Art comptant pour rien

« Odieux…« 

Elle fait langoureusement trainer la dernière syllabe de mon prénom. Ses grands yeux pétillent sous sa chevelure en bataille, et elle passe délicatement son doigt sur ses lèvres glossées, alors qu’elle tortille les draps défaits d’une manière assurée de sa main libre.

« Oui Zahia ?« 

Elle mordille sa lèvre inférieure et écarte une mèche venue se poser sur l’une de ses pommettes. Doucement, elle penche la tête sur le côté droit, attendant simplement que le bruit de la sirène passant dans la rue en contrebas s’estompe.

« Tu sais je… J’aime beaucoup ta manière de me tirer vers le haut
– Ça demande pas mal d’entrainement, c’est vrai, mais j’en suis aussi assez fier. Ce ne sont pas tes copains de l’équipe de France qui t’apprendront ce genre de choses, c’est certain ; les gestes techniques, ce n’est pas vraiment leur truc.
– Non, je voulais dire, socialement.
– Ah. »
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Je lève mes yeux quelques instants de l’excellent article sur le dernier rapport de la cour des comptes pour mimer un semblant d’attention à son égard, puis me replonge dans ma lecture.

« C’est bien. »

La jeune fille parait déçue de ma réponse ; elle se laisse choir sur le flanc avant de rouler sur le dos et  me fixe de son visage désormais à l’envers du mien.

« Tu ne voudrais pas m’emmener avec toi encore une fois ? Tu sais, dans un de ces endroits où…
– Raaah… Passe moi ma veste, veux-tu ? Et va enfiler quelque chose, tu me fais froid. »

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La meilleure raison d'aller à un vernissage

La formulation est maladroite, mais le résultat est là : elle va quérir mon vêtement qu’elle m’avait oté quelques heures plus tôt avant de le jeter sur une chaise qui se serait bien passée de ce poids mal équilibré. Me le tendant, elle s’assoit à côté de moi sur le lit et me regarde fouiller les poches intérieures. J’en sors deux cartons où il est inscrit en lettres d’or « L’Art de Demain« .

« Tiens, une galerie d’art, ça te tente ? Il y a un vernissage d’Art Contemporain.
– Je ne sais pas… C’est quoi ? Et puis pourquoi tu parles avec des majuscules pour art et contemporain ?
– Tu vas vite comprendre. Tu sais jouer à Taboo ? Tu sais, le jeu avec les mots interdits et le pouic-pouic.
– Oh oui, hihihi, moi aussi j’appelle ça le pouic-pouic. J’aime bien.
– Alors habille toi correctement, on y va. »
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Une demi-heure plus tard, nous passions la porte de l’étroite galerie parisienne, bien que je constatais une fois encore que Zahia et moi avions un profond désaccord sur la notion de « correctement ».

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Ah, les vernissages ! Quel bon peuple s’y rassemble ; ici voici François. François fait partie des officiels, un groupe fort peu nombreux mais venu se montrer et profiter de l’occasion pour prononcer quelques discours sur leur attachement à l’art ; en présence de mécènes, mieux vaut être bien vu. Et puis, si ça peut ramener les voix de quelques bobos et permettre de justifier les subventions accordées à l’artiste exposé ce soir, alors c’est parfait. Là-bas, c’est Eric. Tu le connais Eric ma petite Zahia, c’est un client à toi. Eric est justement un mécène, il a pas mal d’argent et il n’hésite pas à donner quelques deniers pour se faire un peu de com’ en finançant ce genre d’expositions. Sans compter qu’il peut en déduire une partie de ses impôts : rien n’est gratuit.

« Si, moi je le suis pour toi, et toi seul » me susurre Zahia en s’agrippant à mon coude.

Tiens, regarde plutôt par ici ; là, c’est Adeline. Oui, elle a un beau manteau de fourrure, je sais, mais regarde : elle fourre discrètement des petits fours dans ses poches. C’est une pique-assiette, il y en a souvent aux vernissages ; on les reconnait facilement : ils sont parmi les mieux habillés, sont présents à tous les arrivages d’œuvres et se positionnent toujours près du buffet, attendant fébrilement la dernière syllabe du dernier discours pour se saisir d’une bonne coupe de champagne. Et là-bas, le monsieur en pleine discussion avec ce petit groupe de personnes qui s’esclaffent bruyamment à chacun de ses mauvais bons mots, c’est Staifaño, l’artiste. Viens, allons regarder ses œuvres.

Nous nous plaçons devant une pièce intitulée « Révolution« , une simple boîte de conserve nue dans laquelle est plantée une fourchette. A côté de nous, un couple de Bobo Sapiens est en pleine parade amoureuse, rituel dans lequel le passage par un lieu culturel est obligatoire afin de s’assurer du goût et de l’étendue des connaissances du conjoint. Ils dissertent donc avec vigueur : qu’a voulu représenter l’artiste ? L’industrie moderne se mordant la queue ? L’outil du consommateur s’en prenant au conteneur de la consommation ? La transformation d’un même métal en deux outils s’unissant dans une même œuvre ?

« Mais, c’est tout pourr… » je dépose promptement dans la bouche de Zahia un petit four saisi à la volée sur un plateau passant à ma portée.

« Ne dis rien. C’est une partie de Taboo t’ai-je dis ; la plus grande de toute la création, celle de l’Art Contemporain.« 

Permettez-moi, chers lecteurs, d’éclairer votre lanterne ainsi que celle de Zahia : ce qu’il y a de fabuleux dans l’Art Contemporain, c’est que certes comme en tous domaines, il y a du bon & du mauvais. Mais la magie de la chose réside dans le fait qu’en dehors des critères subjectifs d’appréciations de l’art, il y a de sacrées merdes objectives, qui n’existent que grâce à une seule règle : le Super Taboo.

Taboo, édition avec pouic-pouic et plateau design

Le Super Taboo, c’est ce principe des mots interdits en la matière : ni merde, ni daube, ni foutage de gueule… bref, aucune allusion à une quelconque déception face à une œuvre. Car la perversion de cet art est de faire passer le déçu pour un béotien. Car celui qui trouve une pièce d’art avant-gardiste merdique est forcément un conservateur et un ignorant qui ne comprend rien à l’art ! Aussi, chacun a pris pour habitude de faire semblant de trouver des choses à l’œuvre pour se donner quelque consistance et éviter de passer pour un profane. Et comme tout le monde le fait, chacun a l’impression d’être le seul à trouver une toile ou une sculpture absolument pourrie. Alors pour éviter l’humiliation, on fait semblant de trouver cela fascinant de manière encore plus poussée. Ainsi se lance le cercle vicieux : plus les autres font semblant d’y piger quelque chose, plus l’on fait semblant soi-même, ce qui encourage les autres, etc.

Et quiconque brise la règle du jeu et s’exclame qu’il a devant lui ce qui ressemble diablement à un étron gras et fumant aura perdu. Il sera donc conspué.

Tu as compris Zahia ? Tous ces gens font semblant de peur de passer pour des truffons. Parce qu’objectivement, c’est nul par exemple ce que fait Staifaño. Viens, je vais te montrer comment on le prouve. Regarde, fais comme moi : plisse les yeux en regardant ce… ce truc, là. Les cinq playmobils peints en vert sur un socle. La vache, ça pique les yeux tellement c’est nul. Bon, essaie de ne pas pleurer et fais les mêmes bruits que moi Zahia « Hmmm… ho… fabuleux… » oui, c’est pas mal, mais fais le un peu moins langoureux, on est plus à l’hôtel là. Tu vas voir, ça va attirer le…

« Je vois que vous regardez Global, l’une des pièces maîtresses de mon exposition. Figurez-vous qu’elle représente mon esprit face à l’actuelle mondialisation, la torture du créateur qui…« 

Staifaño s’est approché de nous et commence à nous expliquer son œuvre. Or, ma chère Zahia, pendant que notre hôte nous récite son discours force de vente digne d’un vendeur Nespresso, constate : il passe plus de temps à justifier sa création que nous n’en passons à la contempler. Quand tu passes plus de temps à justifier ton travail qu’à ce que les gens puissent en profiter, c’est clairement que tu te fous du monde. En art comme en toutes choses. Maintenant, tu vas voir, il va arriver au couplet habituel.

« … évidemment, bien que cette oeuvre soit disponible à l’acquisition si jamais vous veniez à vouloir conserver avec vous sa force artistique, vous le pourriez, mais il faut bien comprendre que je suis un artiste véritable, qui ne crée par pour l’argent mais bien pour l’Art avec un grand A qui…« 

Tu comprends Zahia, le monsieur nous explique qu’il ne fait pas les choses pour l’argent. Un concept qui t’es assez étranger, mais soit, il te faudra l’assimiler un de ces quatre. Il est comme tous ces comédiens qui t’expliquent que tu vois, ils ont décidé de jouer dans L’attaque du serpent-méduse mangeur de roudoudous parce qu’ils sont tombés amoureux du personnage ou du script dès la première lecture. Que l’argent, ça ne les intéresse pas ; d’ailleurs, ils ne s’en servent pas, ils n’ont même pas besoin de manger et sont même trop purs pour faire caca. Aussi, Staifaño va quand même me dire que bon, je pourrais lui filer 7 000€ pour son « œuvre » de manière très symbolique. C’est une vieille ruse de sioux : plus c’est cher, mieux c’est : après tout, si quelque chose est cher, c’est qu’il a de la valeur, pas vrai ? Alors 5 playmobils peints en vert à 7 000€, c’est forcément que ça a une sacrée valeur artistique. Sauf que non. Sans compter que quand bien même je l’aurais chez moi, je me retrouverais juste à jouer à Super Taboo à la maison « Oui, j’invite mes copains et je leur montre mon œuvre qui ne me convainc même pas moi-même, mais qui me permet de me faire passer pour un type assez cultivé pour connaître la signification cachée de ce truc et assez riche pour payer 5 playmobils à 1 400€ pièce.« . Et le premier qui dit que c’est nul passera pour le barbare arriéré de service. Oh, attends une seconde, je crois que Staifaño a fini son petit discours. T’ai-je dit que son vrai nom était Stéphane Petitbedon ? Bon, il me regarde bizarrement, il doit vouloir quelque chose.

« Vous la prenez alors ?
– Votre … heu… « Global », là ? 7 000€ c’est ça ?
– Oui, c’est ça. Je ne prends pas les chèques par contre.
– Ca tombe bien : puisque vous ne créez pas pour de l’argent, je vous propose de ne pas vous filer de fric pour ne pas vous insulter. Ca vous va ? Et j’embarque les 5 playmobils. Il me faudra juste le manuel justificatif avec parce que sinon je crois que même moi je vais manquer de pipeau pour expliquer pareil truc devant mes invités. »

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Pauvres personnages de plastique malmenés par la folie des hommes

Quelques minutes plus tard, Zahia et moi étions poliment raccompagnés à la porte de la galerie pour avoir perdu la partie en ne faisant pas assez bien semblant de s’extasier sur du rien vendu avec force arguments pseudo-artistiques. Nous décidâmes donc d’un commun accord de rentrer à l’hôtel.

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« Et donc ma chère, c’est ainsi qu’un mec supposément artiste a profité de la loi de 1951 sur le 1% culturel des bâtiments publics pour vendre à une médiathèque un canoë kayak suspendu à un malheureux mécanisme qui tourne sur lui-même aux heures d’ouverture et de fermeture. Et ce pour le prix d’un prolétaire payé au SMIC 8 heures par jour à rester dans un canoë simple à pagayer une fois le matin et une fois le soir durant 5 ans, charges comprises.
– Comme c’est fascinant ! Tu en sais des choses mon Odieux ! »

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Elle glousse ; j’en profite pour écraser la fin de mon cigare sur la table de nuit de la suite.

« D’ailleurs, le mec qui a vendu le canoë a fait encore plus fort : pour justifier son travail, il y a carrément un DVD où il explique pourquoi un canoë. C’est absolument fabuleux. On vit une époque formidable, quand même, tu ne trouves pas ? »
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Elle ne glousse plus et se contente de me regarder fixement. Je dirais presque amoureusement si…

« Tu sais, j’aime le monde dans lequel tu vis. J’ai envie qu’il y ai plus que du sexe entre nous, je veux m’installer avec t…« 

Elle s’interrompt brusquement lorsque la bombe fumigène lui explose au visage ; quelques dizaines de secondes plus tard, lorsque la fumée commence à se dissiper, elle constate entre deux toussotements qu’elle est parfaitement seule dans la luxueuse suite de l’hôtel ; il n’y a plus aucune trace de son visiteur, qui a disparu corps et biens. La suite de l’histoire n’est pas bien claire ; certains disent que c’est lorsque le système anti-incendie alerté par la fumée s’est mis à cracher toute l’eau qu’il pouvait sur elle qu’elle s’est mise à pleurer. D’autres, lorsqu’elle s’est aperçu qu’en sus de mes affaires, j’étais aussi parti avec le fric de ses dernières passes ainsi qu’un lot de photos d’elle et de son ami Franck.

Demain, la presse serait bien nourrie.

Adieu, Zahia.

PS : ce billet est un fabuleux prétexte pour mettre à jour mes liens avec quelques personnes qui savent tenir crayon & pinceau. Oh, et si des lecteurs reconnaissaient l’une des œuvres évoquées (et non illustrée) ci-dessus, ils auraient toute ma considération pour les 6 minutes suivant la lecture de leur commentaire dénonciateur.

60 réponses à “Art comptant pour rien

  1. « la plus grande toute la création »
    Il manque un « de » je crois
    En premier lieu, j’ai trouvé que le « bon mot » « bobo sapiens » était excellent… et finalement je me demande si on a le droit d’utiliser « sapiens » (i.e. « qui pense », non?) pour le bobo !
    (Mal?)heureusement, je ne connais aucune des oeuvres décrites… je suppose que ce n’est pas trop grave

    • Merci pour cette pertinente remarque, la correction est faite.

      Rassurez-vous : je n’ai pas choisi sujet facile à retrouver en matière d’art.

  2. On partage le même avis sur ce sujet cher Odieux ^^

    Pourtant, je dessine mais je n’ai jamais réussi à comprendre un tant soit peu ces « oeuvres »…peut-être n’ai je pas assez de petits billets verts sur mon compte pour ce faire?

  3. « Car la perversion de cet art est de faire passer le déçu pour un béotien »

    Amen, et je peux vous assurer, Odieux Camarade, que cela arrive aussi dans le théâtre, milieu dans lequel je vis depuis 4 ans à Avignon (c’est surtout à l’époque du Festival que ça devient amusant). Fort heureusement il y a également de très bonnes surprises, de véritables artistes qui en vaillent la peine. J’ose espérer qu’il en est de même dans l’art moderne, sinon ce serait bien triste pour Madame Culture.

    Merci pour ce billet cher O.C. et bises à Zahia

    • Oui, nous aurions aussi pu parler du théâtre et des artistes contemporains de tous domaines, vous avez bien raison.

      Mais il y a aussi de très bonnes choses, oui. Heureusement, tout n’est pas à passer par le feu.

  4. Cher Odieux
    Vous avez tort, 7000€ pour 5 playmobils peints à la gouache c’est réellement oeuvre artistique qui dénonce la société capitaliste blablabla.
    L’art contemporain est à l’art ce que Steevy est au journalisme ou ce qu’Eric Zemour est lui aussi au journalisme, une bonne vieille arnaque. Mais ça fait cracher les bobos au bassinet et ça fait parler les crétins.

    • Dis donc, odieux connard c’est dans le titre du site. Je vois pas l’intérêt s’il fait d’autres tour de passe passe que ceux de Fantomas (pas celui du film). Tu voulais quoi avait un nom pareil?

      J’en profite pour dire que moi aussi je vous aime et que j’ai fait ma demande avant l’autre collégien. Mais que, moi, vous n’êtes même pas obligé de m’épouser ! (là je parle à Connard là pas à toi ADN)

      Sinon oui l’art content pour rien c’est ballot. On trouve aussi tout ce que tu dis dans la poésie, la littérature et la danse… Au départ le geste légitime d’ouvrir des possibilités façon oulipo / Céline / Char / etc., cède la place à la pédanterie. C’est pas grave qu’un truc ne marche pas mais certains manquent de l’humour nécessaire pour dire qu’ils se sont plantés sur une œuvre ou un chemin, c’est sur que pour l’égo et le porte feuille en prennent un coup en cas d’échec mais ils gagneraient à essayer des nouveautés de façon plus amusée. Ils trouveraient peut-être plus de choses qu’en prenant les gens pour des gogos.

      Je ne reconnais pas les œuvres dont tu parles mais j’ai vu « Tapièes, oeuvres récentes » à Barcelone et je peux te dire que papy se repose sur ses lauriers. On étais trois à sortir en se disant que c’était bien de la merde et pas mal du foutage de gueule. oui Tapiès, oui. Dans une galerie à proximité il y avait un Georges Rousse, une valeur sure qui ne se faisait pas mentir et ne nous prenait toujours pas après des décennies de travail pour des cons. Comme quoi on peut être avant-gardiste et faire un vrai travail…

      Sinon bravo, je suis ravi que vous sortiez un peu des critiques de films qui faisaient trop « blog des films de merde » bis à la longue. Vous avez un mordant qu’il est savoureux de voir appliqué à d’autres sujets et je dirai même que votre verve s’en trouve renforcée.

      • C’est marrant, je me faisais la même réflexion concernant les films, pas plus tard qu’hier.

        Chapeau pour l’article en tout cas.

  5. Cher odieux!
    encore un magnifique billet sur l’Art Contemporain, dénonciateur des vices de notre société!

    J’ai comme d’habitude, un message de la part de Francis Mercuribis, directeur d’un hôtel de luxe: « Cher Odieux Connard, cessez de disparaitre au milieu de fumées, cela déclanche les alertes incendits et détruits les décorations des somptueuses suites de mon hôtel. A cause de vous je vais devoir remplacer toutes les oeuvres d’art des suites! Je vais devoir payer 10000€, 8 légos peints en jaune, symbolisant l’émergence de la Chine, et payer 7000€, 4 boites de conserve empilées pour former une lampe design dernier cri. Vous ne faites qu’encourager ce que vous dénoncer! »

    Bonne journée!

  6. Cher Odieux

    J’ai moi aussi le regret de constater pareil dégradation de biens publics dans notre bonne (…) ville de Lyon. En effet, depuis quelques semaines, un odieux (pas dans le sens de votre pseudonyme) personnage non bassine le mou avec des affiches placardées aux arrêts de tramways et un peu partout ailleurs. Cet homme, qui se fait appeler Ben (ça doit faire plus cool), non content d’avoir bombardé la France entière de ses « oeuvres » nauséabondes dans les agendas notamment récidive avec une expo appelée « Strip-tease intégral de Ben » et en nous balançant que tout ceci, c’est de l’art contemporain. Après avoir lu votre critique, cher Odieux, j’ai immédiatement pensé à lui. Je me suis en effet demandé « mais merde, en quoi c’est de l’art d’écrire des phrases banales de tous les jours en blanc sur des toiles noires », du genre « Pas d’art sans ego, pas d’ego sans art », et j’en passe… enfin bref, c’est avec la nausée la plus envahissante de toute ma vie que j’ai pu constater le sentiment d’extase s’emparer de mes concitoyens et de la presse locale… Bonne continuation!

  7. Aah, l’art Con Tant Pour Rien… La preuve que les chambres à gaz devraient être autorisé…
    Sérieusement, je suis assez intelligent pour éviter de visiter des musées rempli de ces détritus. Malheureusement, il arrive que des œuvres pareils se retrouvent sans aucune raison dans les bons musées.
    Je me rappelle d’avoir visiter le château de Versailles l’année dernière. Les fresques, les peintures, les plafonds, même les pendules étaient de toute beauté.
    Mais au détour d’un couloir: AAAArgh, qui a suspendu cet énorme cœur kitschisme au dessus des escaliers de la reine???
    Ou encore une vitrine rempli d’aspirateurs de différentes époques. WTF??
    Et l’horreur suprême: une bouée-canard collé sur un grillage.
    Devant cette « chose », il y avait des dates. j’espère que ce n’était pas le temps de création de ce truc, car 5 ans pour ça, c’est du foutage de gueule caractérisé!

  8. J’ai reconnu une screencapt de PacMan dans un Kandinsky, un jour. Alors pour les playmobils, il a du en cacher quelque part. Ce Kandinsky;.. avant-gardiste sur tout les fronts : le jeu vidéo et le ou est charlie.

  9. Il m’a rappelé un article de Monsieur le Chien, ce billet haineux et hargneux à souhait:

    http://www.monsieur-le-chien.fr/index.php?planche=23

    Si ca se trouve à cause de ces malheureuses lignes un autre couple de new-yorkais nudistes va devoir arrêter de se nourrir de bougies dans leur bel appartement donnant sur Central Park. Et pourrez vous vivre avec vous-même après cela, Monsieur l’Odieux Connard?

    • Je ne sais pas ; si les artistes ultra-hype de l’avant-garde de l’art disparaissent, qui irais-je bombarder à l’agent orange ?

      • Comme quoi on a toujours besoin d’un plus grotesque que soi… Ceci dit si vous bombardez des nudistes, attention aux allergies.

  10. Ahlala… Les successeurs mimétiques de Marcel Duchamp (qui n’avait que le mérite d’être le premier) nous fournissent un spectacle d’hilarité constamment renouvelée, c’est vrai.

    Dîtes-vous bien que ces pauvres âmes ont erré pendant cinq ans aux beaux-arts, alors qu’ils n’auraient rien dû y faire, avant de sombrer dans une crise de folie et de décider, en désespoir de cause, d’imagination et parce qu’il y avait une trop longue file d’attente à l’ANPE, d’organiser un vide-grenier particulièrement onéreux afin de remplir leur réfrigérateur.

  11. Pauvres artistes contemporains… On voit bien que vous vous gaussez parce que vous n’avez jamais dû faire face à la vertigineuse problématique qu’est le choix de la meilleure marque de peinture acrylique pour peindre votre brique de Lego(c)(tm) en jaune !

    Toutefois, j’ai beaucoup apprécié le passage impliquant une jeune femme à l’affection négociable, ça change de Satan, c’était habilement tourné… Bien qu’avec un petit poudrage de nez en sus et Zahia lisant un album de Tintin au Congo, l’ensemble deviendrait tout de suite beaucoup plus réaliste.

    Et comme il ne faut jamais laisser un artiste – oui la prose est une forme d’art aussi – j’en profite pour vous l’avouer, non sans une petite gêne latente due aux nombres de personnes qui liront ce commentaire : j’apprécie beaucoup ce que vous écrivez, cher Monsieur Connard.

    • Oups, après relecture il semblerait que mon commentaire ait été amputé involontairement d’un petit passage. Je corrige donc : il fallait lire « Et comme il ne faut jamais laisser un artiste DANS LE DOUTE », sinon ça n’a aucun sens bien entendu. Je retourne me fouetter avec un fouet à pâtisserie pour expier ma faute…

  12. Cette histoire me rapelle celle qui est parue dans « minimal » et qui s’appellait « le coeur de sylvie ».

    Perso, je trouve que l’art contemporain c’est sympa, a condition d’avoir un solide 2nd degré. le pompidou c’etait bien agréable.

    Mais je suis d’accord pour le massacre a Versailles. et les fontaines tuyaux-de-jardin_foutus-a-l’arrache ?!
    Chaque chose a sa place, et moi aussi j’aurai preféré qu’on sauvegarde l’esprit versailles.

  13. « canoé qui tourne » ça donne rien sur google … mon dieu j’aurais tant aimée avoir votre considération même pour 6 minutes (le même temps que Zahia ? :)
    Encore un excellent post merci :)

  14. Merci bien bonnes gens.

    A noter que pour les commentaires sur la quantité de films résumés ici ces derniers temps, notez que je fus gâté par les sorties. Aussi les articles suivent bien souvent en conséquence.

    Quant à l’art… je vous en parlerais bien plus longuement, mais je prépare ma prochaine exposition intitulée « Etrons, hippopotames et cour du Louvre »

  15. Tout ça pour ça ? La critique classique de l’Art content pour rien, ficelles humoristiques incluses. J’ai déjà lu cet article 20 fois mais en plus court et plus drôle.

    Vous cherchez du percutant ? lisez Muray (sans passer par l’histrion de service c’est encore mieux)

    « (les) critères subjectifs d’appréciation de l’art »

    Rien n’est plus faux.

  16. Ferez-vous un article sur Arsène Lupin? Il vient de passer à la télévision et c’est atrocement mauvais avec un style moderno-américain incongru et des dialogues vulgaires qu’un Luc Besson ne renierait pas.

    Un Adèle-Blanc sec avant l’heure avec une reconstitution aussi débile de la Belle Époque et un acteur qui n’a aucune classe.

    • Je l’ai vu il y a fort longtemps. Mais je me souviens avoir noyé deux sacs entiers de chatons en sortant.

      Le désarroi, quand ça vous prend…

      • Il fera le revoir vu que ces sales bêtes se reproduisent à une vitesse folle.

  17. Ah le super canoë qui tourne de la médiathèque Jean Falala en face de la cathédrale. Ça c’est de l’art comme on en fait plus

  18. Allons, il faut savoir faire la part des choses. Ces « artistes » ne font qu’arnaquer les nouveaux riches, les niais et autres gens faux.
    Ce qui est louable en soi.

  19. ça me rappel la scène dans le film « la haine » ou les mecs se pointent dans la galerie d’art… un pure moment

  20. Merci…

    Pour avoir passé 1 an dans une école d’art (je voulais faire de l’illustration ), à ne pas oser ouvrir la bouche pour dire « Mais attendez, ouvrez-les yeux, c’est de la merde ! » ( parfois au sens propre du terme, hélas.)

    Si l’on n’aime pas, c’est simplement que l’on a pas compris. N’importe quel crétin capable d’étaler du caca sur un bout de PQ peut se prétendre artiste ( de préférence incompris, c’est plus classe ) et personne ne doit JAMAIS rien critiquer. Surtout pas les étudiants, qui sont forcément de petits crétins sans intelligence, ni culture, ni jugement propre.

  21. L’art contemporain se resume malheureusement de plus en plus souvent en une phrase: se foutre de la gueule du monde en ayant les critiques dans sa poche….

    • Caricatural au possible.
      Monsieur Le peintre, je vous invite à lire mon post en bas de page du 5 novembre et de lire tous les 3 mois le magazine Azart dans lequel j’arrive toujours à être surpris…

  22. Par cette oeuvre, l’artiste effectue une mise en abime osée, voire meme derangeante, sur la vacuité intellectuelle et intellectualiste de la conceptualisation meme de l’esprit artistique impregnant l’artiste.

    Si vous comprenez ce que je dit, expliquez moi…

  23. Le pire, c’est pas tant les « oeuvres » pourries qui remplissent les musées et les expos (Etant étudiant graphiste, je dois malheureusement survivre à ce genre ce calvaires 3-4 fois l’année).
    Non, c’est surtout le mec qui se déclare « artiste » en le clamant haut et fort à qui veut bien l’entendre. Considérant que le statut d’artiste est défini par son public et non par sois-même, j’ai toujours trouvé marrant de discuter avec ce genre de personnages.

  24. Le risque dans ce genre de débat est de sombrer dans l’un des deux extrêmes de la pensée :
    – Soit tomber en admiration de façon béate devant toute oeuvre d’art contemporaine, même les plus insignifiantes et les plus merdiques (en releguant son jugement critique au second plan).
    – Soit rejeter systématiquement ces oeuvres sous le prétexte populiste et anti-intellectualiste que se sont toutes des merdes (et ainsi passer pour le rebelle de service à qui « on ne lui la fait pas »).

    Je vous enjoint à écouter l’excellente émission « Les nouveaux chemins de la connaissance », sur France Culture, sur le thème de l’art contemporain : http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-l-art-contemporain-45-la-querelle-de-l-art-contempo

  25. Sylvain Métafiot : merci pour le lien vers l’émission de France Culture.

    Aucune personne sensibilisée à l’art contemporain n’a réagit ? Nous avons bien eu des réactions d'(ex?)étudiants préférant l’illustration ou le graphisme.

    J’ai retenu une phrase qui m’a fait sourire : « Quand tu passes plus de temps à justifier ton travail qu’à ce que les gens puissent en profiter, c’est clairement que tu te fous du monde. En art comme en toutes choses. » Vous omettez de préciser que la plupart des autres médias artistiques impliquent une temporalité très différente dans l’expérience (une oeuvre littéraire se lit en plusieurs heures voire dizaines d’heures, un film s’apprécie sur [1h15 – 3h], une chanson sur [1 min – 20 min], une bande-dessinée sur [20 min – 1h] etc).
    Evidemment qu’il est pénible de contempler une peinture durant 5 heures mais seulement quelques minutes suffisent parfois pour que l’image produite vous marque à jamais : il suffit d’aller voir une peinture d’Anselm Kiefer, une toile de Pierre Soulages (pour ces 2 artistes, la confrontation physique est primordiale) ou plus récemment de regarder le travail du jeune Guillaume Bresson.

    L’art contemporain ne se limite pas aux collections permanentes dont les MAC,MAMAC et autres Pompidou nous abreuvent, et composés le plus souvent d’oeuvres avant-gardistes (qui ne sont pas les plus accessibles visuellement). Il n’y a qu’à regarder de plus près la richesse des mouvements artistiques apparus depuis les années 1950…Les allergiques de l’art dit « contemporain » connaissent-ils le Land art (Goldsworthy…), la figuration narrative (Monory…), l’hypperréalisme (mon argument phare pour les nostalgiques du figuratif old-school excellemment exécuté « Aaaah Botticelli, Ooooh Michel-Ange => apprécier des peintures dont le thème de prédilection est la religion catholique, maintenant très éloigné de la culture d’une bonne partie de la population, si ça ce n’est pas du snobisme…), le bad painting (Keith Haring…), la photographie plasticienne (Jeff Wall…) sans oublier les inclassables tels les frères Chapman…Désolé pour les centaines d’autres très grands créateurs.

    Alors, certes, je n’aime pas beaucoup l’art purement conceptuel, l’art abstrait, le pop-art mais il y a tellement d’autres mouvements que tout le monde peut y trouver de l’agréable.

    Vos (je m’adresse aussi aux lecteurs du blog) jugements sur la création contemporaine en arts plastiques me font penser à ceux de newbies qui ne connaitraient en musique que Lorie (en résonnance avec votre papier sur l’enfer des concerts), en cinéma que Joel Schumacher, en littérature que Marc Lévy et en émissions télé que La route de la fortune version Dechavanne…

    Au lieu de pratiquer l’onanisme condescendant (réagissant aux quelques puants du réseau artistique) en lisant ce papier, prenez simplement le temps de creuser un petit peu la question en parcourant la multitude de blogs et sites internet amoureux des arts plastiques contemporains.

    • Pour avoir déjà parcouru quelques uns des dits blogs amoureux des art plastiques contemporains, j’ose affirmer qu’il y a effectivement des œuvres géniales en art contemporain (un pour cent), et que le reste, c’est de la grosse merde, de la daube, je n’en voudrais pas comme papier-peint dans mes toilettes.

  26. Les « artistes » d’aujourd’hui ne produisent plus d’œuvres d’art, mais des discours sur le concept qu’est censée représenter la merde qu’ils ont pondu. Pour ce faire, il est fort probable qu’ils placent un premier public devant les dites merdes, et qu’ils notent tout ce que le gens chercherons comme sens néo-conceptuel de globalisation de l’espace capitaliste et critique de Freud qui, de part une structure prétendument simpliste mais en réalité géniale, etc…
    Les « artistes » décrivent ensuite leurs saloperies a partir de synthèses de ce qu’a généreusement et bêtement produit le public-test sur a chaque « œuvre ».
    L’ensemble est appelé processus créatif.

    Le terme le plus utilisé est concept, puisque l’œuvre est « conceptuelle », c’est à dire incompréhensible sans le texte qui l’accompagne et justifie le « génie » de l’artiste.

  27. Perso, j’aime bien certaines œuvres contemporaines. Je suis même d’accord dire que le chiotte de Duchamp soit une oeuvre.

    En revanche, là où je rejoins beaucoup moins, c’est sur
    1) le prix, effectivement. Trois playmobils, ca vaut à la louche 3 €, et pas plus.
    2) Les artistes qui se la racontent grave. Autant avouer que c’est trois playmobils, merde. Si c’est joli, je voudrais bien le mettre chez mois, mais on est tous d’accord pour dire que ça ne veut RIEN DIRE.

    J’avoue que lors de ma visite au MOMA, certaines œuvres exposées m’ont mis hors de moi. Faut arrêter de se foutre de la gueule du monde.

  28. Cet article m’a bien fait rire. J’ai bien peur d’être entièrement d’accord — même si on trouve bien quelques grands artistes contemporains, ne serait-ce que dans le domaine de la bande dessinée.

    Cela me rappelle un commentaire d’une amie, dessinatrice de son métier, qui me disait qu’étant alors aux beaux arts, elle avait osé demander à un responsable administratif la raison pour laquelle il n’y avait pas le moindre cours de technique de peinture dans son cursus. On lui avait benoîtement répondu que cela n’était pas utile pour faire de l’art…

  29. Moi je reste à la définition de l’art que donnait Chaplin :
    « L’art est une émotion supplémentaire qui vient s’ajouter à une technique habile. »

    Donc inutile qu’une œuvre soit comprise, il suffit qu’elle soit touchante non ? Maintenant honnêtement, une langouste géante en plastique, un WC, un canoë-kayak ou les Playmobils, sur votre table de salon ou au milieu d’une décharge publique, ça n’a aucun impact émotionnel. Mais au milieu du Château de Versailles ou de ses jardins ? au calme d’une exposition ? sur la façade d’un bâtiment public ? et bien ça dépendra de la sensibilité des spectateurs à l’art … et là :

    1. Si l’œuvre est vraiment une œuvre, il lui correspond un contexte pour qu’on l’apprécie à sa juste valeur, or l’artiste ne peut souvent pas vendre le contexte de « visionnage » de l’œuvre donc il ne vend rien du tout, les playmobils à 7000€ n’ayant alors même plus leur hypothétique « valeur artistique ».
    2. L’émotion est éphémère alors acquérir des « œuvres » ou les exposer à un carrefour de manière définitive, c’est en perdre une partie de l’intérêt.
    3. L’émotion varie selon les personnes donc faire des analyses de l’œuvre est vain et subjectif (donc pas « de sacrées merdes objectives » de ce côté de la définition !).
    4. Mais je ne vois de toute façon pas « l’habile technique » dans les gribouillages et les tas de pâte à modeler qui constituent une grosse part de l’art contemporain, c’est là le problème objectif !
    5. Le manque d’habileté technique des scénarios permet ainsi de réfuter en bloc tous ceux qui justifient les incohérences d’Hollywood par « l’expression artistique de la volonté du réalisateur » ou autre bullshit.

    Bref Odieux, il aurait fallu commencer par donner une définition de l’art, ça vous aurait simplifier grandement l’explication de vos raisonnements !

  30. Ça me rappelle ce conte : les habits neufs de l’empereur. Deux saligauds prétendent fabriquer et vendre le plus beau des vêtement à l’empereur. Mais, petite subtilité, ce vêtement est magique et ne peut être vu de quelqu’un d’idiot. Pour faire bref, personne n’ose dire qu’il ne voit rien de peur de passer pour le débile du siècle (ça vous rappelle quelque chose ?) et l’empereur finit par faire un défilé à poil (oui, parce que les deux escrocs ont tout compris et on vendu très cher rien du tout ! (entre ça et la boite de conserve d’air pur hein…)). Bon, la différence c’est que dans le conte la supercherie finit par être dévoilé (par un enfant). On est pas encore là pour l’art Contemporain !

  31. cet texte me fait penser au conte « les habits neufs de l’empereur »: personne n’ose dire que le roi est nu car seuls les gens intelligents peuvent voir ses vêtements !

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

    • Oh, tiens, c’est bien aimable de laisser un commentaire pour faire sa publicité en prétextant de trouver une ressemblance entre l’article d’Odieux et un conte cité par une autre personne (ou alors c’est un double post par la même personne qui aurait oublié de mettre l’adresse de son site perso au passage et qui utilise donc un autre pseudonyme, mais quelle drôle d’idée cela serait !) dans le commentaire juste au dessus, posté une semaine avant.

  32. je viens de découvrir votre blog, et je n’ai qu’un mot : admiration ! je donnerais tout pour avoir votre plume, quel plaisir, tant de lucidité, de perspicacité et d’humour j’adore.

  33. Je travaille en médiation dans l’art contemporain et je trouve votre billet tout à fait pertinent et drôle. Je ne vois pas beaucoup de commentaires nuancés, ainsi j’apporte ma pierre à l’édifice, bien que l’article date déjà un peu, mais je viens de le relire. Je n’ai pas peur de dire que j’aime l’art contemporain, que j’ai choisi de travailler dans ce domaine et que le but de mon travail est de sensibiliser les publics à cet art. Pour autant, je suis parfaitement d’accord sur le fait qu’il y a des oeuvres qui ne sont pas faciles, pas pertinentes ou encore carrément « du foutage de gueule ».
    Pour autant, je n’estime pas que les artistes doivent nécessairement avoir un sens aigu de la technique, car compte avant tout l’idée de l’oeuvre. Edifiant est sur la question le fait qu’une oeuvre de l’esprit, quelle qu’elle soit, est protégée juridiquement dès lors qu’elle est imaginée (pour peu qu’il y ait des preuves mais cela est un autre débat, d’ordre juridique). Je pense néanmoins qu’il est important de ne pas mettre en cause le statut d’oeuvre, du moment qu’elle a été reconnue en tant que telle, car s’il y a beaucoup d’eunuques complaisant, il y a aussi des gens très intelligents qui gravitent dans ce – certes petit – monde. Cela ne veut pas dire que c’est une bonne oeuvre, ou qu’elle fait l’unanimité, mais c’en est une. Enfin, je crois qu’il ne faut pas mettre tout dans le même panier, le terme d’art contemporain ayant été choisi pour représenter toutes les formes d’art actuelles car leur diversité est trop importante pour s’y retrouver (semble-t-il). Ainsi, sous prétexte que les oeuvres sont rassemblées sous un même étendard, il faut dire amen à l’ensemble ou tout rejeter en bloc (comme je l’ai lu très justement dans l’un des commentaires), deux positions qui, l’une comme l’autre, sont absolument absconses.
    Toujours est-il que les vernissages sont effectivement souvent assez écoeurants, pleins de bobos et de m’as-tu-vu. Et voir des gens semblant très inspirés devant une oeuvre qui n’en demande pas tant en roucoulant des « c’est intéressant… » (ce qui ne veut rien dire finalement) vient renforcer l’idée d’un visiteur qui trouve cette oeuvre sans intérêt aucun que soit il a des goûts de merde, soit il est trop con pour comprendre. Cela rend la tâche très ardue pour que l’on accepte enfin de voir l’art contemporain comme juste l’ensemble (très varié !) des formes artistiques que l’on peut trouver aujourd’hui, avec à boire et à manger, comme dans tous les domaines, et toutes les époques, si ce n’est que les formes sont plus variées, justement, car libérées des standards qui bridaient les oeuvres reconnues jusqu’à il y a peu. Et pour terminer, en tant que médiatrice, j’adore les sceptiques et j’adore les réfractaires, bien plus que les gens-qui-trouve-ça-très-intéressant-mais-sans-pouvoir-dire-pourquoi. Parce que c’est là qu’il y a du dialogue et c’est en fait à ce moment là que l’art provoque quelque chose chez son spectateur. J’aimerais juste bien que les gens viennent se frotter à l’art quelque part où on ne les prendra pas pour des cons, au moins une fois et qu’il n’y reviennent pas si cela ne leur convient vraiment pas. Mais que ce soit un choix et non un critère de boboitude.

    Je suis sûre, cher blogueur, que vous avez écrit ce billet avec autant de second degré que d’honnêteté, autant que moi lorsque je visite une exposition et que je me permets de ne pas aimer les oeuvres alors que je travaille dans ce milieu.

    Bien à vous, avec amour et abjection.

    • «Pour autant, je n’estime pas que les artistes doivent nécessairement avoir un sens aigu de la technique, car compte avant tout l’idée de l’oeuvre»

      Bon alors, une petite année nous sépare, mais tout de même je me vois obligé de réagir :

      L’idée compte dans une œuvre, certes, c’est elle qui donnera toute son importance à l’œuvre, cependant, et pour qu’icelle puisse se nommer «œuvre» il faut déjà qu’elle soit empreinte de technique, par définition : l’Art poétique (pour nous mettre d’accord : poétique au sens antique, pas moderne), est l’incarnation d’une idée (toujours au sens antique, donc cela peut aussi bien être une histoire, qu’une simple image, qu’un mot, n’importe) dans la matière par la technique, s’il n’y a pas de technique, il n’y a pas d’Art, car il n’y a pas d’art, et ce quelque soit l’intérêt de cette idée :

      l’Art poétique ne peut se passer ni de l’idée, ni de la technique, sans idée, ce n’est qu’une bête production de l’Art appliqué, sans technique, ce n’est rien.

      « libérées des standards»

      Le seul standard qui doit persister, et qui persiste encore, qu’on le veuille ou non, c’est la technique, ou devrais-je dire : la Technique. Or, cela possède un nom en français, autre que «technique», l’art. l’Art sans la technique n’est, pas définition, pas de l’Art.

      « qui bridaient les oeuvres reconnues jusqu’à il y a peu»

      Elles ne bridaient que ceux qui n’étaient pas capables d’en faire usage ET d’en créer de nouveaux. Les deux à la fois.

  34. « c’est un monochrome de Whiteman » …

    je me suis toujours dit que je devrais m’y mettre à l’art contemporain (et ce sera ptêt pas mieux mais sûrement pas pire)

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