Une histoire capillotractée

La scène se déroule de nos jours dans un quelconque magasin, situé quelque part en France. Et au milieu de celui-ci, déambulant, on peut trouver Francis. Francis, vous le croisez tous les jours : un type de taille moyenne au physique moyen, sans-âge, occupant un petit poste dans une PME du secteur tertiaire. Or, qu’est-ce qui amène notre héros à se promener dans les allées d’un magasin en cette belle journée d’été ? Excellent question, ami lecteur, c’est pourquoi je vais te répondre dans ma grande bonté :

C’est l’anniversaire de Belle-Maman.

Et Francis a longuement réfléchi sur le cadeau qui pourrait faire le bonheur de la génitrice de sa compagne, et a porté son choix sur l’acquisition d’un livre. Grâce à Gutenberg, des livres, il y en a plein les rayons, et pour pas trop cher (depuis qu’on a arrêté les enluminures manuscrites dans les ouvrages, les prix ont quand même pas mal chuté). Francis avait tout d’abord porté son choix sur un Agatha Christie, mais il se trouve que Belle-Maman les a déjà tous. Il la joue donc sécurité et achète donc ce qui fera le bonheur de Belle-Maman et de la majorité des créatures dotées d’un double chromosome X : un Guillaume Musso. Fier de sa grande idée, Francis se dirige donc vers les caisses, quand son regard se porte soudain vers la tête de gondole du rayon Bandes-Dessinées, situé juste à côté.

Comme subjugué, il se dirige vers l’étagère et se saisit d’un ouvrage situé juste entre « Bigard en BD » et « Les blagues à Toto en BD » (deux ouvrages d’une qualité saisissante ; quand il y a marqué « en BD« , fuyez, pauvres fous) ; il l’ouvre et se met à sourire. Oui, cette bédé lui plait ; il laisse même échapper un petite rire.

En effet, ce petit merdeux de Francis vient de tomber sur une bédé de blagues sur les blondes.

lol, mdr, ptdr, xptdr, ziklon b

lol, mdr, ptdr, xptdr, ziklon b

Ha, les blagues sur les blondes.  Ça existe sous toutes les formes, de la blagounette que l’on trouve dans Télé 7 jours à « Samantha Oups ! » sur France 2 en passant par le Théâtre, et si la forme varie, le fond reste identique : des sketchs se basant sur la supposée stupidité des blondes. On peut trouver ça drôle ou non, chacun voit midi à sa porte. Personnellement, chacune de ces blagues me donne envie de massacrer son auteur à coup d’épluche-patate, sauf pour « Samanta Oups !« , où je pense bloquer les auteurs devant leur propre série jusqu’à ce que les rires enregistrés et les plans & couleurs anti-épileptiques aient raison d’eux.

Maintenant, revenons à Francis, quatre jours ouverts avant les faits.

Francis est à la machine à café en train de discuter avec Juliette, la jolie blonde en stage de secrétaire de direction. Ils étaient en train de discuter art (« J’adore les mises en scène de Kamel Ouali ») quand est arrivé Gégé, de la compta. Alors ils continuent un peu la discussion en cours (« Ouais, moi aussi j’adore quand il met 800 danseurs qui se frottent sensuellement contre le sol rien que pour la chanson « Frère Jacques«  »), et là, Juliette fait tomber son café. Zut alors, crotte de bique s’écrie l’ingénue en contemplant l’état de la moquette. Gégé, qui n’est pas le dernier pour la déconne lui souffle donc : « C’est normal, tu es blonde » et part de son célèbre rire qui fait fureur lors des soirées barbecue au camping. Francis enchaine donc avec tout son répertoire de blagues sur les blondes, toutes plus irrésistibles les unes que les autres. Juliette subit donc les plaisanteries deux minutes (le temps d’essayer de nettoyer la moquette) avant de repartir vers son bureau en marmonnant des insultes concernant les mamans des deux comparses.

Francis et Gégé sont donc encore tout hilares à se dire que c’est trop génial de faire des blagues sur les blondes, et encore plus quand une blonde est là, quand soudain passe Hubert (service contentieux). Ce dernier, attiré par les rires, demande aux deux fieffés comiques quel calembour a ainsi déchainé leurs zygomatiques. Ils lui racontent donc celle de la blonde qui, voyant son ascenseur qui ne monte pas, se déshabille pour l’alléger avant que sa copine ne lui dise « Mais t’as pas appuyé sur le bouton pour le faire monter ! » (cette blague a servi a tout un sketch de « Samantha Oups ! », chapeau les gars, quelle inventivité, quel humour). Hubert leur explique donc qu’il la connaissait, mais avec un noir.

Francis et Gégé cessent de rire, lâchent leurs cafés sur la moquette déjà bien entamée, et se mettent à crier très fort sur Hubert en lui expliquant que le racisme, c’est mal, que faire des discriminations sur la couleur de la peau, c’est mal, et que bordel, c’est pas drôle, casses toi Hubert, sale raciste de merde.

Prenons un peu de recul, voulez-vous ? Allons donc : faire des blagues sur la couleur de cheveux de quelqu’un, c’est drôle. Sur celle de sa peau, c’est à chier. Dans les deux cas pourtant, ce n’est qu’une simple question de mélanine. Et après, pareil : discriminer quelqu’un pour sa moumoute, c’est drôle. Pour sa religion, ça ne l’est pas.

Ha, si Hitler avait connu Kamel Ouali...

Ha, si Hitler avait connu Kamel Ouali...

Remarquez, je dis ça, mais attention : ça ne marche que sur les blondes, ce genre de blagues capillaires ; si vous discriminez une rousse, là, vous êtes un gros enfoiré. Prenons un exemple.

Monsieur O. Connard (nous ne donnerons pas son nom entier pour préserver son anonymat) fut un jour devant une horde d’élèves pour d’obscures raisons. L’une d’entre elles, rousse de son état, ne cessait de disserter avec sa voisine de ses histoires personnelles & nocturnes. Monsieur O. Connard en prit ombrage et se décida donc à intervenir :

« Si Mademoiselle la rouquemoute voulait bien la fermer ?
– Mais ! Mais enfin ! Je ne suis pas rousse, je suis blonde vénitienne (notez que rouquemoute, par contre, ça ne l’a pas choqué. Mais l’accuser d’être rousse, si)
– Ha bin écoutez, ce n’est pas ce que me dit l’odeur. »

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Choquée, la damoiselle n’osa plus ouvrir la bouche, et Monsieur O. Connard put poursuivre son intervention.  Elle partagea son émoi avec ses camarades par la suite, qui trouvèrent qu’il était scandaleux de dire qu’une rousse sentait mauvais. Les mêmes, cependant, ne cessèrent de moquer l’une de leurs camarades, blonde, et donc probablement stupide.

Ainsi va l’humour politiquement correct : les règles en sont absurdes, mais tout le monde les considère comme évidentes. Sans pour autant pouvoir les justifier.

De la même manière, il existe un moyen de faire passer toutes ses blagues, même les plus honteuses, à l’aide d’un puissant artifice : on ne peut accuser de discrimination celui qui s’auto-discrimine.

Monsieur Odieux C. (une nouvelle fois, son nom ne sera pas dévoilé) est à une soirée, durant laquelle il fait référence à des chemins de fer, à la Pologne, et à une immense soirée pyjama. Dans la salle, une jeune fille s’outre de ses propos, et crie à la discrimination ; ni une ni deux, Monsieur Odieux C. tente la pirouette « Mais qui vous a dit que je n’étais pas moi-même de cette religion, mademoiselle ? » ; la donzelle se tut donc, estimant que l’auteur du calembour était donc dans son bon droit. Monsieur Odieux C. ayant testé et approuvé, il recommande donc cette technique, qui a le mérite de jouer sur les limites absurdes de l’humour : se faire passer pour l’un de ceux dont on se moque. Apparemment, ça apporte des « droits aux blagues » supplémentaires.

Finalement, ce qui est beau dans toute cette histoire, c’est qu’au nom du refus des discriminations, certains discriminent comme de gros gorets sauvages (qui sont quand même connus pour ça : aucun goret sauvage n’a jamais adhéré à SOS Racisme). Et/ou estiment qu’il y a de « bonnes » discriminations (les blondes) et de « mauvaises » (tout le reste).

Diantre, moi qui croyais que l’humour, en fait, c’était juste pour rigoler.

26 réponses à “Une histoire capillotractée

  1. excellent.
    enfin quelqu’un qui relève la connerie de ce consensus anti blondes. Et la beauferie de ceux qui encouragent le mouvement…

    • J’attends avec impatience qu’un « Comité de lutte contre les discriminations capillaires » avec un budget suffisant pour payer un avocat se monte.

      Après, ne resteront plus que les blagues à Toto.

      • (le mec qui répond 6 mois après)

        euh, je me demande mais ce n’est que pure spéculation, si au fond, les blagues sur Toto qui pourraient correspondre à la grande vague migratoire en provenance d’italie, n’ont pas une origine raciste. Toto est un prénom italien, et pendant un bon moment on s’en est pris aux mangeurs de macaronis dont on mettait en doute l’intelligence…

        Alors si un type est capable de démontrer que les blagues de toto sont racistes, je suis preneur de toute explication :)

    • Puis-je (si un jour vous lisez ma réponse) vous suggérez l’album « rouge-sang » de Renaud ?
      Non pas que cet album soit de qualité, à part la « qualité » de la voix, on ne reconnait rien du chanteur.
      Néanmoins, cet artiste si politiquement engagé a fait sienne, en plus de la lutte contre la cigarette, celle contre les blagues pour blondes.

      (J’aime beaucoup que l’état qui était privateur de liberté et maintenant coupable de ne pas interdire).

  2. Ah, oui… Mais la technique a ses limites: impossible de se faire passer pour une blonde noire, par exemple, et de se couvrir ainsi de plusieurs côtés.
    Et veiller également à ne pas prétendre inconsidérément, au cours de la même soir, qu’on est juif puis portugais (par exemple). Les soupçons pourraient s’éveiller, la technique s’éventer, et les invitations futures se tarir (quoique… j’aperçois là comme un début d’espoir).

    • C’est sans compter sur le fait que vos interlocuteurs ont une mémoire de poisson rouge qui ne dépasse pas 1h.

      Sinon, comment des séries comme « Lost » ou « 24 » pourraient elles avoir du succès ?

      Du coup, il est possible de retourner sa veste plusieurs fois dans la soirée, en espaçant bien le tout. Ou en alternant les interlocuteurs.

      • Etant adepte des blagues sur les bébés morts, je n’ai jamais réussi à me faire passer pour l’un d’eux… A ma grande désolation vu l’étendue du sujet. Des conseils pour faire passer ça sans regards désapprobateurs?

  3. Pff, n’importe quoi, l’humour ça ne sert pas à rigoler, ça sert à prouver qu’on est plus intelligent que le reste du monde :p (l' »Esprit », comme dans Ridicule)

  4. Pas que de mélanine, mais ça sort effectivement du même tonneau : les trucs sur lesquels on a aucune incidence à moins d’habiter pendant longtemps dans un immeuble bourré d’amiante et de défier les lois de la probabilité. Après on peut se moquer de quelqu’un qui se teint les cheveux(on part du principe que ce quelqu’un la fait exprès) ou se moquer du prénom des gens(presque plus subtil, ici on critique en fait les goûts de ses parents).

    C’est triste, tout de même.

    • Ha bin, comme disait un type vaguement intéressant : « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ».

      Et ce qui est triste, c’est surtout que certains considèrent ça comme un filon humoristique. On a pas la même notion d’humour.

      • « Un type vaguement intéressant », c’est très dur. D’ailleurs, on a dû beaucoup se foutre de sa gueule à cause de ses initiales.

  5. Ha encore une bonne rasade de texte,
    je ne dis rien, j’aime l’humour facile des blagues sur les blondes, mais je suis faible, je cède, je sais

  6. 1. Mais c’est vrai ce que tu dis, notamment sur l’auto-cassage toléré : moi, par exemple, j’adore faire des blagues sur les nègres. A chaque fois, les gens sont outrés, mais, dès qu’ils me cherchent et me traitent de raciste, il suffit que je leur dire que je suis nègre pour qu’ils s’arrêtent, tout boulés

    2. oserais je te proposer de te faire un bandeau pour remplacer l’immondice moche qui orne le dessus de ton blog de merde ?

    Le tout gracieusement bien entendu, contre un plan « conférence » grâssement rémunéré par l’éducation nationale.

    • 1 – Dans ces cas là, il suffit de montrer son sexe pour montrer sa négritude (Aimé Césaire, si tu nous lis) ; c’est fort suffisant

      2 – Pour le reste, je vais communiquer sur ta boîte mail. Mais il est pas chatoyant, ce petit bandeau, hmm ?

  7. La photo d’Hitler (oh non, point Godwin !) me rappelle le merveilleux « les producteurs » de Mel Brooks… mais celui-ci était en noir et blanc. Alors, d’où vient-elle cette jolie saynète, monsieur C ?

    • C’est évidemment tiré de ce film ; d’ailleurs, en laissant votre flèche sur l’image, vous verrez apparaitre « The Producers ».

      La meilleure chorégraphie nazie que je connaisse. Après celles d’Hitler lui-même.

  8. Palsambleu ! Un smiley a été repéré dans le troisième commentaire !

    Je propose l’intégrale des « spectacles comiques » d’Arthur comme punition

  9. Je suis d’accord avec le fond de l’article, mais j’aimerais apporter une légère correction : on peut tout à fait se moquer des roux impunément. J’en suis une preuve vivante. Je suis régulièrement interpelée par des inconnus aux propos charmants tels que « sale rouquine » ou « les roux, ça pue » sans que ça ne choque personne. Et si je prends l’initiative d’engueuler vertement le responsable desdits propos, on m’explique alors que je n’ai vraiment aucun humour.

    Autre exemple moins égocentrique : un célèbre site de rencontres a récemment lancé une campagne de pub présentant un homme roux et faisant ainsi la promotion des « carottes ». Je n’ai entendu personne s’en plaindre ou dénoncer une quelconque discrimination.

    Donc soit vous vivez dans une région particulièrement affectueuse envers les roux (auquel cas j’envisagerai un prompt déménagement), soit j’habite un coin qui les assimile encore à des créatures du Diable, mais quoi qu’il en soit, nous ne connaissons pas du tout la même réalité.

    (Et oui, commenter des articles vieux de plusieurs années, c’est mon dada.)

    • >(Et oui, commenter des articles vieux de plusieurs années, c’est mon dada.)

      Comme quoi les rousses c’est toutes des nécrophiles.

      • les rousses n’ont de toutes façons pas d’âme (et en plus c’est des femmes faut quand même le faire exprès)

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