Dites-le avec un Powerpoint

Il y a des outils qu’on ne devrait jamais mettre entre les mains de n’importe qui. Un marteau-pilon, une voiture, un tire-bouchon… Tenez : Powerpoint par exemple.

De nos jours, il est très important, pour n’importe quel orateur, d’avoir un support sur lequel il puisse s’appuyer : série d’images, de textes, etc. N’avez-vous jamais remarqué à quel point quelqu’un racontant n’importe quoi gagne instantanément en crédibilité lorsqu’il écrit des trucs et fait des flèches sur un quelconque tableau blanc ?

Moi-même, je me suis retrouvé plus d’une fois à me couvrir de craie ou de velleda pour tenter d’expliquer quelque chose à l’aide de force schémas. Sauf le jour où quelqu’un tenta de me faire faire la même chose sur un « tableau intéractif », sorte de tableau blanc qui ne gaspille pas de papier mais qui nécessite moult calibrages et conneries, ce qui revient à être moins efficace au final que Jojo la craie, qui elle en plus, ne consomme pas d’électricité. Oui, je suis un sale conservateur, mais quand un tableau tente de corriger automatiquement ma navrante graphie, confondant mes A avec mes E, mes N avec mes M, et surtout mes R avec mes V, ça n’est pas pratique. Lé pev axanpla, rous eraz rechanant plus da nel é na conpvandre, haim ? D’où mon rejet. Mais vous vous en foutez, avec raison, et nous nous écartons du sujet.

Bref, Powerpoint est devenu le meilleur ami de l’orateur. Pour peu qu’on aie à s’appuyer sur divers graphiques & tableaux, il est vrai qu’il est fort pratique. Et comme en plus il est simple d’utilisation, toute la plèbe informatique que compte notre planète se rue vers l’objet pour tenter d’impressionner le public. Ne niez pas cher lecteurs : vous aussi, vous avez envie de faire des Powerpoints. On fait tellement plus sérieux quand on a un Powerpoint.

Au même titre qune voiture ou quun pistoler à clous, Powerpoint est autant une arme quun outil. Soyez prudents.

Au même titre q'une voiture ou qu'un pistolet à clous, Powerpoint est autant une arme qu'un outil. Soyez prudents.

Cependant, il existe différents travers chez les utilisateurs de Powerpoint ; listons en quelques-uns au hasard :

  • Celui qui se contente de lire son Powerpoint, ce qu’il fait qu’il n’est plus que le support vocal, et que ce sont ses diapos qui font l’essentiel de son intervention. Souvent, c’est le genre d’ancien élève qui n’a jamais compris qu’il ne fallait pas dire « heu » toutes les 6 secondes et qui commence et termine toutes ses diapositives par « voilà« . En général, il y a toujours quelqu’un pour intervenir à la 6e diapositive pour demander si le mec n’a pas une version papier/USB du Powerpoint. Ce qui est un code pour dire « Je sais lire, merci, je crois que je vais le faire tout seul, tu peux te casser ».  Pas dit que le mec comprenne pour autant.
  • Celui qui vaut absolument mettre une animation moche entre chacune de ses diapositives (genre, un découpage quelconque avant la reconstruction d’une nouvelle diapo), pour montrer qu’il maîtrise le logiciel.
  • Celui qui ne sait pas arrêter le défilement de son Powerpoint et se contente de parler en appuyant de temps à autre sur « flèche gauche » pour revenir sur la diapositive qui vient de partir sans autorisation. Vu il y a une semaine encore chez un professionnel de l’informatique avec de hautes responsabilités. Si celui-ci me lit, chapeau mec, tu m’as impressionné.

Mais surtout, il y a un défaut immonde, honteux, dégueulasse. L’équivalent pour l’orateur de ce qu’un bubon purulent est à une pommette de Miss Camping. Plutôt que simplement le nommer, mettons-nous en situation.

Vous êtes un Odieux Connard  (vous aimeriez bien, hein ?), et comme vous aimez à le faire, vous vous rendez au conseil municipal de votre commune (ça peut paraître chiant, mais c’est meilleur que tous les shows de la Terre pour peu que vous aimiez les passes d’armes et les vols de poules). Et à l’occasion de celui-ci, on propose à l’ensemble des participants de visionner une revue des travaux effectués dans la commune depuis plusieurs années.

S’avance alors un type déjà bien dans sa quarantaine, qui vous est présenté comme un directeur de service municipal. Il s’installe derrière l’ordinateur au centre de la salle et double-clique avec difficulté sur son Powerpoint.

Moi je trouve ça super les Powerpoints

Moi je trouve ça super les Powerpoints

Et là, tout s’arrête.

Une immonde lumière bleue jaillit : il s’agit du fond moche sur lequel a été collé une carte de la ville ; tout autour, de petits panonceaux en violet (tout aussi moche, ce qui s’accorde atrocement au fond) indiquent les différents sites de travaux et se surlignent en vert fluo quand l’opérateur passe sa souris dessus. Je note que le globe oculaire de mon voisin semble plus laiteux qu’à l’accoutumée, alors que je tourne ma tête vers lui pour tenter de ne pas regarder en direction de ce pandemonium de couleurs de mauvais goût (ou « particulièrement bien accordées et idéales pour une chambre à coucher« , selon Valérie Damidot).

Mais l’horreur ne s’arrêtait pas là.

En effet, le plan de la ville était recouvert de panneaux indiquant ici un parking, là une station pour bus, là-bas une école… Le tout uniquement constitués de gifs animés. Par exemple, le « P » de Parking arrivait en courant dans son panneau avant de repartir aussitôt. Il en allait de même du bus. Quand au panneau école, il donnait l’impression qu’une petite fille solitaire se réjouissait à la venue d’un pédophile qui l’emmenait en courant en la tirant par le bras, avant que la boucle ne reprenne. Le tout en des dizaines d’exemplaires se chevauchant les uns les autres, entrecoupés par des flèches de rond-point tournant sur elles-mêmes et autres horreurs animés.

Fier de sa création et de ses effets (comme n’importe quel propriétaire de page web immonde qui affiche fièrement sa boîte aux lettres qui saute à la rubrique « contact »), il débuta son intervention en cliquant sur le premier site de travaux, qui emmenait alors à une simple page sur fond noir avec le nom du lieu en travaux en titre et deux photos de ceux-ci.

« Voilà, heu, ici on peut voir les heu… travaux de la rue heu… Gambetta, heu… voilà » ; le tout évidemment ponctué, entre les deux photos, par un petit sigle « travaux » animé par un petit personnage creusant en boucle. Et pour aller au prochain site, il fallait évidemment revenir en arrière sur l’immonde carte (mon voisin s’effondra alors dans un terrible gargouillis) avant de cliquer sur le prochain sigle violet qui se surlignait alors en vert fluo.

Et ce évidemment, durant presque une demi-heure.

Un à un, ils tombèrent autour de moi dans cette torture visuelle menée d’une main de fer par un bourreau admirant sa propre œuvre. Je revois cet homme, s’affaisser devant moi, encaissant l’impact d’un petit pêcheur animé secouant sa canne à pêche pour illustrer les travaux d’une digue. Sur ma droite, une jeune fille poussa un cri alors qu’elle s’ouvrait les veines aidée d’un bic, souhaitant ne plus voir ce petit gif d’un sens interdit sautant sur lui-même. Sur ma gauche, alors que la cataracte gagnait promptement du terrain chez mon voisin, je vis un vieillard baver (encore plus que d’habitude, j’entends) et remplir bruyamment sa couche alors qu’il sombrait dans la folie, contemplant la danse hypnotique d’un petit tractopelle à l’écran.

Ce diaporama a véritablement existé ; la nuit, j’en ai encore des flashbacks, je cauchemarde et me réveille en sueur, dans le souvenir de ces terribles évènements.

Alors, ayez pitié de nos yeux et de nos âmes : arrêtez de tout le temps vouloir faire des putains de Powerpoints.

21 réponses à “Dites-le avec un Powerpoint

  1. Ah ben là, j’ai ma fierté pour moi. Je n’ai jamais utilisé ce truc. Je ne regarde même plus ceux qu’on m’envoie, la majorité étant des « ppt » et non des « pps », ce qui fait qu’ils s’ouvrent en mode conception et non en lecture. En plus, cinq secondes par image, plus trois d’enchaînement, éventuellement quatre de plus pour afficher le texte à la vitesse de lecture d’un auxerrois sous-doué, avec une musique de merde que même les ascenseurs ne diffusent plus… J’ai cru devenir fou plus d’une fois!
    Je n’assiste pas non plus aux sessions du conseil municipal. Je préfère pas. Je risquerais d’y aller armé et il y aurait des élections anticipées.

    • Ceux envoyés par mail, c’en est un crime. Notez bien les adresses des contrevenants, on trouvera bien une solution (finale) à leurs actes.

  2. Odieux connard, je te deteste. Arrete de rediger tout haut ce que je pense tout bas, et nettement mieux que je ne pourrais le faire.

    Merci pour ce blog qui fait du bien en tapant sur les immondices de notre « societe ». Continue comme ca. ;-)

    (comment ca, schizophrene ?)

    • Mais, de rien. Bien que je trouve le terme « immondice » souvent trop gentil pour qualifier les pages pleines de gifs animés, sur des powerpoints ou non.

  3. Tellement vrai… et tellement insupportable :\

    « Bon, on fait une réunion d’agence la semaine prochaine. Tu nous fais un PowerPoint ? ». Non pas une présentation, mais bien un pauvre point, c’est à ça qu’on reconnait un « power cadre » performant.

    « Rien compis à ton histoire de pdf et de Latex, envoie-moi plutôt ta présentation Power Point. »

    « Oui bon, pas mal ton Power Point, mais tu ne vas pas le présenter comme ça, si ? Rajoute une transition ici, Là il faudrait des schémas, ici des images, et modifie les couleurs là. ».

    (expériences vécues :\ )

    Sinon, c’est moi où ces derniers temps les présentations « Power Point » sont la cible de beaucoup de monde ? Tu ne cèderais tout de même pas à un effet de mode, dis-donc ?

    /

    • Je ne savais pas que d’autres tapaient sur les Powerpoints. C’est bien la preuve que nous sommes nombreux à subir ces attaques !

      Remarquez, dans le doute, vous avez raison, il va falloir que j’attaque un sujet plus original sous peu. Ma thèse d’anthropologie sur les geeks attendra un peu.

  4. Comme l’évoque Slash, nons n’avons plus le choix…Le PPT est une norme sociale. Moi même (Si. Moi même. Et mes chevilles.), je dois en produire régulièrement, et demander à des gens d’en réaliser.

    Faire un Powerpoint, c’est comme le tube de l’été : la pression sociale est telle que vous finirez par y passer.

    Autant (donc !)prendre le taureau par les cornes et vous saisir de l’incontournable, pour mieux le détruire.

    Par exemple, « Bienvenue chez les Ch’tis ». Si vous répondez « Je l’ai pas vu », on vous regarde d’un air effaré. Mieux vaut vous fendre d’une critique consensuelle (« c’est marrant, mais ça vaut pas le battage médiatique qu’il y a eu autour »). Ca permet d’éviter une conversation inintéressante sans passer pour un extraterrestre.

    Pareil pour PPT : « c’est pratique, mais ca vaut pas un bon orateur ». Et le tour est joué.

    • Vous obliger à faire des Powerpoints : c’est diablement monstrueux. La pression sociale est vraiment terrible.

      Et je n’ai pas vu « Bienvenue chez les Ch’tis » ; mais j’ai plutôt tendance à répondre « Ha si, j’ai vu des extraits censés être les meilleurs et ça m’a même pas arraché un sourire. »

      Et là, on tente de me faire le coup de la conversation inintéressante. Que je coupe par « Les Visiteurs non plus ne m’ont pas fait rire ».

      En général, on vous laisse en marmonnant « connard » et « pas d’humour ». J’adore.

  5. Vous saviez qu’il y avait des sites entiers consacrés aux plus belles présentations PuissancePoint ?

    La preuve : http://www.strangecosmos.com/content/category/55_1.html

    De quoi faire plaisir à tous vos amis en leur envoyant ces magnifiques présentations ! Toi aussi, rétablis le lien social !

    J’ai bien fait de commencer cette collection de sachets à vomi, ils vont pas tarder à me servir je crois.

  6. Le saviez vous Odieux Connard ?
    Dans Pauvre Point, par défaut, l’animation « Afficher », qui consiste à simplement afficher un truc, sans looping à damiers ou autres saloperies, n’est pas accessible directement dans le menu des animations.
    Il faut la chercher (et donc savoir qu’elle existe) pour faire apparaître quelque chose sans fioritures.

    Fait exprès ou pas ?

    • C’est évidemment un sombre complot ourdi par de maléfiques forces tapies dans les recoins les plus obscurs de notre monde.

  7. Les powerpoints…. Goddamn, le mec qui a crée les powerpoints a surement du sang de ceux qui ont crée le r’n’b, la musette, les bals populaires, le Zyklon B, le fromage en spray (authentique), les mules Geoxx, Jean pascal (produit d’un accident de la route calculé), Dimanche Martin, Shirley et Dino, le Dr Sebottendorf, le merch de Bienvenue chez les cht’is, Time’s up (dedicace), les Hippopotamus, les sacs à merde de chien, les escalators, l’abdo rocket, et les sous vetements mangeables.

    Des Nazis (paf, godwin si tu nous lis), mais des nazis modérés. Ou des mecs élevés par Philippe Risoli et Patrice Carmouze. Le Reich de la modération.

    • Il va nous falloir une solution finale, une fois encore. Ce qui est tout le paradoxe des solutions finales : elles aboutissent rarement.

  8. Beaucoup d’appels pour nous dire que, si quand même, les power points qu’on reçoit par mail c’est trop super marrant, surtout quand :
    – il s’agit d’une présentation avec des chatons trop meugnons <3
    – on y découvre une jolie brève de comptoir au charme suranné remise au goût du jour grâce à quelques animations coquines (lol)
    – il y a des photos de bébés parce que les photos de bébés c'est trop meugnonnnnnnns…

    Merci encore pour ces contributions de qualité.

    • Notez encore une fois les adresses. J’ai un power point d’anthologie intitulé « Les quelques étapes que tu vas traverser avant qu’on te retrouve et qu’on te sorte les tripes, à toi et à toute ta famille » à leur envoyer.
      Il y a même des photos de bébés et de chatons dedans.

      Pour la brève de comptoir, je suis moins sûr.

    • Ah non. Pour les chatons, on ne dit pas « meugnons ». On dit « choupi ». « Trop choupi », même, pour être exact. Sinon, on passe pour un sans cœur.
      Ou un odieux connard (mais là, c’est déjà le haut de gamme).

  9. De toute façon les powerpoint, au lycée, c’est le symbole type du gars qui n’a pas voulu faire un truc tout bête sur du papier, non il fait plutôt une mignonne présentation avec des images qui rentrent dans tous les sens, comme ça ça impressionne le professeur, toujours un peu naïf. Et il fait mieux que de lire son powerpoint : non, il lui arrive d’imprimer carrément ses feuilles pour les lire quand son powerpoint passe.

    Je tiens également à signaler que le choix des « animations » peut se révèler un dilemne existenciel : j’ai du une fois, pour préparer une diapositive expliquant le fonctionnement d’un logiciel, passer une heure à écouter mes coéquipères débattre si il fallait faire arriver l’image de début plutôt « en spirale » ou « en déroulement » ?. donc oui totalement d’accord, les powerpoint peuvent se révéler être de vraies plaies

  10. « […] contemplant la danse hypnotique d’un petit tractopelle à l’écran. » UNE tractopelle cher Odieu… mais pour vérifiez cette assertion, ne vous fiez pas à la chanson « Pas besoin de permis » car la grande académicienne Vanessa Paradis, en voulant critiquer les mérites de l’école, a aussi fait la faute.

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