Alien : Hurluberlus

– Monsieur ? Monsieur, mais qu’est-ce que vous faites ?

Sitôt interpellée, la silhouette bondit et s’enfuit aussi vite que son pas maladroit le lui permet. En un instant, elle a disparu derrière un bouquet d’arbres dont parvient le rugissement d’une voiture qui démarre en trombe. Le gardien du cimetière, lui, jette sa pelle de rage.

– Encore un !
– Vous dites ? s’étonne une vieille dame venue fleurir la tombe de son mari.
– Regardez-moi ça ! C’est la troisième fois que ça arrive, c’est toujours la même chose. Non mais regardez-moi ce travail !

D’une main tremblante de colère, il désigne une tombe profanée à quelques mètres de là. Et s’y dirige non sans avoir ramassé sa pelle et craché dans ses mains pour se remettre au travail.

– Des pilleurs de tombes ? Ici ? s’étonne la veuve d’une voix où se mêlent la stupeur et la colère.
– Ah, si seulement ! Non Madame, c’est bien pire : voyez ce qu’ils me font. Ils ouvrent les tombes de licences connues et ensuite… ils chient dedans.

Le pied appuyé sur la pierre tombale où l’on peut lire : Alien – Prière de ne plus faire de films, du bout de son outil il remonte un étron encore chaud.

– C’est la troisième fois ! Il y a quelques années, ils étaient venus déterrer une licence pour pondre Alien : Prométheus ! J’avais mis des semaines à tout nettoyer tant c’était dégoûtant. Mais rien à faire : ils étaient revenus pour me larguer un petit Alien : Covenant. Et voilà ! Ces monstres viennent de me laisser une nouvelle merde : Alien : Romulus !

La vieille dame pousse un « Oooooh ! » outré.

– Mais Monsieur le gardien, pourquoi font-ils cela ?
– Je l’ignore mais c’est devenu une mode. Vous voyez ce gigantesque tas de merde là-bas ?
– N’est-ce pas le fumier pour votre jardin ?
– Ooooh non. Ça, ma bonne dame, c’est la tombe de la licence Star Wars.

On se moque, on se moque, mais il est temps de répondre à cette grande question : Alien : Romulus, sauveur d’une licence morte et enterrée, ou nouveau saccage d’une série de films qui n’en demandait pas tant ?

Spoilons, mes bons !


L’affiche, qui a la même couleur que mes yeux à la fin de la séance.

Tout commence dans l’espace, alors qu’un petit vaisseau s’approche de l’épave du Nostromo, remorqueur spatial bien connu des fans de la série Alien. L’engin s’empresse de récupérer un gros morceau à la dérive pour le ramener jusqu’à une station spatiale voisine, où évidemment, vous devinez de quoi il retourne : mais oui, nos amis ne viennent pas de récupérer du métal pour le revendre au poids, mais bien de mettre la main sur un bel alien – ou « xénomorphe » congelé ! Et comme de bien entendu, leur plan est de le réchauffer pour l’étudier.

Alien, c’est un peu comme Jurassic Park : on a l’impression que les types font la même erreur en boucle uniquement pour les besoins du film. Je me demande si nos amis vont ENCORE étudier tout ce petit monde avec une sécurité minimale avant de s’étonner que la bestiole se mette à grignoter des bouts d’un peu tout le monde.

Mais bondissons déjà de quelques années dans le temps, et rendons-nous sur Tourcoing VIII, une planète minière où nous retrouvons notre héroïne : Reine. Une orpheline qui a pour seul compagnon un androïde défectueux que nous baptiserons le Ruquier-3000. En effet, l’être synthétique n’a pour seule et unique compétence… que la génération de calembours et autres jeux de mots. Non, ce n’est pas une blague ou une exagération de ma part : c’est bel et bien dans le film. Je pense que cette licence n’est plus exploitée que pour finir ici en spoiler, je n’arrive pas à m’expliquer un tel choix autrement. On a donc le droit à des trucs du genre :

« J’ai grossi parce que je suis parti à la chasse. La chasse aux calories. »
« Je ne peux pas boire parce que je suis… mineur. »
« J’ai mis une ceinture plus petite pour avoir l’air plus maigre : ça a fait un bide. »

Et j’insiste : ces blagues sont dans le film.

Vivement Alien : Misou-Mizou, qui se déroulera intégralement pendant un spectacle de pétomanes. Mais passons car aujourd’hui est un un grand jour pour Reine : elle a terminé son quota de 12 000 heures de travail ! Elle peut donc officiellement demander à quitter cette planète pourrie pour en rejoindre une paradisiaque : Béthune III. Hélas, lorsqu’elle se présente au guichet de la compagnie Weyland pour faire sa demande, la dame de l’accueil a une mauvaise nouvelle.

– Les quotas viennent d’etre relevés.
– Pardon ? Mais attendez, j’ai fait ma part ! Je veux partir !
– Hélas, en raison de la directive 49-3 du contremaitre McRond, l’âge de votre départ est reculé. Très exactement… de 12 000 heures.

C’est terrible : tous les rêves de Reine de partir avec son Ruquier-3000 pour un monde meilleur s’envolent, en même temps qu’une bordée de jurons impliquant le contremaitre qui a décidé de cela, sa mère, un trou noir et une clé de 12 (plus ou moins dans cet ordre). C’est alors qu’elle reçoit un appel téléphonique de son ami Jean-Jean.

– Reine ? Écoute, si tu veux quitter la planète, j’ai un super plan. Rejoins-moi aux containers, et viens avec ton Ruquier-3000, on se dira tout.

« Tout« , s’exclame donc le Ruquier-3000 tel votre tonton pas drôle en emboitant le pas de notre héroïne jusqu’à la zone dite des containers, où vit une population pauvre qui survit en ramassant les ordures qui trainent dans l’espace. C’est là que vit Jean-Jean, l’un des nombreux ferrailleurs du coin.

– Reine ! Laisse-moi te présenter à mes amis, qui ont tous plus ou moins les mêmes vêtements et la même absence totale de charisme, ce qui ne va pas aider à les reconnaître. Voici donc Jeanne-Pilote !
– Salut, je suis Jeanne-Pilote et je pilote un vaisseau de ferrailleurs.
– Jeanne-Enceinte !
– Bleuarg !
– Jean-Raciste !
– Moi, j’aime pas les Ruquier-3000.
– Ensemble, nous sommes les Jean-Foutres ! Et figure-toi ma petite Reine qu’on a trouvé un truc du tonnerre : une station spatiale à la dérive.
– Que ? Pas un vaisseau ? Une STATION ?
– Oui, les stations sont comme ça : elles ont une fâcheuse tendance à se promener dans l’espace. Bref ! Toujours est-il que cette station semble abandonnée, et contient des capsules de cryogénisation. Soit exactement ce qu’il nous faut ! Car tu sais que le problème, c’est que pour nous rendre sur la magnifique Béthune-III, il y a 9 années de voyage. Mais si l’on pouvait être cryogénisés, ce ne serait plus un problème : on n’aurait qu’à faire un gros dodo pendant que notre vaisseau de ferrailleur fonce tout droit, et pouf pouf, au réveil, on serait à destination !
– Mais… mais Jean-Jean, tu es sûr de ton plan ? Voler, c’est vilain ! En plus, piquer des capsules cryogéniques… c’est pas un truc vaguement compliqué à mettre en marche ?
– Non. Tu branches et pouf pouf, ça marche.
– Ah, bon. En plus, cette station doit appartenir à la société Weyland et être super sécurisée, non ?
– Justement, c’est là qu’on a besoin de ton Ruquier-3000 : c’est un produit défectueux de Weyland Industries, mais un produit Weyland quand même ! Or, les androïdes Weyland peuvent déverrouiller les portes des stations de la société.
– … attendez, vous voulez dire que n’importe quel clodo qui comme moi, mets la main sur un androïde dans une poubelle a soudain accès à 100% des sites sécurisés de la plus grosse société de l’univers ?
– Voilà.

La question bonus étant donc : « Mais pourquoi Weyland balance ses androïdes à la poubelle dans ce cas ?« , mais passons, car je vous rappelle que nous sommes dans un film où il y a du Ruquier-3000 parmi les personnages principaux.

En tout cas, Reine hésite, mais pas longtemps : alors oui, mais non, mais c’est mal, mais en fait vazy, on m’a niqué ma retraite, je nique le capitalisme, gogogo, on y va les petits gars. Et voilà comment une bande de neuneus (même l’androïde est attardé d’après le script, c’est bien fait) s’envole pour l’espace, en direction de la station spatiale qui dérive au-dessus de l’énorme planète minière. À bord, l’excitation est à son comble.

– C’est quand même formidable ! Une station entière, rien que pour nous, juste au-dessus d’une planète entière appartenant à Weyland, et il n’y a pas UN vaisseau de sécurité pour aller s’en occuper ! La voie est entièrement libre sans aucune explication rationnelle ! C’est un peu comme si nous volions au milieu d’un énorme trou dans le script !
– Silence, Jeanne-Pilote, et contente-toi de piloter. Car soyons prudents : dans 36 heures, la station ira s’écraser dans la ceinture d’astéroïdes autour de la planète. Heureusement, récupérer les caissons cryogéniques ne devrait prendre que 30mn.
– Attendez, il y a une ceinture de débris autour de notre planète ?
– Ben oui.
– Des débris attirés là par la gravité ?
– Ben oui.
– Alors pourquoi la station, qui n’est jamais qu’un gros débris, est juste au-dessus de nous au lieu d’être avec le reste ?

Le Ruquier-3000 passe tout le film à faire cette tête, plus connue sous le nom de « Mais qu’est-ce que je fous là ? »

La réponse est une bataille qui éclate dans le cockpit, alors que tout le monde se gifle à coups de script dans la gueule. Heureusement, le Ruquier-3000 parvient à calmer tout le monde avec une blague (celle bien connue du rabbin, de l’imam et du lapin qui jouent à Twister). Et alors que tout le monde demande « Mais pourquoi le lapin dit « Uno ?«  », la navette arrive à l’un des sas de la station à la dérive. Jean-Jean prend le commandement.

– Bon, les amis, comme dans tous les films précédents, on va faire deux équipes : celle qui reste au vaisseau, constituée de Jeanne-Pilote, Jeanne-Enceinte et Reine, et celle constituée de Jean-Raciste, moi-même et le Ruquier-3000.
– Ouais, les meufs d’un côté, les gars de l’autre, quoi.

Tout ce qui porte couilles arrive donc au sas, que le Ruquier-3000 déverrouille sans problème, selon la logique du « Je peux ouvrir toutes les portes Weyland… parce que. » Sas qui débouche sur un conduit d’aération fort étroit.

– Attendez, pourquoi on n’est pas allés dans un sas normal ?
– … euh…
– Et pourquoi il y a un sas de la taille d’un homme qui mène à on conduit qui lui, ne l’est pas ?
– … alors… oooh, et si on parlait plutôt de la gravité de la station qui va et vient ? Je me demande si ça va servir plus tard dans le scénario !

Heureusement, en deux temps trois mouvements, la fine équipe parvient à se faufiler dans les conduits, à remettre le courant, rétablir la gravité, et met la main sur les cellules de cryogénisation, qui sont aussitôt ramenées au vaisseau. Hélas ! Les machines manquent de cryocarburant : il n’y en a que pour trois ans au lieu de neuf ! Nos amis cherchent une solution.

– Récupérer le carburant des cellules d’à côté ? Car là, on n’en a pris que 5, et il doit y en avoir des centaines dans une station de cette taille !
– … pas con, Reine, mais non : par un incroyable hasard, nous sommes 5 dans notre vaisseau pourri, et il n’y a que 5 cellules ici.
– C’est fou, Jean-Jean ! C’est comme si le script voulait nous emmener ailleurs, car sinon, le film s’arrêtait ici et on repartait heureux !
– Exactement : pour ma part, je détecte du cryocarburant dans un mystérieux laboratoire pas loin. On n’a qu’à aller le siphonner. J’ai un tuyau et un bidon, ça fera l’affaire : en route mauvaise troupe !

Cependant, en chemin, Jean-Raciste n’arrête pas d’emmerder le Ruquier-3000.

– Moi, j’aime pas les androïdes.
– D’accord. Voulez-vous que je vous raconte celle des deux ours qui trouvent une Fiat Punto ?
– Non, j’aime pas les blagues. Et je t’aime pas non plus.
– D’accord. Connaissez-vous celle de Toto qui va acheter des laxatifs mais quelqu’un lui donne un ticket pour ce film ?
– Non plus, et en plus, tu vas mourir.

Ah oui, ça sort un peu de nulle part.

– Pardon ?
– Oui. Reine ne t’a pas dit que les Ruquier-3000 n’étaient pas les bienvenus sur Béthune III ? Sitôt notre mission réussie ici, c’est fini pour toi. Tu seras détruit. Ou désactivé. Bref, tu vas crever comme une grosse merde si nous parvenons à faire avec ton aide ce que nous sommes venus faire ici, con d’androïde.

Personnellement, je suis toujours un grand fan du personnage qui décide d’emmerder au maximum le gars sur qui tout son avenir repose, sans raison, au beau milieu d’une mission cruciale. Là, on a donc du « Sans cet androïde, on ne pourra pas avancer dans la station », avec toutes les minutes un « Sale con d’androïde, si tu nous aides, tu crèves ». Constructif ! Le dialoguiste a probablement un syndrome de Tourette, ou alors je veux bien une explication. Heureusement, le Ruquier-3000 n’est pas le robot le plus turbiné de l’usine, et il se contente de dire « Je suis programmé pour aider Reine. Si elle veut aller sur Béthune III, je l’aiderai qu’importe le prix. Maintenant, connaissez-vous celle du fantôme au slip troué ? »

Ils ne la connaissent pas, il la raconte, elle n’est pas terrible, tout le monde est déçu, mais heureusement, la fine équipe parvient jusqu’à un laboratoire abandonné où l’on passe à des choses plus sérieuses.

D’abord, parce qu’il y a des trous bizarres dans le sol. Sur plusieurs étages, comme si un truc avait tout traversé (ou fait fondre). Ensuite, il y a sur place un androïde détruit qui a visiblement pris cher, puisqu’il a les jambes d’un côté et le torse de l’autre. Et enfin, il y a divers objets scientifiques rigolos, mais surtout, une porte d’accès à la salle avec tout le cryocarburant. Vite ! Nos héros y entrent, mais sitôt qu’ils commencent à récupérer le précieux liquide.. une alarme se déclenche ! Et la porte se referme sur eux.

– Crotte de bique ! s’exclame Jean-Jean. Vite, ma radio ! Allô, les filles ? Jeanne-Enceinte ?
– Bleuarg.
– Tu peux me passer Jeanne-Pilote steuplé ? On a besoin d’aide ! Une porte vient de se verrouiller sur nous, et même le Ruquier-3000 ne peut l’ouvrir. On doit être dans une salle importante pour que ses autorisations ne marchent pas !

Jeanne-Pilote et Reine abandonnent donc le vaisseau pour aller à la rescousse de leurs petits compagnons, et Reine a une idée : s’il faut une autorisation spéciale pour ouvrir cette salle, peut-être que l’androïde détruit du labo en avait une ! Hop, elle récupère un petit disque dans le monsieur mort, et le passe à nos amis au travers de la porte qu…

Pardon ?

Ah oui : la porte est évidemment verrouillée MAIS un poil entrouverte quand même pour permettre cette manœuvre ! C’est l’occasion de dépoussiérer votre boite à « Ça alors ! ».

Les garçons insèrent le disque dans le Ruquier-3000 (non, pas comme ça, galopins), qui se fige car… il se met à jour. Pendant qu’il imite la Playstation V un soir de Noël, Jean-Jean et Jean-Raciste, eux, paniquent un peu, car ils comprennent qu’il y a un problème : le cryocarburant qu’ils viennent de voler servait à refroidir… des centaines de créatures cryogénisées sur des étagères. Et connues des fans de la série : ce sont les fameux « face huggers », des araignées qui pondent les œufs dans les humains, qui ensuite donnent les aliens. Bref, un truc pas ragoutant.

On notera que sans aucune explication, alors que jusqu’ici, ces créatures arrivaient à tomber sur le museau d’un humain et à le paralyser sans problème, dans cette scène, sitôt que Jean-Jean ou Jean-Raciste tournent un peu la tête, les bestioles se contentent de rester accrochées à leur cou en répétant « Rho, allez, une cuiller pour maman ! » en faisant des bruits d’avion. C’est fort pratique, et lorsqu’enfin, une des bestioles va parvenir à pondre dans Jean-Raciste…

Et je le prouve : maintenant, dans Alien, il suffit de tourner la tête et hop, c’est bon !

Le Ruquier-3000 redémarre.

Il sauve Jean-Raciste, distribue des mandales aux bestioles avec maestria, déverrouille la porte libérant ainsi ses amis, et les emmène en sécurité, non sans avoir refermé derrière lui. Mais c’est sans compter sur les vilains petits monstres qui parviennent à se précipiter à leur poursuite en défonçant les vitres de la porte du laboratoire! Ce qui, si vous me le permettez, nous ramène probablement 30 ans en arrière, lors de la conception de la station.

Weyland Industries, un vendredi, 16h39.

– … bien, les amis, notre dernier point à l’ordre du jour : le laboratoire à projets ultra-dangereux de la station, qui devra contenir des monstres pour les étudier. Moi je propose qu’on les cryogénise.
– Dans des capsules ?
– Rho, ben non. Non, sinon, ce serait plus difficile que les monstres en sortent. Je propose de juste les foutre sur de petites étagères dont ils peuvent bondir en trois secondes sitôt que la température varie un peu.
– Alors on sécurisé à mort la pièce ?
– Non, moi je pensais… à une porte unique, qui ferme mal, et avec des vitres pas blindées pour que n’importe quelle bestiole puisse passer.
– Alors, en temps normal, je vous dirais bien que c’est complètement con.
– Mais ?
– Mais il est 16h42 maintenant, et la petite sort du collège à 17h, alors hopopop, on dit que c’est bon, et je suis sûr que ça n’aura aucune conséquence.

Aucune.

Evidemment, vous me direz « Mais, attendez ! Les héros sont poursuivis par des dizaines de face huggers qui passent les portes sans problème, ils vont se faire massacrer ! »

Oui, mais non, car pouf pouf, entre deux scènes, les portes redeviennent blindées, la plupart des face huggers partent en vacances à la Bourboule, et soudain, il n’y en a plus qu’un (oui, un seul sur des dizaines) qui parvient à bondir sur Jeanne-Pilote (qui avait rejoint le groupe avec Reine) pour lui glisser son trouloulou dans la gorge, comme ça, sans consentement. Alors que nos héros menacent la bête de mille hashtags, le Ruquier-3000 prend la parole.

– Les donnée de l’androïde détruit que vous avez insérées en moi… j’ai été mis à jour. Je suis désormais intelligent. Enfin, un peu moins con. Et je vous informe que d’après mes analyses, toute tentative de retirer ce monstre de Jeanne-Pilote la tuera, au vu de comment ce bidule lui serre le cou.
– Mais kékonfé alors ?
– Je l’ignore, je suis plus intelligent, certes, mais je ne connais pas ces créatures pour autant. Réactivons l’androïde tout mort par terre… il était de la station, il doit savoir quoi faire.

Et tout le monde de s’activer pour remettre en route l’androïde qui jusqu’ici gisait coupé en deux au milieu de la pièce. Ses circuits rallumés, il pousse un cri.

– Je suis l’unité Caméo, androïde de classe N0st4l-J. Que faites-vous ici ? Vous devez partir !
– On voudrait bien, mais y a une espèce de raie manta qui fait popo dans la bouche de notre copine.
– Une raie manta qui fait pop… mais ? Bougres de con ! C’est un face hugger ! Savez-vous comment cette station a été perdue ? Comme ça ! Une de ces bestioles a pondu dans un humain, et paf, ça a créé un monstre qui a tué tout le monde. Nous avons réussi à l’arrêter, mais la station a été foutue en l’air dans l’affaire. D’ailleurs, le corps de l’alien en question est là, suspendu juste au-dessus de moi, dans cet énorme puits de lumière que vous n’avez pas vu depuis le début alors que ça fait trois scènes que vous êtes là.
– Ah oui, tiens. C’est rigolo, c’est comme si le film était mal réalisé.
– Je n’ose y penser ! En tout cas, le mieux à faire pour votre amie… c’est de la tuer. Car elle est foutue.

Mais nos héros ne veulent pas croire cela ! En lieu et place, ils préfèrent tenter de foutre du cryocarburant sur le petit monstre pour qu’il lâche sa proie, ce qui fonctionne. Et libère Jeanne-Pilote, qui reprend conscience un peu paniquée.

– Aaah ! Mais pourquoi rêvais-je de Dominique Strauss-Kahn ?!
– Du calme, Jeanne-Pilote, c’est fini.

Mais l’unité Caméo n’est pas d’accord. Depuis le coin où elle a été réanimée, elle glapit :

– Ah ! Si j’avais encore un cul, croyez bien qu’il serait sur la commode ! Il y a 60% de chances que ce monstre ait eu le temps de pondre. Vous ne devez pas sortir d’ici avec votre amie.
– Hmmm… si seulement il y avait un moyen de vérifier si le monstre a pondu…
– Comme des rayons X ?
– Oui, exactement…
– Vous voulez dire, comme cet appareil à rayon X portatif que l’on a trouvé une scène plus tôt ?
– C’est ça !
– Cet appareil qui est là, à côté de nous, et qu’on pourrait utiliser immédiatement ?
– Oui… donc SURTOUT, NE LE FAISONS PAS ET N’EN PARLONS PLUS DU FILM !

Oui. Vraiment. Les héros avaient brièvement trouvé une lampe à rayon X permettant de voir au travers du corps humain dans le labo, et avaient même un peu joué avec. Ils l’ont. Elle est là. Elle a été montrée à l’écran.

Mais ils décident de ne pas l’utiliser. C’était juste un rajout pour dire « Vous avez vu comme on s’en branle de notre propre film ? »

De toute manière, en lieu et place de l’utilisation du seul objet pouvant aider, Jean-Raciste annonce : « RENTRONS AU VAISSEAU COMME SI DE RIEN N’ÊTAIT ! »

Ce qui n’est pas du goût du Ruquier-3000, qui maintenant qu’il a été amélioré, trouve cela douteux. Et annonce qu’il vaut mieux abandonner Jeanne-Pilote, voire la buter pour abréger ses souffrances, comme le recommande l’unité Caméo. C’en est trop : Jean-Raciste et Jeanne-Pilote s’enfuient en courant, en verrouillant toutes les portes derrière eux au motif que « C’est pour empêcher le Ruquier-3000 de nous arrêter ! Ce monstre serait prêt à sacrifier une personne pour sauver les autres ! C’est tous ensemble ou rien ! »

Oui, et donc, qui est en train de sacrifier TOUS SES AMIS en les enfermant dans une station spatiale pleine de monstres ?

« Donc parce que je proposais de sacrifier une personne condamnée, ils ont décidé de tous nous sacrifier, c’est ça ? »

Mais là encore, le personnage et le script l’ont oublié. Hélas pour nos fuyards, mal leur en prend. Car à peine sont-ils retournés à leur navette pour s’enfuir (en sacrifiant tout le monde, donc, j’insiste, quelle logique) que Jeanne-Pilote est prise de violents maux de ventres. Elle va vite trouver Jeanne-Enceinte.

– Je me sens… mal… comme si… ooh… comme si j’avais mangé chinois à Créteil Soleil !
– Bleuarg ?
– Exactement ! Oh, tu me comprends si… si… BLEUARG AUSSI !

Sauf que Jeanne-Pilote expulse des trucs de sa bouche, mais aussi de son thorax (elle n’est pas très organisée) quand un petit alien sort d’elle. Et dans la confusion, elle met un coup de pied dans les commandes de la navette, qui, et alors là, secouez vigoureusement la boîte à « Ça alors ! », s’envole, revient vers la station, la percute, dirige ainsi la navette vers un hangar, y rentre à la perfection, et s’écrase au bout sans trop de casse… ramenant ainsi les fuyards à bord de la station qu’ils tentaient de fuir, mais par un autre endroit.

Vous avez noté ? Au début du film, Jeanne-Pilote devait se concentrer à mort pour s’amarrer à un sas minuscule.

Maintenant, un coup de pied, et paf, elle déboule dans les gigantesques hangars d’accueil que, hihi, elle avait oublié d’utiliser plus tôt dans le film ! C’est ballot !

À noter qu’en percutant la station, la navette a dévié un poil la trajectoire de celle-ci… et elle ira s’écraser dans la ceinture d’astéroïdes 40mn plus tard au lieu de 36h, comme l’annonce la voix féminine à demie-endormie des haut-parleurs typique des films de science-fiction ! Mais si, vous savez, cette voix qui se sent obligée de tout énoncer à voix haute sans aucune raison, du genre « CODE CORRECT » ou » PORTE DEVERROUILLÉE » alors qu’un écran suffit. Le futur est entièrement en audiodescription, sachez-le.

Mais revenons à Reine, Jean-Jean et le Ruquier-3000.

– C’est vraiment fou tout ce qu’on peut faire rien qu’en tapant du pied dans des commandes ! s’exclame Reine. En attendant, avec ces conneries, on va devoir essayer de rejoindre le hangar où la navette s’est écrasée. Qui est de l’autre côté de la station, dans la section dite « Romulus ».

Jean-Jean est bien embêté, car lorsqu’il va regarder le couloir qui mène à ladite section… celui-ci est rempli de face huggers qui sautent contre les vitres en faisant des bruits comme « Pouic ! » (ça fait très peur).

– Bon sang, ils vont nous faire pouic à la gorge si on passe par ici !
– Hmmm, si seulement on avait une solution…

C’est sur ces entrefaites que le Ruquier-3000 s’éclaircit la gorge.

– Pas de panique, amis humains. Je sens que votre moral est au plus bas. J’ai donc une blague pour vous : c’est Toto qui est en train de crever comme une merde dans une station spatiale et…
– Oui, non, on va s’en passer. Écoute Ruquier-3000, on a un souci. Tu vois cette porte vitrée ? Tu aperçois derrière, les créatures qui font pouic d’un air menaçant ?
– Je les vois. Et je note que soudainement, alors qu’elles défonçaient les vitres sans problème il y a quelques scènes, maintenant, elles ne le font plus.
– Ah tiens, oui. Un peu comme si ça arrangeait le film. Bon, sinon, t’as pas un moyen de passer ce couloir ?
– Si.
– Oh ! Lequel ?
– Eh bien, je suis un androïde. Je n’intéresse pas ces créatures. Je peux donc passer sans souci, aller chercher la navette et venir vous chercher. Pas besoin de savoir piloter : la navette dispose d’un autopilote.

Reine et Jean-Jean sont bien embêtés.

– Non mais Ruquier-3000, si tu fais ça, le film s’arrête. Mieux vaut donc ne surtout pas y penser, et plutôt chercher un plan de merde. Alors on va… euh… comment ces créatures nous repèrent-elles, Ruquier-3000 ?
– J’ai une subite connaissance de ces créatures, alors qu’il y a deux scènes, j’étais incapable de dire qu’elles agressaient les humains pour y pondre. Grâce au pouvoir des incohérences du scénario, je peux donc vous dire qu’elles vous repèrent au bruit et à la température corporelle.
– Bon ben, on passera sur la pointe des pieds. Et pour la température… on n’a qu’à foutre le chauffage à fond, comme ça, elles ne pourront pas nous voir.

Ce qui est dit est fait, et nos amis s’engagent dans le couloir moite rempli de face huggers qui heureusement, ne les repèrent pas tant qu’ils sont silencieux. C’est alors que soudainement, la radio de Jean-Jean crépite !

Là, vous vous dites « Ah c’est con d’avoir oublié ça : vite, éteins-la ! ». Mais Jean-Jean, tel un gros beauf dans un wagon SNCF, décide de… mais oui, prendre l’appel !

– ALLÔ ? CÉKI ?
– Bleuarg !
– JEANNE-ENCEINTE ! QUE DIS-TU ? TU AS ÉTÉ ASSOMMÉE LORS DU CRASH DE LA NAVETTE ET TU VIENS DE TE RÉVEILLER ? JEANNE-PILOTE EST MORTE, UN TRUC EST SORTI D’ELLE, A FORMÉ UN COCON GÉANT ET VIENT D’EN RESSORTIR PLUS GROS POUR TUER JEAN-RACISTE QUI AVAIT SURVÉCU LUI AUSSI ?
– Bleuarg !
– MAIS JEANNE-ENCEINTE, C’EST PAS POSSIBLE, ÇA FAIT PAS DIX MINUTES QUE LA NAVETTE S’EST CRASHÉE, TU VAS PAS ME DIRE QUE L’ALIEN A EU LE TEMPS DE FAIRE UN COCON ET D’ÉVOLUER COMME UN POKÉMON EN SI PEU DE TEMPS !
– Bleuarg !
– OUI, CE FILM C’EST VRAIMENT DE LA MERDE, ALLEZ JE TE LAISSE JE CROIS QUE J’ENERVE LES AUTRES PASSAGERS QUI M’ENTOURENT !

Evidemment, cette conversation n’est pas réaliste : jamais un gros con qui appelle très fort ne prononce cette dernière phrase. Non, en lieu et place, il lance un appel visio en haut-parleur.

Toujours est-il que les face huggers, eux, décident que ça commence à bien faire et ainsi attirés par le bruit d’un idiot qui ne sait pas raccrocher, coursent nos héros qui parviennent à cavalcader de l’autre côté du couloir, non sans croiser les corps de scientifiques plus ou moins boulottés du temps où la station n’était pas à l’abandon. Une fois la porte refermée derrière eux, nos héros soufflent.

– On a failli y passer ! Ah mais… d’ailleurs pourquoi on est soulagés ? D’où ces créatures ne seraient restées que dans ce couloir très précis ?

Eh bien, parce que c’est le script qui le dit. Vous l’ignoriez, mais le face hugger est en fait une créature très territoriale qui squatte les couloirs et cages d’escalier. Probablement pour vendre du chichon au mépris des valeurs de la République. Mais donc, voilà, hop, pouf-pouf, les face huggers qui s’étaient échappés ne seront quasiment plus mentionnés du film : ils ont leur couloir, ils n’ont besoin de rien de plus.

« Eh m’sieur, t’as pas une cigarette ? »

Nos héros peuvent donc progresser en paix, et retrouver Jeanne-Enceinte, mais celle-ci est de l’autre côté d’une porte verrouillée. Aussitôt, Reine se tourne vers le Ruquier-3000.

– Ruquier-3000 ! Ouvre la porte, vite, que Jeanne-Enceinte nous rejoigne !
– Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ?
– Putain, c’est pas le moment !
– La bonne réponse était « Un xénomorphe encore couvert de liquide de son cocon qui se trouve juste derrière Jeanne-Enceinte, et n’attend qu’une chose : qu’on lui ouvre la porte pour nous tuer aussi. »
– Hein ? T’es sûr que c’est pas « Jonathan » ?

Sauf qu’en effet : l’alien est là. Et attend derrière Jeanne-Enceinte en bavant. Or, comme le Ruquier-3000 refuse d’ouvrir pour mettre tout le monde en danger, le xénobousin décide d’attraper Jeanne-Enceinte et de l’emmener avec lui dans les profondeurs de la station pour lui faire des choses que la morale réprouve, comme lui faire écouter 1h30 de Jul.

– C’est odieux ! hurle Reine.
– Oui, en effet. Jul est interdit dans les systèmes colonisés depuis la grande guerre pour le bon goût de…
– Non, Ruquier-3000 ! Je parle de toi qui a refusé d’ouvrir la porte !
– Je comprends. Mais je dois suivre mes directives. Et depuis que vous m’avez inséré la puce trouvée sur l’androïde du labo plus tôt, mon objectif est désormais d’assurer les intérêts de Weyland et de la station. C’est pour cela que nous devons nous mettre en route.

Pour aller où ? Jean-Jean et Reine l’ignorent jusqu’à ce que le Ruquier-3000 les emmène à un laboratoire étrange, rempli de seringues… de liquide noir ! Le fameux liquide noir vu dans Prometheus, et qui a des effets différents et incohérents en fonction des besoins du scénario ! Qu’est-ce qu’il fout là ? L’androïde Caméo apparait sur les écrans.

– En tant qu’officier scientifique de la station, j’ai étudié les xénomorphes. Ils résistent à tout ! Or, les humains, eux, ne résistent à rien, ce qui pose problème dans les colonies où nous perdons trop de travailleurs… alors, j’ai extrait ce liquide, à la base de l’ADN des aliens, et je pense que nous pouvons le mêler à l’ADN humain pour faire des êtres plus forts, plus résistants ! Capables de coloniser des systèmes ou d’explorer l’univers sans…
– Pardon : vous voulez dire, exactement comme des androïdes ?
– Exactement ! Imaginez ce… attendez ? Vous vous foutez de ma gueule, Reine ?
– C’est pas moi, c’est le film.

En effet, voilà pour le gros rebondissement : cette station visait à créer des travailleurs plus forts… qu’en fait, dans l’univers d’Alien, les humains ont déjà. L’équipe du film a réussi l’exploit d’oublier son propre univers, au point de coller à la tête du projet pour créer des surhommes… un surhomme androïde. Une idée brillante, qui d’après ce que je lis, était de Ridley Scott.

Ridley Scott ne sucre plus les fraises : il les assaisonne par Canadair.

Enfin, c’est pas tout ça, mais revenons à nos héros.

– Qu’est-ce qu’on fait maintenant, Ruquier-3000 ?
– Mes nouvelles directives me disent que nous devons évacuer ces précieux échantillons et les ramener sur la colonie minière de Tourcoing VIII. Prenez-les. Et prenez ces armes, aussi, qui trainaient dans le labo.
– D’accord.
– Maintenant, nous devons nous frayer un chemin jusqu’à la navette des ferrailleurs, où nous la mettrons en autopilote pour partir.
– D’accord. Quelle incroyable coïncidence qu’elle se soit crashée pile dans un hangar, et le tout, sans être endommagée autrement qu’avec un peu de peinture rayée !
– Oui hein ?

La fine équipe peut donc repartir à l’aventure, et constate en chemin qu’une partie de la station a été colonisée par les xénomorphes, et ça ne date pas d’aujourd’hui.

– Dis donc, l’androïde Caméo se serait pas foutu de notre gueule quand il a dit qu’ils avaient arrêté l’unique xénomorphe qui avait saccagé la station ?
– Les gens qui font ce film oublient leur propre univers ; tu ne crois pas qu’ils se souviennent de leurs dialogues ?

Toujours est-il qu’en chemin, alors que nos amis avancent dans les couloirs qui sentent le petit alien qui n’aime pas la douche, ils repèrent des mouvements. Mais surtout, entendent un cri : c’est Jeanne-Enceinte ! Qui est collée à un mur au milieu de cadavres au bide troué qui ont servi de mères porteuses à d’autres créatures.

– Jeanne-Enceinte, ça va ?
– Bleuarg !
– Surtout, que personne ne lui demande si une créature en a profité pour lui pondre dans la gueule !

« D’accord ! » s’exclament Jean-Jean et le Ruquier-3000, tant ce n’est pas une information cruciale. De toute manière, ils sont bien vite dérangés par les xénomorphes locaux qui viennent voir qui se promène chez eux comme ça sans même mettre des patins. Je vous passe les péripéties qui s’ensuivent, mais Jean-Jean se fait manger tout cru, le Ruquier-3000 prend un mauvais coup, et Reine préfère rester à ses côtés que d’accompagner Jeanne-Enceinte qui fuit vers la navette avec les échantillons.

Reine, restée seule avec le Ruquier-3000, en profite pour le redémarrer tout en lui retirant son petit CD de données Weyland, afin qu’il redevienne plus gentil et moins obsédé par les intérêts de la compagnie industrielle (à la place, elle lui installe Doom, c’est plus utile). Puis, lorsqu’une douzaine de xénomorphes viennent se proposer de la boulotter, elle utilise une arme récupérée dans le laboratoire pour leur plomber la gueule. Et comme leur sang est acide, pour éviter qu’il ne troue toute la station, elle coupe la gravité (je vous avais dit que ça servirait !) et ainsi… le liquide se contente de gentiment flotter dans les airs sans rien toucher, merci. Ah, qu’il est sympa, ce sang acide !

On appréciera de savoir que la station dispose d’un bouton « couper la gravité » à chaque porte. Pratique !

Ici, une séance où l’héroïne en gravité zéro fait des cabrioles entre des flaques de sang acide qui surtout, ne se disperse pas trop.

Nos héros s’enfuient dans la foulée, et je vous passe les acrobaties à base de « Oh non, la gravité revient ! Non, elle repart ! Comme au début du film ! » (ça alors ! Qui aurait pu penser que ça servirait ?) mais on opinera du chef en découvrant que le Ruquier-3000, jusqu’ici très courtois, se met à traiter les aliens de « sales putes » (véridique) alors que certes, ils te pénètrent contre ton gré, mais ils ne facturent pas. Béotien ! Et surtout, à un moment, alors que Reine va tomber dans le vide, elle est sauvée… par un alien.

Oh ! Quel rebondissement ! Les xénomorphes souhaiteraient donc en fait quelque…

Non, laissez tomber, c’était sûrement un accident de script : après l’avoir sauvée en prenant soin de ne pas blesser Reine, la bestiole se met aussitôt à vouloir la buter. Ah. Bon. Eh bien on va oublier ce que l’on vient de voir, alors. Et poursuivons, car désormais, ce n’est plus que du pan-pan et de la course-poursuite. Comme vous l’imaginez, Reine s’en tire quand même aidée par le Ruquier-3000, tous deux regagnent leur navette de ferrailleur où ils retrouvent Jeanne-Enceinte (qui elle, n’a eu aucun souci en chemin, merci), et ils quittent la station pile-poil quand celle-ci percute les astéroïdes.

Ça alors !

Alien oblige, l’affaire ne peut s’en arrêter là et on a le droit à une dernière séquence sans intérêt :

  • Oh non ! Jeanne-Enceinte se sentant en petite forme s’était piquée avec du composé expérimental ! Mais quelle gourdasse !
  • Zut, elle a accouché d’un hybride homme-alien très moche, croisement entre un basketteur anorexique et Rocco Siffredi
  • Re-zut, l’hybride tue Jeanne-Enceinte et endommage lourdement le Ruquier-3000 !
  • Ouf ! L’héroïne parvient avec les moyens du bord à éjecter le monstre dans l’espace !

C’est donc fini pour de bon : Reine a survécu, le Ruquier-3000 est lourdement endommagé mais réparable, et notre protagoniste principale met le cap vers Béthune III, avant de se plonger en stase, dans l’espoir d’y commencer une nouvelle vie et…

FIN !

J’ai envie de dire : enfin.


Pan !

Le gardien du cimetière abaisse son fusil encore fumant, et fait basculer le canon d’un geste sec pour charger une nouvelle cartouche. Au loin, une silhouette s’enfuit en poussant des cris de douleur.

– Je te préviens, Ridley Scott, ça commence à bien faire ! s’écrie le gardien. J’ai encore d’autres cartouches de gros sel pour ton cul si tu reviens déféquer par ici !

Au fond de lui, l’honnête travailleur sait bien que ses avertissements ne servent à rien. Il n’est pas sans ignorer que Ridley Scott a une sorte de passion mystérieuse pour la défécation sur licence. Le fusil calé sur un bras, de l’autre, le gardien allume sa lampe en marmonnant.

– Bon, cette fois, qu’est-ce qu’il a déterré pour chier son… oooh, seigneur.

Et le gardien d’en laisser tomber sa torche.

25 réponses à “Alien : Hurluberlus

  1. Le pire concernant la lampe à rayon X c’est qu’ils l’utilisent encore une fois alors qu’il est trop tard… le script est magnifique. Ya rien qui va, tellement d’inconhérences qu’ils est impossible de ne pas décrocher en cours de route.

  2. Le film arrête pas de faire des références à la tétralogie originale en reprenant des dialogues (d’où le sale pute) insupportable vu qu’ils n’y arrivent pas à respecter le lore. Il est mieux que Covenant mais bon de là à dire que c’est un bon film

  3. J’encourage — pour un spoil futur — le maître céans à envoyer Diego déterrer le film « Longlegs » après l’avoir laisser se bonifier un peu dans son cimetière privé des films avec Nicolas Cage.

  4. Si seulement Sigourney/Ripley, du haut de son exo-squelette, pouvait attraper Ridley par le slibard, le jeter fort loin de cette vieille licence, et lui intimer fermement : « ne la touche plus sale pute ! »

  5. «  Alors pourquoi la station, qui n’est jamais qu’un gros débris, est juste au-dessus de nous au lieu d’être avec le reste ? » la pour le coup pas d’incohérence, la ceinture de glace est stable (cf. les ceintures de Jupiter, Saturne, Uranus). La station elle a une trajectoire « non orbitale » peut donc bien croiser celle de la ceinture.

    Après comme elle est arrivée là, pourquoi elle est sans surveillance, pas détectée, pourquoi on ne voit pas les autres débris, …

    • Au-delà de l’orbite, il y a aussi d’autres petites mécompréhensions dans ce spoil… notre Connard préféré se serait-il un peu endormi devant ce film qui recycle sans vergogne tant d’éléments de ses prédécesseurs ?

      « C’en est trop : Jean-Raciste et Jeanne-Pilote s’enfuient en courant, en verrouillant toutes les portes derrière eux au motif que « C’est pour empêcher le Ruquier-3000 de nous arrêter ! Ce monstre serait prêt à sacrifier une personne pour sauver les autres ! C’est tous ensemble ou rien ! »
      Oui, et donc, qui est en train de sacrifier TOUS SES AMIS en les enfermant dans une station spatiale pleine de monstres ? »

      Dans le film, il est fortement sous-entendu que Jean-Raciste et Jeanne-PIlote sont en couple. Il est d’ailleurs aussi sous-entendu que celui qui a mis Jeanne-Enceinte enceinte n’est autre que Jean-Raciste.

      « Vous avez noté ? Au début du film, Jeanne-Pilote devait se concentrer à mort pour s’amarrer à un sas minuscule.
      Maintenant, un coup de pied, et paf, elle déboule dans les gigantesques hangars d’accueil que, hihi, elle avait oublié d’utiliser plus tôt dans le film ! C’est ballot ! »

      C’est ballot mais il faut aussi remarquer que le hangar est à l’autre bout de la station, alors que le minuscule et ridicule conduit est tout près des caissons cryogéniques. Le choix n’est donc pas si mauvais que ça.

      « À noter qu’en percutant la station, la navette a dévié un poil la trajectoire de celle-ci… et elle ira s’écraser dans la ceinture d’astéroïdes 40mn plus tard au lieu de 36h, comme l’annonce la voix féminine à demie-endormie des haut-parleurs typique des films de science-fiction ! Mais si, vous savez, cette voix qui se sent obligée de tout énoncer à voix haute sans aucune raison, du genre « CODE CORRECT » ou » PORTE DEVERROUILLÉE » alors qu’un écran suffit. Le futur est entièrement en audiodescription, sachez-le. »

      Enfin, comme je comprends qu’il soit difficile de se tenir au courant des dernières avancées de la technologie lorsque l’on fréquente autant les salles de cinéma, voici une information en rapport (intéressante ou navrante, au choix) : dans la plupart des systèmes de contrôle d’accès biométriques modernes (empreinte digitales, etc), il est proposé une option haut-parleur qui vous gratifie d’un merveilleux et sonore message « ACCESS GRANTED » ou « ACCESS DENIED » en fonction du résultat du contrôle. C’est bien entendu une option payante.
      The future is now.

      • Cher Cochonou, je me raccroche à votre commentaire, bien plus tard mais venant de voir ce film, pour en rajouter une couche. Que les critiques de Odieux sont délicieuses et on s’amuse toujours d’énoncer les incohérences de scénario, mais certaines évoquées méritent un peu de souplesse :

        En effet, voilà pour le gros rebondissement : cette station visait à créer des travailleurs plus forts… qu’en fait, dans l’univers d’Alien, les humains ont déjà. L’équipe du film a réussi l’exploit d’oublier son propre univers, au point de coller à la tête du projet pour créer des surhommes… un surhomme androïde. Une idée brillante, qui d’après ce que je lis, était de Ridley Scott.

        À plusieurs occasions dans la licence Alien, on aurait pu envoyer un petit groupe d’androïdes pour gérer une mission qui est dans les plus grands intérêt de la société Weyland. Mais généralement, il s’agit d’un petit groupe humain et un androïde dans le lot. Alors que les androïdes sont tellement plus efficaces que les humains, et d’une fidélité à toute épreuve.

        On peut alors faire cette supposition sans trop de mal : un androïde, ça coûte wattmille dollars. Les coûts importants, peut-être même astronomiques, de leur conception si méticuleuses les limite à une présence par mission afin de surveiller les équipages en cryogénie et de veilleur aux intérêts de la société.

        Investir, même une fortune, dans un produit qui pourrait rendre les colons bien plus résistants aux planètes colonisées pourrait s’avérer bien moins coûteux grâce à des injections de masse. Ce n’est pas comme si Weyland se souciait du bien-être de ses employés.

        Et il y a aussi ce moment :

        – Jeanne-Enceinte, ça va ?
        – Bleuarg !
        – Surtout, que personne ne lui demande si une créature en a profité pour lui pondre dans la gueule !

        C’est un peu facile : le Ruquier-3000 fait lui-même la remarque qu’elle n’a apparemment pas été pondue, car comparé aux autres cadavres qu’ils ont croisé sur le chemin, elle est le seul corps coincée dans ce cocon qui n’ait pas de facehunter mort à ses pieds.

  6. Le problème, ça reste aussi et surtout la traduction… Donc les vannes pourries en anglais, n’étant pour le moins pas « vraiment vraiment » facilement transposable en franco-français, il fallait bien aussi aux « frères doubleurs » trouver des vannes pourries, mais en français…

    Bref, pas très reluisant au niveau dialogue… Si comme d’hab, en sus, le scénario est du même calibre, pas besoin d’arme « de la mort qui tue », trouvées par hasard dans une station spatiale, pour plomber l’ambiance… :-p

    • Les dialogues de films doublés sont toujours plus pathétiques que les originaux. Bon. Ceci dit…les vannes du Ruquier-3000 sont aussi cucus en anglais…mais cela nous est expliqué par le fait qu’il a été programmé par le père de Reine pour la faire rire quand elle avait 8 ans.

      Pas sûr que ça marche quand même.

  7. Mais bien évidement le futur doit être en audiodescription, et en sous-titré, couleurs daltoniens, et retour haptique, afin de garantir une accessibilité totale aux astronautes triés sur le volet, quels que soient leurs handicaps !

  8. « Ruquier-3000, jusqu’ici très courtois, se met à traiter les aliens de « sales putes » (véridique) »

    Hélas ce n’est que l’un des trop nombreux clins d’œil (trop appuyés) aux précédents épisodes (les ophtalmo et les kiné doivent se frotter les mains) qui plombent littéralement ce flim…

    Celui-ci est une réf à la fin de Aliens où Ripley invective la reine alien d’un « Get away from her, you bitch » (qui passe mieux en VO)

      • Perso j’appelle ça des films par proxy

        De grosses bouses mais qui empilent suffisamment de références et de madeleine de Proust pour vous faire vivre un autre film par procuration, qui lui est bon

        En fait, ce ne sont même pas des films au sens strict du terme, plutôt des ponts mentaux, des hyperliens mnémoniques qui vous emmènent dans un passé teinté de nostalgie, à l’époque où vous avez maté votre premier Alien ou que vous avez découvert Dark Vador pour la première fois

        À Hollywood, ils savent plus pondre un scénar correct, mais ils ont dû se bouffer quelques études en neurosciences…

  9. Un excellent article, comme d’habitude !

    Je vous signale toutefois une petite faute de frappe après la deuxième image (troisième si on compte l’affiche) : « on sécurisé à mort ». Comme il faudrait être de mauvaise fois pour retenir ce détail contre vous, je vais me permettre de le faire.

  10. Maître, je suis tellement heureux de vous revoir !

    Vous m’avez tellement manqué !

    En voyant le trailer de Gladiator 2, bouse intersidérale annoncée, j’ai immédiatement pensé à vous et aux 18 euros de ticket de cinéma que j’allais économiser grâce à votre article.

    Puis-je vous servir de table basse pour sa rédaction ?

  11. ahahah les scènes du cimetières sont encore meilleures que le spolier en lui même!

    ici nous avons simplement Alien chez les instagrammers.

  12. question technique, les liquides en gravité zéro, ils ne sont pas supposés se mettre en boule ? bref la scène (spectaculaire au demeurant mais attendue) phare du film n’aurait pas été tout de suite moins sympa avec des grosses boules et des milliers de gouttelettes?

    je dis ça parce que dans Tintin c’est ce qui se passe. Donc je ne voudrais pas que Tintin des années 50 soit plus exact scientifiquement que nos productions de 2024.

  13. A la vue de de la BA on se disait: S’inspirer de Alien Isolation, pas une mauvaise idée en soi…

    S’en servir pour en faire un blockbo typique des années 2020 tendance « Maxi best of nostalgique Legacy avec sauce incohérences et happy meal persos cons »…

    Les œufs de pâques incessants et à la subtilité digne du mec qui te mets des coups de coudes et te tire la manche pendant 2mn facon:

    « He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! He! « 

    « QUOI? »

    « T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? T’as vu? Elle des Reebok, comme Ripley dans Aliens! »

    « OUI! Putain…. Va te faire enculer le film! (©CriticalDrinker) »

    Les mecs poussent même le vice (ou la stupidité?) jusqu’à nous refaire la fin de Alien Resurrec-fion en encore nul (un… exploit?)

    On tape sur Scott, mais Cameron aussi n’est pas innocent (déjà qu’on s’en bat les couilles de ses Schtroumpfs de l’espace), voir le massacre numérique de ses films « remastérisés » en vrai faux 4K. Maintenant Aliens à une gueule a mi chemin entre les figures du musée Grevin et la vieille botoxée et le barbouillage numérique.

  14. Pour la voix de la station, on a la même à la gare TGV qui va vous dire « Veuillez insérer votre carte ou appuyer sur le bouton ». Puis « Ticket en cours d’impression ». Puis « Veuillez prendre votre ticket ». Puis « La barrière est ouverte ». Puis Bienvenue à la gare TGV ». Alors que tout est inscrit sur l’écran, ou que le ticket est sorti et accessible, et que la barrière se lève. Bref, le futur en audiodescription n’en est plus vraiment un, une futur, car le mode d’aujourd’hui est en audiodescription.

  15. j’ai enfin vu ce film (en VO) et à moins que mes souvenirs ne fassent déjà défaut (et je ne pense pas), le joyeux équipage ne savait pas que c’était une station avant de la voir …

    et pas de mention des « anneaux » ultra denses et ultra rapides en mode ponceuse?

    ni du fait que pour larguer la soute, il faille enclencher 4 leviers … qui se trouvent DANS la soute?

    j’ai l’impression que l’OC a saturé sur la fin et un peu expédié la fin de ce spoil

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