, le fourbe de jeu de plateau est une créature qui pense que ses retournements de veste amusent tout le monde, alors qu’ils donnent surtout envie de le stranguler avec ladite veste avant de le traîner derrière une berline sur le périphérique parisien. Car le fourbe ne trouve du plaisir que dans la trahison, et les grands cris lorsqu’il révèle joyeusement qu’il est bien plus fouinasse que son voisin. De fait, qu’un jeu permette la trahison est une chose. Mais le fourbe, lui, ne vit que pour la faire éclater et s’en vanter : s’il ne se fait des amis, ce n’est que pour pouvoir les perdre autour d’un plateau, avant d’éclater d’un rire diabolique. Alors certes, plus personne ne lui parle, mais une fois, il a fait un super coup à Junta.

De manière intéressante, le fourbe supporte lui-même très mal la trahison, car elle met à mal ses supers stratégies et lui vole la vedette. Et ça, ma bonne dame, c’est pas tolérable. Parfois, lors des froides nuits d’hiver, il se réchauffe dans sa solitude en racontant (à ses pantoufles ou ses figurines en résine de Fairy Tail) d’une voix émue comment il a une fois gagné une partie lors d’un improbable retournement de situation dont il a le secret. Le fourbe a des histoires sans fin sur le sujet, et raconte au tout venant ses plus beaux coups, même quand le tout venant s’en contrefout. Surtout s’il s’en contrefout, d’ailleurs.

Lorsque le fourbe a fait le tour des jeux de société et qu’il a perdu ses derniers amis, on entend parfois son cri morne et triste : c’est son chant du cygne. Tel l’éléphant, il s’en va dans sa dernière demeure, là où tous les fourbes se rendent quand ils ont tout perdu : le jeu de rôles Grandeur Nature le plus proche. Là, comme le veut la tradition, il pourra trouver quatre-vingts joueurs équipés d’épées en mousse qui ont tous pour personnage un type qui appartient à trois sociétés secrètes et a quinze objectifs personnels impliquant de chier dans les bottes de ses petits camarades.

Ne me demandez pas pourquoi, mais ainsi en va-t-il du Grandeur Nature : si tout le monde n’est pas mystérieux tendance traître, les joueurs sont perdus et se laissent mourir. Parfois, dans des coins reculés de la campagne française, on retrouve leurs corps momifiés dans leurs armures payées deux SMIC, encore aux côtés de leur ceinture de potion ne contenant que de la mauvaise gnôle.

 

Le joueur de UNO

Tout comme les joueurs de League of Legend ou de FIFA sont souvent eux aussi monogames, le joueur de UNO ne joue qu’à un seul jeu, mais surtout, il y joue mal.

Ainsi, vous pouvez essayer chez vous : prenez deux joueurs de UNO qui ne se connaissent pas, mettez-les dans la même pièce, et à peine auront-ils commencé la partie qu’ils s’apercevront qu’ils ne jouent pas avec les mêmes règles : l’un explique que l’on peut balancer plusieurs cartes à la fois si certaines conditions sont remplies, l’autre conteste et est certain qu’on ne peut pas cumuler les « +4 », et surtout, personne n’ira vérifier dans les règles. À la place, on invoquera une tradition familiale ou régionale faisant force de loi d’après celui qui y a recours.

Tout comme l’histoire des « Si le prof n’est pas arrivé dans 15 minutes, on a le droit de partir » ou « Le signe recyclable, si tu le découpes et que tu le déposes dans une boîte aux lettres, ça permet de financer des fauteuils roulants« , nombre des règles du UNO appartiennent aux légendes urbaines, et puisque tout le monde joue au même jeu, mais sans les mêmes règles, on peut l’affirmer :

Le UNO est la chose la plus proche que nous connaissions du Kamoulox.

Le UNO et ses « +4 » accumulés serait aussi derrière 3% des divorces en France.

Le marionnettiste

Le marionnettiste est persuadé d’être sympa. Vraiment. Au fond de son petit cœur sommeille un vieux maître qui n’a jamais eu de disciple, et qui a pourtant une science immense qu’il aimerait partager.

En effet, le marionnettiste a passé des dizaines, des centaines d’heures à maîtriser tel ou tel jeu et à apprendre des tripotées de mécanismes plus ou moins subtils pour faire basculer la partie. Pour lui, le jeu est un art, et puisqu’il le maîtrise, qui n’en fait pas autant est un rustre qu’il va gentiment éduquer.

Ainsi, lorsque le marionnettiste est autour d’une table et que ce n’est pas à son tour de jouer (il peut être biclassé chronophage), il rentre la tête dans les épaules et épie les autres joueurs, faisant des débutants ses proies préférées, tant il pense qu’elles n’attendent que de profiter de son savoir. Aussi, si vous êtes l’une de ses cibles, à chaque fois que vous tenterez de jouer, il fera un bruit de langue pour signifier qu’il désapprouve votre geste, souffle « Il y a mieux à faire. » d’un air de sage qui connait son affaire, et continuera à faire du bruit ou à vous souffler des choses jusqu’à ce que vous annuliez ce que vous venez de faire et que vous fassiez exactement ce qu’il attend. Le joueur qui pensait ainsi, bêtement, jouer, s’aperçoit qu’il ne pourra rien en faire tant qu’il ne fera pas exactement comme le marionnettiste en a décidé.

Le marionnettiste joue en fait seul : il n’invite d’autres personnes que pour faire illusion, car il ennuiera toute la table jusqu’à ce que la partie se déroule exactement comme s’il avait déplacé les pions. D’ailleurs, il joue véritablement seul, le soir, un peu honteux et en cachette (même l’onanisme est une pratique moins honteuse), pour maîtriser toujours plus les règles et subtilités du jeu qu’il souhaite dominer.

Par un intéressant hasard, le destin étant ce qu’il est, le marionnettiste a souvent tendance à récolter de royales branlées sitôt qu’il tombe sur un joueur qui fait n’importe quoi sans l’écouter, tant cela le déconcerte. Un peu comme votre ami qui est super champion de Street Fighter mais se prend une fessée par sa sœur de huit ans qui appuie sur tous les boutons sans chercher à comprendre, ce qui le fait hurler que « C’est pas comme ça qu’on joue« . Peut-être, mais visiblement, c’est comme ça qu’on gagne.

Défait, humilié, le marionnettiste se retire ainsi après chaque défaite pour bougonner qu’il a quand même mieux compris le jeu et que tout ça, c’est de la chance du débutant, ça n’aurait pas du tout dû se passer comme ça. Il restera ainsi à grommeler jusqu’à la prochaine soirée où, apercevant une cible qui découvre le jeu, il rira sous cape, et se mettra à marmonner : « Nt nt… il y a mieux à jouer. »

Oui, et il y a aussi de meilleurs joueurs mais visiblement, on doit faire avec lui.

 

Le collectionneur

Souvent au courant de tout ce qu’il se passe sur Tric-Trac, il achète plus de jeux que son salaire ne pourrait raisonnablement lui permettre, et si la Banque de France ne l’en empêchait pas, sa maison ne serait meublée qu’avec des boîtes de jeu. Il en a des dizaines, certains encore neufs et sous emballage, marmonne parfois des choses incompréhensibles à propos de Advanced Squad Leader, et s’est promis de trouver un jour des gens avec qui y jouer. Inutile de lui proposer de la coke : pour lui, la seule drogue est l’odeur d’une boîte ouverte pour la première fois. Ce qui serait relativement innocent si le collectionneur ne se promenait où qu’il aille avec son coffre rempli d’un certain nombre de jeux qu’il attend de tester. Et pour cela, il a besoin de cobayes : vous.

Car il faut bien rentabiliser ses investissements, aussi, même s’il trouve un jeu qui plaît à ses victimes, la fois suivante, il propose d’en essayer quand même un nouveau, parce que ça fait trois ans qu’il l’a dans sa boîte, il est super bien noté et il n’a jamais essayé, tu vas voir, ça va être super.

Le résultat ? C’est que chaque soirée en présence d’un collectionneur nécessite deux heures d’explications de règles, que le collectionneur ne maîtrise pas lui-même (il vient d’ouvrir la boîte, on a dit). Ce qui amène inévitablement à la même conclusion en fin de partie : zut, flûte, crotte de bique, on avait oublié une règle, du coup ça explique pourquoi la partie ne ressemblait à rien. Il va donc falloir rejouer la prochaine fois, mais comme justement, la fois suivante, le collectionneur amène encore un nouveau jeu, le précédent restera dans sa boîte après avoir été malmené lors de sa seule et unique partie ratée.

Et entre deux sessions, le collectionneur ira s’acheter de nouvelles pièces, soutenir des jeux pas encore sortis, et discuter sur quantité de forums des obscures mécaniques de jeux de pièces de collections importées d’Allemagne, le pays où l’on aime écrire des règles complexes. Qu’en France, on violera joyeusement. Comme quoi, il y a des traditions que l’on respecte.

Aussi, lecteur, lectrice, mon pas tout à fait égal, faites une fleur à l’humanité : si vous reconnaissez des gens dans ces portraits, n’oubliez pas : jeux de société, vie en société…

Le problème, ça reste surtout la société.

47 réponses à “Enjeux de société

  1. Ma fille de 5 ans m’a mis une raclée à Street Fighter 2 la semaine dernière, mais elle sait pas jouer! Monde de merde…

    • Faut reconnaitre que dans ces genres de jeux, souvent, en faisant n’importe quoi on arrive à empêcher l’autre de gagner suffisamment longtemps pour qu’il perde (preuve que jouer à ces jeux en particulier est une pure perte de temps).

      • Bon en même temps je me mets le handicap maximum, elle se met devant moi pour m’empêcher de bien voir, et elle me frappe quand je gagne. Du coup c’est pas simple non plus…

    • Je suis cette enfant. Même les jeux de combat les plus techniques ne me résistent pas.
      J’ai une technique simple et efficace, je crie avec mes personnages, je gigote avec eux, je vis le combat avec intensité. Même l’IA n’a aucune chance.

  2. Oh merde… J’ai juste l’impression de me retrouver dans à peu près toutes les descriptions ! Hahahaha

    • Vous pouvez donc devenir le président du club de jeux de société le plus proche de vous. Vous deviendrez un avatar divin aux yeux des membres dudit club, et vous pourrez les lancer dans d’audacieuses croisades pour obtenir une salle pour organiser un week end ludique. Attention cependant : lesdits membres n’étant généralement pas de bons combattants (même s’ils prétendent le contraire, grâce à une fine gestion de la stratégie acquise à « Small World »), si la salle est défendue par un groupe d’employés municipaux, ça peut mal finir (même avec un rapport de 20 contre 1)

  3. Magnifique. Notre groupe de joueurs s’est amusé à se reconnaître dans les archétypes (avec pas mal de bi-classage).

    Quelques catégories à explorer:

    Il manque des archétypes.
    – Le mauvais perdant
    – Le mauvais gagnant
    – L’iconoclaste (qui fait n’importe quoi parce que ça le saoule les règles trop longues ou complexes)
    – L’anti joueur (dont le seul but est de pourrir les autres en s’en foutant complètement de bien jouer ou pas)
    – Le Narcoleptique, qui passe 1h à refuser tous les jeux qu’on lui propose, pour finalement en accepter un et décréter juste après le premier tour qu’il ne fera pas long feu parce qu’il est déjà tard.
    – L’inceptionniste (qui a un objectif à lui *dans* le jeu. Il peut perdre la partie, mais du moment qu’il a construit la route la plus longue, ou qu’il a récolté TOUS les jetons verts, il est content)
    – la mère de famille (qui passe son temps en cuisine à aller faire le café, chercher des snacks et ramener des bonbons, et qui revient à son tour en disant « c’est à qui de jouer? Il s’est passé quoi? »

    • L’antijoueur, l’inceptionniste et la mère de famille sont les pires de tous… Quand on est triclassé fourbe-chronophage-marionettiste comme moi !

      • Hahaha, je me reconnais là dedans !

        Sinon bien vu Mido, je rencontre bien plus souvent ce type de joueurs et je les trouve bien pires que ceux de l’article ^^.

    • Une proposition de profils tout à fait savoureuse, M. Mido, je ne suis vraiment pas un joueur de jeu de plateau régulier, mais je reconnais toutefois ces minis connards qui se greffent à la table de jeu ! Minis, parce que l’Odieux en reste le chef incontesté… et si bien renseigné…

    • D’un esprit traumatisé par le vol de son goûter par la petite fille de maternelle petite section qui jouait tout le temps aux billes et à l’élastique sans lui.

  4. Et le mauvais perdant ? J’en connais.
    Ils développent un art de la mauvaise foi, affirmant au monde entier qu’on l’empêche de jouer correctement parce qu’on ne veut pas qu’il gagne. Un complot. Ce qui amène le gentil (autre profil, celui qui se sacrifie pour empêcher qu’une partie ne se termine en 3e guerre mondiale) à le laisser gagner et ils jubilent. Alors ils veulent faire une autre partie en utilisant les mêmes stratagèmes.
    S’ils perdent, on est sûr que les 15 prochaines années on aura droit à des regards noirs et des allusions directes à ce fameux jour de novembre 1997 où on a osé lui poser un autre +4 au Uno.
    Le Gentil, il accepté de perdre pour assurer la paix dans le monde, où alors il est nul mais il n’ose pas se l’avouer.

  5. Je trouve que, par certains aspects, ces archétypes pourraient s’appliquer aussi aux rôlistes.
    C’est aussi un jeu de société^^ sur table.

    • C’est complètement vrai. Il y a cependant, dans le jeu de rôles, un meneur qui peut déployer des contres efficaces. Par ex, contre le chronophage, il suffit de sortir la règle du « tu as 5 secondes pour réagir ». D’une part, ça force les joueurs à être attentifs (officiellement, à être « immergés dans l’action »), et d’autre part, les chronophages se bougent + vite quand ils en sont à la 5e balle qu’ils se prennent sans avoir fait autre chose que baver un peu. Contre le marionnettiste, y’a la règle du « tu n’es pas là, laisse bidule dire ce qu’il fait ! »

      • Je confirme. C’est pour cela que je préfère les jeux de rôles aux jeux de sociétés en règle générale.

  6. Du coup je réalise qu’il y a encore des gens qui jouent à des jeux de société en 2018 et qui ont des interactions avec d’autres êtres humains. Ils n’ont pas Candy Crush sur leurs portables ou quoi???

  7. Le maître serait en train de préparer un jeu de société qu’il va nous fourguer bientôt dans ces pages? (j’ai déjà craqué pour ses deux derniers ouvrages présentés, il va finir par me coûter cher)

  8. Merci, M. OC, très pertinent!
    Je me suis reconnu dans chacun des profils… Et en vous lisant, il me semblait que c’était votre cas aussi; une telle précision dénote de l’expérience vécue de l’intérieur, pas seulement observée ;)
    Tant il est vrai que le plus important quand il s’agit de jeux de société, vous en conviendrez, est précisément de se remettre en question afin d’éviter que les autres joueurs ne remarquent les symptômes de l’une ou l’autre de ces déviances avant soi-même…

  9. Non mais oh, il est où le rôliste ?! Et le joueur de Magic ?! Je suis choqué•e et déçu•e…

  10. On a aussi le marionnettiste vicieux qui se nourrit de remords et de frustration : il attends qu’un joueur aie fini son tour et n’aie plus le moyen de revenir en arrière lui expliquer en détail (tel un hercule poireau révélant le coupable à l’assemblée de suspects) à quel point tes choix n’était pas assez « optimisés ». Il ne souffle pas ni ne murmure mais un sourire en coin ou des signes d’excitation le trahissent parfois lorsqu’il pense savoir comment jouer mieux que vous à votre place.

  11. Je garde en mémoire un diner à New York avec l’inventeur d’Uno en 1978 ou 1979 pendant le Toy Show. J’ai laissé tous mes échantillons pour Jeux Descartes dans la voiture de Mr Uno … Après le diner nous avons découvert sa voiture avec le vitre brisé et mes echantillons disparus. Jeux Descartes a importé Uno au tout début.

  12. Merci ;)
    J’ai reconnu pas mal de parties avec ces descriptions.
    Il en manque comme dit précédemment. La faune et la flore (le chronophage est un arbre, non ?) qui peuplent ces soirées est plus diverse. Juste pour ma part, le « super chieur » est à développer, celui qui joue pour gagner et qui au moment de voir que cette partie ne sera pas la sienne, pourri celle des autres…
    J’adore le faire, j’ai perdu ? Ok, mais toi tu ne vas pas gagner !
    C’est marrant, on fini avec moins d’amis et plus de temps pour vous lire.

  13. Il existe des solutions contre le chronophage, par exemple le jeu Xcom (tu as 30 secondes pour jouer, sinon on perd tous).
    Perso, je serai plutôt monogame en version cyclique (càd que je ne joue qu’à un jeu, mais ça change tous les 2-3 ans quand même …).

    • « […] Perso, je serai plutôt monogame en version cyclique (càd que je ne joue qu’à un jeu, mais ça change tous les 2-3 ans quand même …). »

      Pareil, sinon cela fait trop de règles et de subtilités à apprendre pour ma petite tête…

  14. Mon cher Odieux.

    Je vous écris après avoir lu votre dernier billet, car celui-ci m’a laissé dans une certaine confusion. En effet, vous dites, et je vous cite, ceci : « […] joueurs de jeux de société. Qui comme il se doit, sitôt qu’il m’aperçurent, me fixèrent de leurs yeux de Profonds avant de pousser des cris, des râles, de cracher […]. »

    Vous me voyez confus, et curieux quant à vos destinations de vacances, car ce ne me semble pas correspondre à des *Joueurs* en eux-même. Les symptômes que vous décrivez là me semblent être ceux du Solitarus Tedium (Retarded Latin, ©&® Games Workshop™ 1975-2018), et de toutes mes études, il s’agiraient alors des malheureuses victimes de ces vils gourous en pyjama – ils ont été très probablement piégés par – Oh bon sang.

    Je les entends à ma porte, vous aviez raison : l’épidémie s’étend.
    Je vais tâcher de les retenir à l’aide d’un Zombicide Première Edition, souhaitez-moi bonne chance.

    Bien Cordialement
    L’un de vos alliés dans cette lutte de chaque instant.

  15. Wai, faut dire que, quand même, les autres joueurs sont nettement moins bons que moi. J’ai été obligé de ressortir de 1000 bornes, c’est dire.

  16. En tant que GNiste qui ne pimente sa vie routinière de mère de famille qu’en devenant de temps en temps cultiste de Korn dissimulée au sein d’un régiment la garde impériale, je plussoie le passage sur le GN !!

  17. Voici un petit jeu de société ma foi fort amusant: rassemblez tous les joueurs cités dans cet excellent article et enfermez les dans une pièce afin qu’ils puissent pratiquer une variante des nobles combats à mort du Colisée.
    Note: munissez-vous d’un seau d’eau et d’une serpillière afin de nettoyer les grumeaux et le tour est joué !

  18. N’oublions pas « le pressé ».
    Celui qui aime bien jouer, mais qui n’a quand même pas envie de passer du temps à apprendre les règles, faut pas non plus déconner.
    Lors d’une explication de 15-20 minutes, il pourra facilement vous interrompre 4 ou 5 fois pour vous faire comprendre qu’il sait enfin jouer et qu’on peut commencer, maintenant, on verra le reste des règles en jouant, non ? Non.

    – Bon et maintenant c’est plutôt clair, on peut y aller non ?
    – J’ai pas fini, j’en suis qu’à la moitié.

    – OK bah merci pour les explications, on peut commencer à jouer.
    – Non, toujours pas, il reste encore quelques points de règle importants à expliquer. Et puis je crois qu’il y a d’autres joueurs autour de la table.

  19. Je tiens à signaler que tous les gens qui acceptent de jouer à Junta sont soit des fourbes, soit des âmes innocentes qui s’apprêtent à devenir fourbes.

  20. Cher M. Connard,

    Vous m’avez eu à la mention de Junta…

    Il y a donc d’autres gens qui connaisent ?! On y perd des amis, déjà à l’époque des mes études j’avais cessé d’y jouer avec certains.

    Fidèlement vôtre (mais pas trop).

  21. Merci pour cette psychologie de comptoir ludique :) . Je ne résiste pas non plus à proposer quelques profils :) :

    – le « psychorigide » ou « ayatollah » qui ne supporte pas le moindre flou dans les règles,
    – le « semi présent »‘ ou « geek » qui passe la moitié du temps à textoter, à redemander un point de règle déjà expliqué 3 fois, à revenir 1 tour en arrière « parcqu’il n’avait pas compris » :-)

  22. Il existe, pour les marionnettistes, un monde savoureux de jeux coopératifs où ils peuvent diriger tout le monde toute la partie parce que si on perd c’est qu’on ne les aura pas écoutés.
    Autrement, j’aime jouer, mais promis je ne fais ch*** personne :)

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