Top Gun Premier

Depuis Top Gun 2, il existe une nouvelle génération de spectateurs.

De jeunes gens qui évoquent le film avec des étoiles dans les yeux, s’émerveillent devant le charisme de Tom Cruise, et discutent longuement des passages où des avions font vroush et des missiles font woush (c’est ainsi). Les vieux briscards qui les écoutent ne manquent alors jamais de lancer : « Ah, vous devriez voir le premier volet ! ». Mais là, au lieu de décrire un autre film avec des cabrioles aériennes, curieusement, ils évoquent toujours des matchs de volley torse-poil, des claques au cul dans les vestiaires, et Tom Cruise qui se promène en slip moulant entre deux tours de moto. Parfois, quelqu’un lance aussi « Ah si, à un moment, il y a un avion », mais soyons francs : ce sont des cas isolés.

Alors, pourquoi diable est-ce que les gens ont plutôt retenu les scènes de volley que l’aventure qui était au cœur du film ?

Plongeons dans le passé, sortons cette VHS de Top Gun de 1986, Diego, sors le magnétoscope… Et spoilons, mes bons !

 


L’affiche : ça ne nous rajeunit pas.

Notre film commence par un petit texte, qui nous explique qu’en 1969, l’armée américaine a créé une école spéciale pour ses meilleurs pilotes. 1% des aviateurs américains, soit l’élite de l’élite, la crème de la crème, afin de leur enseigner l’art du combat aérien. Ce fameux 1% surnomme l’école « Top Gun« . Les 99% restants préférant parler de « Attendez, comment ça seul 1% d’entre nous sont formés au combat aérien ? Les autres on est juste là pour se faire abattre ?« .

Mais ce sont sûrement de gros jaloux.

La première scène nous emmène cependant dans l’océan indien, « de nos jours », nous dit le film, ce qui est du pipeau puisqu’on voit tout de suite qu’on est en 1986 (quel manque de respect pour le spectateur, on ne me la fait pas). Et plus précisément à bord du porte-avions USS Nicolas Cage. Et sur tous les ponts, c’est l’alerte : on a détecté deux avions communistes pas loin.

« De quel pays ?
– Communiste.
– Non mais lequel ?
– Les… communistes rouges.
– Non mais allez : la Russie ? Le Vietnam ? Mitry-Mory ?
– Mitr… bon, écoutez, vous commencez à me courir sur le haricot : ce sont des cocos, voilà tout, alors vous m’envoyez deux avions les intercepter, et vite ! »

Top Gun n’aimant pas désigner un pays spécifique pour ne pas avoir d’emmerdes, nous en resterons là, et voilà comment deux appareils américains s’en vont expliquer aux engins inconnus que ce n’est pas parce qu’il y a « internationale » dans « eaux internationales » qu’il faut y venir la chanter. Hélas, à bord de l’USS Nicolas Cage, les officiers sont nerveux : l’un de leurs avions est piloté par les deux plus grosses andouilles du bord, à savoir Maverick et son navigateur Goose. Maverick qui signifie en français « non-conformiste », car il est trop rebelle, et Goose qui signifie « oie », probablement parce qu’il cacarde. Oui, l’oie cacarde. Ah, on s’instruit en ces lieux.

Mais venons-en à l’interception en elle-même, qui se déroule plutôt bien : Maverick met en déroute le premier appareil en le verrouillant avec ses armes, ce qui lui fait très peur, puis va se positionner à l’envers au-dessus du second dans une manœuvre aussi bête que dangereuse pour faire un gros doigt au pilote ennemi avant de le prendre en photo en rigolant. C’est probablement lorsqu’il a commencé à retirer son slip en s’exclamant « Regarde, j’ai pas qu’un avion, j’ai aussi un hélicoptère ! » que le pilote ennemi a préféré rentrer chez lui, au Communistan.

Nos amis peuvent donc rentrer. Mais c’est sans compter que le pilote de l’autre avion américain, nom de code Kikinou52, a été traumatisé par la rencontre, puisqu’un appareil ennemi l’avait aussi verrouillé. En résulte qu’il est en état de choc, ce qui risque de compliquer sa capacité à retrouver le porte-avions et à y poser son gros train. Heureusement, violant les ordres, Maverick s’empresse d’aller voler à côté de lui en lui chuchotant sur sa radio : « Vas-y Kikinou52, tu peux le faire, alleeeez ! ». Ce que le navigateur de Kikinou52, Kikinou51 faisait depuis 20 minutes sans résultat, mais là, pif pouf, alors que ça vient d’un type qui pète les roudoudous à tout le monde, Kikinou52 opine du chef, se reprend juste assez pour poser son appareil puis sa démission à son chef. Dans cet ordre.

Chef qui convoque immédiatement Maverick et Goose.

– Écoutez-moi bien les deux cons. Kikinou52 était mon meilleur pilote. Maintenant, je n’ai plus que vous sous la main, les autres pilotes s’appelant tous Jean-Jacques. Et sachez que ça m’emmerde ! Vous, Maverick, vous désobéissez ouvertement aux ordres !
– On m’avait pas dit qu’il y en aurait quand j’ai rejoint l’armée.
– Et vous Goose… bordel, arrêtez de cacarder partout !
– KWAKWAKWAKWAK !
– Bon dieu Maverick, mais pourquoi avez-vous choisi comme navigateur une oie à moustache ?
– Parce que vous avez déjà réussi à apprendre à se raser à une oie ?
– KWAKWAKWAKWAK !
– Ah, elle chie sur mon bureau ! C’est infernal ! Retenez-là, Maverick ! Et finissons-en : on m’ordonne d’envoyer des pilotes à Top Gun. Et comme Kikinou52 est parti… vous êtes les suivants sur la liste. Alors ça me brise les rouleaux, mais allez-y !
– Youpi !
– KWAKWAKWAKWAK !

Maverick et son oie se font un petit high-five, car comme leur dit leur chef, ils vont affronter « les meilleurs pilotes au monde ». Hmmm. J’aurais dit « des Etats-Unis », mais visiblement, le chef a oublié qu’il existait d’autres pays dans le monde. Ça expliquerait son incapacité à trouver le nom du Communistan.

« Vous êtes irresponsables, incapables de suivre les ordres, vous faites n’importe quoi avec votre avion… bref, je vous envoie avec les meilleurs des meilleurs ! »

Toujours est-il que nos deux héros sont ainsi envoyés en Californie, à l’école Top Gun, où l’on retrouve Maverick en train de faire de la moto sans casque parce qu’il est trop rebelle pour en porter un, et puis « En plus ça fait trop moche, m’man !« . Son oie serrée contre ses hanches, il se rend à l’école le sourire aux lèvres, un truc qu’il n’a probablement jamais connu jusqu’alors. C’est là que le grand chef de l’académie leur fait son topo.

– Les p’tits gars, vous êtes l’élite de l’élite de l’aviation navale. Qui est elle-même l’élite de l’élite de l’aviation américaine. Amérique qui est elle-même l’élite de l’élite du monde.
– C’est pas une tête que vous avez, chef, c’est une pastèque.
– Et toi c’est pas un navigateur que tu as, c’est un oiseau de la famille des anatidés, alors ferme bien ta bouche.
– KWAKWAKWAKWAK !
– Arrête Goose, il nous vannait, là.
– KWAK ? KWAKWAKWAKWAK !
– Non, Goose ! Tu ne vas pas « le démonter comme tu démonterais un pain frais » !
– C’est fini les deux ? je peux continuer ?
– Oui chef.
– Bon, donc je disais : durant la guerre du Vietnam, nous avons découvert que nos pilotes se reposaient trop sur leurs missiles. C’est pour cela qu’ici, vous apprendrez l’art du combat aérien à l’ancienne. Et le meilleur des meilleurs des meilleurs des m… bref, le meilleur duo pilote/navigateur parmi vous recevra le trophée Top Gun. Et ici, on aime que les premiers. Être deuxième, c’est nul. Compris ?
– Chef, l’aviation, c’est pas un concept avec du travail d’équipe, des ailiers, et par conséquent où justement, il faut éviter de partir tout seul comme un con en quête de records ?
– Eeeh bien…
– C’est pas d’ailleurs justement cette mentalité de merde qui a causé de sérieuses pertes dans les formations de bombardiers durant la Seconde Guerre mondiale car les escorteurs partaient à la chasse au lieu de rester à côté des gars qu’ils devaient protéger, quitte à avoir un moins bon tableau de chasse ?
– Eeeeeeeeeeeeeh biiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeen…
– Votre école ne serait donc pas en train de faire exactement l’inverse de ce qu’elle devrait faire ?
– Votre nom ?
– Caporal Roudoudou.
– Eh bien Top Gun, c’est terminé pour vous.

Mais pas pour nous. Et reprenons.

Car après cette introduction, il est (déjà) temps d’aller picoler pour nos héros. Qui se rendent au bar local, où Maverick fait la connaissance d’Iceman, un autre élève de l’école.

– Et pourquoi ton nom c’est « Iceman » ?
– Parce que ça veut dire « Homme de glace », et je ne perds jamais mon sang froid.

Il faut le comprendre : à l’époque, Youtube n’existait pas. De nos jours, il aurait suffit de lui montrer Michou pour qu’instantanément, il se mette à hurler des jurons à faire rougir Satan. Mais passons, car Maverick a plus intéressant en vue, à savoir, une fille. Qu’il va lourdement draguer, très lourdement, allant, malgré ses refus, la suivre jusque dans les toilettes des femmes. Oui, en 1986, c’était montré sous un jour positif, saveur « Maverick n’abandonne jamais une cible, héhé !« , avec en face la donzelle impressionnée par son courage. De nos jours, la lecture est quelque peu différente, et on souhaite secrètement que la dame, au lieu de glousser, réponde quelque chose du genre :

– Mais ? Vous êtes dans les toilettes des femmes ?
– Je sais, mais puisque c’est là que vous vous cachez, ma belle… *clin d’oeil* *sourire en coin*
– Ah non mais je ne me cache pas. En fait, je suis venue ici pour poser une énorme pêche. Hier, j’ai mangé une choucroute mon vieux, pouah, je crois que j’ai réussi à réassembler les saucisses en une seule énorme et combinée, et maintenant, ce monstre veut que maman l’accouche. Je vais te barbouiller ces chiottes, je pense que je ne pourrai plus revenir ici. Jamais. Mais le pire dans tout ça, c’est même pas le monstre grumeleux que je vais démouler ou l’odeur méphitique qui va pourrir les lieux pour les cinq prochaines heures.
– Non ?
– Non. C’est que même avec tout ça, je suis assez certaine que je ne vais pas chier une aussi grosse merde que toi.

Si après ça, Maverick a encore envie de la draguer, c’est que ce n’est pas un pilote de l’aéronavale mais un prince saoudien.

Et si la première tentative de séduction de notre héros échoue et que ce soir, il rentre seul chez lui avec sa béquille (il est en moto, c’est important de ne pas la faire tomber), le lendemain, quelle n’est pas sa surprise lorsque la nouvelle instructrice qui vient leur parler des avions Mig ennemis s’avère être…

– Goose ! Regarde ! C’est la dame des toilettes !
– KWAKWAKWAKWAK !
– Mais non, pas la dame pipi ! L’autre !

En effet, c’est bien la jolie jeune femme qui a fait tourner la tête de notre héros, et qui durant son cours, est étonnée d’apprendre que Maverick est le fameux pilote qui est allé se frotter à un Mig communiste… pour faire un doigt au pilote. Et cela la chamboule. C’est vrai qu’entre la poursuite dans les toilettes et maintenant apprendre qu’il fait des doigts aux étrangers, on comprend que ça dresse de notre héros un profil d’esprit aussi brillant que romantique. Cependant, notre larron ne compte pas s’arrêter là, car s’ensuit un exercice avec d’autres instructeurs : un combat aérien. Faux, certes, mais avec de vrais avions, dans le vrai air. Avec deux règles :

– Ne pas descendre en-dessous de 10 000 pieds, on fait comme si c’était le sol
– Ne pas voler comme un gros con trop près de la tour de contrôle.

Environ 0,8s plus tard, Maverick a volé sous les 10 000 pieds en rigolant comme un débile, avant de fêter ça en allant voler à fond les ballons près de la tour de contrôle. Son chef est donc obligé de le convoquer pour lui faire relire ce qui est marqué au mur, à savoir « Top Gun » et non « Top Segpa ». Heureusement, Maverick et Goose ressortent du bureau grâce à une ruse simple : le premier ne sait pas lire, et l’autre est une oie avec une moustache. Ils s’en tirent donc avec un avertissement dans leur carnet de correspondance (à faire signer aux parents). Et Maverick peut reprendre sa petite vie faite de cours, de devoirs, et de parties de volley torse-poil avec les copains en se claquant les fesses à chaque point, hihihi.

Maverick, quand on lui explique le concept de « règles ».

C’est probablement cela qui finit par convaincre Jeannine, l’instructrice, que coucher avec un élève de son école est une bonne idée. Elle l’invite en effet finalement chez elle pour un petit dîner. Et voit arriver :

– Un motard sans casque
– Ultra à la bourre parce que « Je jouais au volley avec les copains » (véridique)
– Première chose qu’il demande en entrant « J’peux prendre une douche ? »

Et pourquoi pas la dernière bière dans le réfrigérateur, Monsieur Abitbol ? Finalement, Maverick n’avait pas tort de suivre la dame aux toilettes, car c’est bien là sa place, mais tout au fond d’icelles. L’affaire ne se conclut pas tout à fait, Maverick chauffant la dame avant de filer comme un galopin façon « Non, tu dois me supplier, femme. » Et leur petit jeu peut donc se poursuivre. En cours, Maverick se permet aussi de reprendre la dame, lorsqu’elle fait remarquer que Maverick pilote comme un con durant les exercices.

– Maverick, pourriez-vous expliquer à la classe pourquoi vous faites des manœuvres idiotes sans réfléchir ?
– Parce que là-haut, on n’a pas le temps de réfléchir.

C’est sa vraie réponse. Alors certes, apprendre que Maverick ne réfléchit pas, ça n’étonnera personne, par contre qu’il l’assume pleinement et trouve même que ça justifie tout… comment dire ? Mieux encore, quand Jeannine va le trouver après le cours pour lui dire que son attitude en classe laisse à désirer, Maverick court jusqu’à sa moto, et fait tourner la poignée des gaz sur place façon « VROUM VROUM VROUM J’ENTENDS PAAAAS ! » quand la dame veut lui parler. Ah non vraiment, quel charmeur aussi mature qu’élégant. Il a tous les atouts pour pécho Jeannine, oui, mais plutôt celle de 4eB au collège Ersilia Sourdais de Melun.

Cependant, c’est un film, et plutôt que de savater Maverick, notre héroïne lui confesse « Bon tu fais chier, en fait, je t’aime, voilà. »

Oui, ça sort comme ça. Un instant, il lui fait vroum vroum dans les oreilles pour l’emmerder, le second, elle lui susurre « Oh, ça m’a trop excité ». On se croirait dans Fast & Furious, ce film où les femmes sont toutes secrètement fans de moteurs et adorent danser en bikini près d’un gros piston le soir venu. Cependant, qu’importe votre opinion sur le sujet (vous qui me lisez êtes peut-être en ce moment-même en bikini près d’un gros piston, c’est un choix de vie), Maverick roule un patin à la dame.

Et c’est parti pour la chanson phare du film bien connue : « Take my breath away« . Dont je vous rappelle les paroles :

Je regarde tous les mouvements de séduction de mon amant idiot
Sur cet océan sans fin, enfin les amoureux n’ont pas honte
Je tourne et je retourne dans une sorte de coin secret là-dedans
Je regarde au ralenti quand tu te tournes et tu me dis

PREEENDS MA RESPIRAAAAAATION
PREEEENDS MA RESPIRAAAAAAATION !

Notez que même la chanson souligne que Maverick est débile. Je ne l’invente pas, c’est la première ligne du premier couplet. Comme quoi.

Enfin, la dame n’est pas déçue, car après une nuit de gros bisous où il tente de lui prendre sa respiration (probablement avec les mains), Maverick a disparu à son réveil, laissant derrière lui… un avion en papier. Jeannine rougit un peu, en se disant que merde, vraiment, elle vient peut-être de se taper un type qui a bien 12 ans d’âge mental. Et qui continue à le prouver lors de l’exercice suivant.

– Maverick, cet exercice est simple. Vous devez suivre votre coéquipier pour le couvrir. Surtout, ne l’abandonnez pas.
– OH ! SI J’ABANDONNAIS MON COEQUIPIER ? WAHOUUU !

Oui.

Maverick est insupportable. C’est bien simple : à chaque scène, on a envie de le voir mourir. Après, peut-être qu’avec de la psychologie inversée, il pourrait faire des miracles. Du genre « Maverick, surtout, n’arrête pas d’être con ! ». Et hop, dans la foulée, il obtient deux doctorats sans que personne ne comprenne ni pourquoi, ni comment. Hélas, ses supérieurs n’ayant pas compris le truc, ils remettent Maverick à l’exercice en lui disant :

– Maverick, surtout, ne te retrouve pas à perdre le contrôle de ton appareil et à avoir un souci d’éjection qui tuerait Goose.

Et environ 10mn plus tard, l’avion de Maverick s’écrase en mer hors de contrôle, notre héros atterrit en parachute à côté, et les garde-côtes repêchent une oie moustachue sans bien comprendre ce que c’est que ce bordel. Le diagnostic est rapidement posé : l’oiseau est mort durant l’accident. Maverick est donc tout traumatisé. Ses chefs, sa douce, ses camarades, tout le monde essaie de lui expliquer que écoute Maverick, on n’emmène pas un canard dans un avion, mais Maverick n’en a cure :

– C’était une oie. Et la meilleure.

Kwak… kwak kwak…. kwaaaaaak…

Le tribunal militaire reconnait que c’était un accident, même Iceman lui dit que « C’est pas d’chance, désolé. » mais notre héros n’en est pas moins traumatisé. Il en a du mal à se remettre à piloter, et commence sérieusement à envisager une carrière dans la comptabilité, où ses manœuvres les plus audacieuses consisteraient à retourner avec souplesse sa souris pour la démonter et lui nettoyer la boule (nous sommes en 1986, ne l’oubliez pas, bande de bourgeois à souris optiques). D’ailleurs, il quitte l’école avec ses affaires, car c’est décidé : pour lui, tout ça, c’est fini.

Il est heureusement rattrapé par Jeannine, alors qu’il est à l’aéroport.

– Maverick ! Mais enfin, ça ne va pas ? Enfin, on perd son coéquipier, et ça y est, on boude ?
– C’est-à-dire que je viens de subir un crash et de perdre mon meilleur ami, et je n’ai même pas eu d’autre soutien que « Désolé gros ». Tu noteras que c’est un peu léger.
– Roooh, alleeeeeeeeez, Maverick ! Redeviens l’homme qui n’a peur de rien ! Le type qui fait n’importe quoi avec un avion à 30 millions ! Celui qui n’obéit à aucun ordre ! Celui qui me poursuit dans les toilettes des filles !

Car oui, c’est peu ou prou son discours : « Franchement, Maverick, c’était mieux avant ». Mais elle trouve l’argument qui tue :

– Maverick, on dirait que tout ce que tu as appris à Top Gun… c’est à abandonner. Super.

Je rappelle que nous sommes donc face à un type traumatisé, et la seule chose que sa copine trouve à lui dire, alors qu’en plus elle bosse avec l’armée et sait donc que ce n’est pas toujours de la rigolade, c’est « Hou, le lâcheur, euh ! »

Mais Maverick étant con comme une brique molle, cela le convainc de rester. Il se rend donc prestement chez le chef de l’école – et chez lui, hein, genre sa maison, vas-y rentre mec, te fais pas chier – pour lui parler. Grand chef qui évidemment, trouve ça bien normal et prend le temps de discuter un peu avec lui.

– Maverick, j’ai piloté avec ton père.
– Ah, mon père… il a disparu au Vietnam, personne ne sait ce qui lui est arrivé. C’est à cause de lui que je suis devenu pilote.
– Ben figure-toi que j’étais là le jour où il a disparu, et en fait, c’était un héros, il est mort en protégeant toute son escadrille.
– Et personne n’a pensé à me le dire ?
– Tu sais, on est Américains : on est très timides avec nos héros, c’est connu.

C’est bien vrai, ça. Pas vrai Top Gun ?

En tout cas, si la damoiselle de notre héros n’a pas réussi à le surmotiver, cette histoire de papounet remotive notre héros qui décide de réintégrer l’école, juste à temps pour recevoir son diplôme. Et s’il n’a pas été premier de la classe (c’est ce gros chouchou de Iceman), ce n’est pas bien grave puisqu’en plein milieu de la cérémonie, c’est l’alerte : les pilotes doivent immédiatement gagner l’océan indien pour régler une situation de crise. À savoir que le navire américain USS Janet Jackson est à la dérive, et est entré dans les eaux territoriales du Communistan. Qui, non, n’a toujours pas de nom. Maverick et ses amis doivent donc couvrir l’évacuation du navire, alors que les Mig ennemis vont rôder dans le secteur.

– En même temps, c’est chez eux.
– Bon dieu Maverick, ce sont des communistes ! Pas de propriété privée avec eux ! Donc leurs eaux, ce sont nos eaux aussi.
– Hmmm… ça sonne un peu rouge, ce que vous venez de dire, chef.
– Silence ! Et prenez garde, car l’ennemi a des missiles Exocet super dangereux, qui peuvent couler un navire de très très loin !

Oui, des missiles Exocet. Pas mal non ? C’est français.

Iceman, Maverick et une paire de Jean-Jacques se préparent donc à bord de l’USS Nicolas Cage. Et ils suent très fort, comme tout le monde durant tout le film (les gens avaient un sérieux problème de sudation durant le tournage, semble-t-il).

– Bon, Maverick, vous serez l’avion de secours, celui qu’on appelle si ça dégénère. Comme vous sortez de Top Gun vous aussi, vous devez être un as du combat aérien, si jamais on en venait à ça.
– C’est-à-dire qu’au premier jour à l’école, on nous a appris qu’il ne fallait pas nous reposer sur nos missiles.
– Et ?
– Et ensuite tout le film, on n’a fait qu’apprendre à verrouiller des missiles.
– Vous voulez dire que vous avez le même niveau en sortant de cette école qu’en y entrant ?
– Absolument.

C’est quand même bête, de faire un film entier dédié à « l’école du combat aérien pour ne pas se reposer sur les missiles » et de l’oublier. Un détail.

Ce qui est d’autant plus embêtant que la situation dégénère très vite : le Communistan a envoyé six Migs, or, les Américains n’en ayant détecté que deux (v’là l’élite de l’élite), ils ont envoyé deux appareils seulement : celui d’Iceman et celui d’un certain Jean-Jacques. Et le Communistan ne plaisantant pas, ils arrosent la truffe de Jean-Jacques, qui est abattu (ça alors !). C’est la panique : un avion à l’eau, un autre poursuivi par six Migs, vite, envoyez Maverick en renfort ! Son non-conformisme devrait mettre en déroute les dogmatiques du marxisme ! À défaut, il les poursuivra jusque dans les toilettes des filles, et ça, ça va les calmer.

Notez que cela fait toujours un total de deux avions contre six, mais hein, bon, hé.

Cela dit, j’exagère : on voit bien les officiers du porte-avions de nos héros ordonner l’envoi de plus de renforts, mais « Ah nan mais là, y a une panne, et pis y a Michel qu’est en congé, et pis… » bref, vous l’aurez compris, quelqu’un a bloqué le pont du porte-avions américains avec un bout de script histoire de laisser Maverick faire le kakou et sauver le monde quasiment seul. Maverick qui arrive rapidement sur les lieux avec un nouveau navigateur, Kikinou51 (mais si, le navigateur de Kikinou52 au début du film !) qui gueule des instructions à Maverick :

– Maverick, on a une opportunité à droite, engage le combat !

Mais quoiqu’il dise, Maverick fait exactement l’inverse (ça vous étonne ?), et commence même à s’éloigner du combat plutôt que de l’engager, encore un peu traumatisé. Lorsque soudain, il chuchote « Parle-moi, Goose… » en serrant les plaques d’identité de son vieil ami qu’il a gardées. C’est vrai ça, que lui dirait Goose ? Maverick ferme les yeux, concentré. Et imagine la réponse de son défunt ami :

– KWAKWAKWAKWAK !

Maverick hoche la tête.

– C’est vrai, il a raison… il est temps de cacarder partout !

« MAIS PUTAIN C’EST CE QUE JE TE GUEULE DEPUIS DIX MINUTES, POURQUOI T’ÉCOUTE UN CANARD MORT PLUTÔT QUE MOI ? » s’étrangle Kikinou51 assis derrière lui. C’est vrai que de tout le film, aucun de ses pilotes ne l’aura jamais écouté. Peut-être qu’en réalité, c’est lui qui est mort et que personne n’entend, et Top Gun serait en fait le préquel de Sixième Sens ? Qu’importe : Maverick retourne au combat, et commence à meuler les communistes volants un par un, ennemis qui ont le bon goût d’attaquer par groupes de un, de ne pas utiliser leurs missiles, et de tout faire pour faciliter le boulot des héros. À tel point qu’après quatre Migs détruits, les deux derniers s’en vont façon « Oui, bon écoutez, nous on était juste là pour la figuration, bisous. »

C’est pratique.

Et sinon, le navire à la dérive, là ? L’USS Janet Jackson ? Les Exocets ? Toute la crise internationale, en fait ?

Eh bien rassurez-vous : le script a pris bien soin de tout oublier. C’est aussi le cas d’Iceman, dont l’avion a été touché, n’a plus qu’un moteur et fume lourdement, mais lui aussi l’oublie entre deux plans. Ainsi, lorsque Maverick dit « Eeeh, et si au lieu de se poser au plus vite vu que ton avion tombe en miettes, on faisait des acrobaties près de la tour de contrôle du porte-avions ? », Iceman accepte, parce que hop : soudain, son moteur ne fume plus, sa vie n’est plus en jeu, et hihihi, on rigole bien !

Ce qui est bien, c’est de se rappeler qu’en 1986 déjà, les scénaristes avaient laissé tomber le respect du spectateur.

Enfin : le communisme est vaincu, les héros finissent par se poser, Iceman félicite Maverick pour être redevenu un trou du cul irresponsable… tout est bien qui finit bien !

En effet : les Jean-Jacques abattus sont repêchés par hélicos (dans les eaux du Communistan donc), Iceman et Maverick deviennent trop copains, tout le monde les acclame sur le pont, bref, c’est super. Pour montrer qu’il a affronté son traumatisme, Maverick prend les plaques d’identité de Goose et les balance à la flotte. Parce que Goose avait une femme et un fils qui auraient sûrement apprécié de les avoir, mais Maverick est comme ça : il s’en branle. C’est ça l’amitié.

Mais sinon, j’ai une petite question : quid du Communistan ? Non parce que non seulement vous avez un navire qui est rentré dans ses eaux, mais aussi plusieurs appareils, qui ont effectué des actes de guerre, ah et vous avez même un hélicoptère de secours qui a violé l’espace aérien communiste pour venir récupérer les pilotes abattus. Donc, on en parle de la troisième guerre mondiale qui approche ?

Non : hihihi, ça aussi, on a tout oublié ! Oui, c’était une crise internationale, mais en fait, bof, non.

En récompense de ses exploits qui ont sauvé le monde (mais en fait, c’était pas si grave), Maverick obtient de pouvoir choisir n’importe quel poste dans l’aéronavale. Il annonce donc :

– Je veux devenir instructeur à Top Gun.

Nul doute qu’il appréciera quand il aura des élèves comme lui qui n’auront rien à foutre de ses consignes, et lui feront de grands sourires rigolards quand il leur expliquera que merde, c’est pour leur bien. Il retourne donc dans la ville californienne de l’école, rentre dans un bar… et y tombe sur Jeannine. Qui lui dit que c’est bon, maintenant que c’est redevenu un gros connard égoïste et imbu de lui-même, elle aimerait bien qu’il revienne lui prendre la respiration. Quelle belle morale ! Quand il est fragile et traumatisé, c’est une merde, quand il fait n’imp’, c’est un homme, un vrai, avec du poil.

Patin il y a donc entre les deux, vue sur des avions qui montent très fort dans une subtile allégorie, et…

… FIN !

Ah oui. « Culte », donc, ce film.

« Au fait Goose, ta femme et ton fils, je les emmerde ! »


Et le plus fou dans tout ça ?

C’est que non seulement le film est devenu culte, mais que Maverick a été considéré comme un personnage tellement sympa… qu’on en a donc récemment eu une suite.

Franchement, je ne sais pas ce qu’on a fait pour mériter ça.

17 réponses à “Top Gun Premier

  1. Mon frangin étant fan de ce film, j’ai bien dû le voir au moins dix fois, et oui, je trouvais déjà le personnage insupportable et les scènes de drague malsaines :D Par contre, je n’ai jamais rien compris aux scènes d’avion, ça me soûlait, donc merci de m’avoir confirmé que c’était n’importe nawak. KWAK :D

  2. Fan absolu de ce film quand j’étais gamin (et l’une des seules VHS que j’avais). Merci pour la barre de rire !

    • plutôt des F5 d’entraînement qu’ils appelaient « Mig 28”… Par contre les F4 jouaient le rôle de Communistes dans une autre série de Nanars aériens : Aigle de Fer (il y en a eu 3 je pense!).

  3. Hot Shots!, le pastiche de Top Gun, est finalement bien plus crédible que son inspirateur originel. Là au moins, les protagonistes sont cons (le sont-ils plus que dans Top Gun ?), mais c’est voulu.

    • Absolument.

      Au moins dans Hot Shots!, si Topper Harley est réintégré dans l’aviation, c’est justement pour profiter de son caractère imprévisible et con dans le but de faire secrètement capoter une mission.

  4. Le seul truc qu’on saura jamais c’est ce que ce film aura fait le plus vendre ; des motos ? des ballon de Volley ? ou des F14 ?

    N’empêche , moi j’ai préféré la version documentaire : Hot Shots ^^.

  5. Quand j’ai vu ce film à la télé ( je ne l’ai pas vu à sa sortie, j’avais 16 ans et j’étais déjà cinéphile, donc, j’ai raté, Dirty Dancing, Flashance, Fame, Pretty woman et d’autres bouses intersidérales), je comparais avec l’original Hot Shot, Charlie Sheen et Valeria Golino étaient bien plus glamour que les deux guignols. Mon dieu, ces dialogues d’une niaiserie rarement atteinte sauf dans 50 nuances de Grey, un jeu d’acteur sous Percodan avec un insupportable Tom Cruise. En parlant des dialogues niais, je suis injuste, ils étaient d’une vulgarité confondante lors du match de Volley. Meg Ryan (encore mignonne avant ses opérations de chirurgie pour ressembler au Joker et se faire soulever par Gladiator) passe dire deux lignes de dialogue, le regard bovin. La mise en scène égale à un clip de MTV de l’époque, lumières roses, bleues, jeu d’ombres, scènes de combats aérien incompréhensibles, histoire d’amour flinguée par des acteurs en roue libre. N’oublions pas le moment, le plus what the fuck, c’est lorsque l’honorable Tom Skerritt caresse Tom Cruise vêtu d’un très sobre slip blanc kangourou d’Eminence (Skerritt embrasserait très bien selon Sharon Stone), J’attendais justement que Tom roule un patin à Tom, au moins, cela aurait été dans le ton.

  6. Je me souviens des vieux qui s’imaginaient que ce film représantait ce que l’on trouvait cool, j’avais 9 ans et je m’étais ennuyé.
    Maintenant je me demande avec quel biais je vais ennuyer les jeunes de notre époque.

  7. Moi, à chaque fois que je vois ce film, j’ai envie de m’acheter un pantalon de cuir moulant et de m’engager dans la Naïvi pour être un vrai mec!

    C’est vrai qu’il est con, mais comme dit plus haut, culte ne veut pas dire bon.

  8. Hé bien…c’est vrai qu’avec le recul il y a de quoi ressentir de la pitié pour ce film.

    Peut-être une (faible ?) excuse, à l’époque les films où on pouvait voir de vrais avions de guerre faire vraiment « vrouuum » dans le vrai air, n’étaient pas si nombreux que ça. Et on tombait souvent sur des navets patriotards (et machistes) américains bas du front. Et pour la TV aussi, je souviens de toutes sortes de séries étalées facilement sur une ou deux décennies où le but ultime était clairement de montrer que « America Fuck you ! » xd.

  9. Bordel, Top Gun ! Le concept du kéké incarné sur pellicule. Sérieux, s’il était sorti 20 ans plus tard, Mickaël Vendetta aurait eu le premier rôle. C’est un tel concentré de vide que je ne me souvenais de rien quasiment… Si, un peu de l’histoire d’amour avec la potiche, et des mâles alpha de piste d’atterrissage mâchonnant négligemment leur chewing gum, qui sont badass chaque seconde que Dieu fait, et qui jouent au volley en exhibant leur musculature saillante. Passionnant tout ça… Ah, et aussi quelques belles chorégraphies aériennes, faut admettre, c’est d’ailleurs ça qui sauve le film — enfin, qui le sauve du néant total, je veux dire… Même la chanson phare de la BO réussit à être cliché et énervante au possible (pourtant je suis très bon public sur les sons des années 80 !)

    Des personnages au côté « ‘Murica fuck yeah » en passant par le scénar totalement pété, tout est si exagéré dans ce film que je me demande si Tony Scott n’a pas pondu un nanar volontaire ; non pas par manque de talent (comme certains tâcherons actuels), mais tout simplement parce qu’il trouvait les films patriotiques ricains ridicules au point de leur en servir une farce, une version caricaturée à l’extrême à prendre au 36e degré… Si ça se trouve, c’est un génie méconnu le mec..!

  10. Le Communistan, c’était pas clairement la Libye de Kadhafi ?
    Cela m’avait semblé très clair quand j’avais vu le film à l’époque…
    Et cela explique qu’il n’aie eu aucune chance de faire respecter le droit international.
    D’ailleurs y’a une allusion à ça à la fin du film il me semble, disant que pour raisons diplomatiques les deux pays feront comme si rien n’était arrivé.

    Z’êtes sûr qu’ils disent « l’océan indien » ?

    À part ça oui le film est très mauvais mais les scènes de drague sont quand même franchement glamour, et la musique est bonne (en tous cas pour de la musique des années 80), ça marche très bien.
    Et Tom Cruise était franchement sexy, surtout sans casque en moto.

    La propagande m’avait écœuré dès le début du film, mais n’empêche que plusieurs scènes gardent une force émotionnelle réelle (surtout grâce à la musique associée).

    Bref, c’est plus un clip qu’un film, mais c’est un bon clip pour ceux qui n’ont pas peur de la vulgarité efficace caractéristique des films de Brukheimer.

  11. Coucou. J’ai regardé ce film en streaming pour la première fois hier en compagnie de ma sœur et de ma cousine. C’est par hasard que je l’ai trouvé ici : https://www.playvod.com/ . J’ai décidé de le visionner, car il fait partie des films culte qu’on me recommande sans arrêt. Particulièrement les personnages nés au début des années 90. Je suppose qu’à l’époque, c’était un chef-d’œuvre. De plus, Tom Cruise était très apprécié pendant cette période. Pour ma part, je trouve que c’est un bon film divertissant. Cependant, je ne le considère pas comme un bijou du cinéma. Il y a beaucoup mieux dans le genre action et films d’aviation. Du coup, je ne pense pas regarder la suite qui est sortie en 2022, bien qu’elle ait connu une grande popularité sur les réseaux sociaux.

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